‹ Le Congrès des comptables français: Questions actuelles de comptabilité et dChapitre 28 sur 88 · ENSEIGNEMENT DE LA COMPTABILITÉ MÉTHODE PIGIER · texte numérisé non relu

ENSEIGNEMENT DE LA COMPTABILITÉ MÉTHODE PIGIER

Puisque nous venons de consacrer deux chapitres à M. H. Vannier, nous ne pouvons manquer d'en consacrer au moins un à M. Pigier, son inséparable adversaire, à l'auteur de la célèbre Réputation, au professeur qui a le plus fait jusqu'ici pour la vulgarisation des vrais principes pratiques de la comptabilité commerciale, enfin au praticien éclairé de qui M. Beauchery lui-même a dit, dans un louable élan d'impartialité ; « Franchement je conseille à la majorité des professeurs, avant de publier le moindre traité de comptabilité^ de bien étudier celui de M. Pigier, Cet auteur est leur maitre à tous ! (1®' vol., page 21).

Il y a quelque dix ans, voulant nous édifier sur les diverses manières de tenir les livres, nous avions déjà parcouru une grande quantité d'ouvrages spéciaux et fait de nombreuses réflexions sur le

peu de charme et le peu de fonds que nous retirions de ces lectures arides lorsqu*un jour, par hasard, la Réfutation de la méthode de M. H. Vannier nous tomba sous les yeux. Le titre de cette brochure nous la fit acheter de suite. — Une réfutation de Vannier, nous disions-nous en emportant précieusement le bouquin, voilà qui est bien osé. Bah l ajoutions-nous, c'est sans doute Tœuvre de quelque concurrent aussi jaloux qu'impuissant. Que peut-il y avoir à réfuter dans une méthode qui a reçu la suprême approbation^ dans un livre écrit par un professeur de TEcole Turgot, du collège Ghaptal, de TEcole supérieure de Commerce, etc.

Cependant, malgré cette appréhension défavorable à la brochure, nous avions hâte de savoir à quoi nous en tenir sur son contenu, car plus d'une fois déjà nous avions fait in petto la remarque que la méthode Vannier se trouvait en contradiction avec ce que nous voyions faire dans la pratique, mais sans pour cela, pourquoi ne pas l'avouer, cesser de lui garder cette estime que l'on accorde si facilement en France aux ouvrages bien recommandés et bien lancés.

Aussitôt rentré at home nous lûmes, ou plutôt, disons le mot, séduit dès la préface, nous dévorâmes la brochure de M. Pigier, écrite d'ailleurs avec un entrain et cette abondance de raisonnements logiques que la pratique, l'observation et une longue expérience peuvent seules fournir à un auteur. Nous la relûmes même à deux reprises, sans désemparer, tant nous éprouvions de plaisir, un plaisir réel mélangé d'une intense satisfaction, enfin presque de l'enthousiasme, à reparcourir ces pages traitant de comptabilité. Il nous semble même que cela date d'hier, tant l'impression que nous ressentîmes alors fut vive et profonde.

Cette Réfutation, aussi vaillante que judicieuse, nous frappait comme le vrai frappe toujours lorsqu'on le cherche et qu'on le trouve enfin. Nous venions de comprendre en un instant que nous avions fait fausse route à la suite des méthodistes, à la suite de M. Vannier surtout, pris à chaque page en flagrant délit d'ignorance pratique, ignorance démasquée par un praticien, bienveillant cependant, mais résolu de démontrer que le plus répandu des traités scolaires de tenue des livres est précisément le plus faux et le plus pernicieux qui soit.

M. Pigier est notre premier initiateur et nous lui payons ici une dette de reconnaissance. Béfractaire jusqu'alors à la comptabilité, telle du moins que nous la trouvions si prétentieusement et si obscurément exposée dans les ouvrages des inventeurs de méthodes soi-disant nouvelles, et dans les livres d'enseignement, nous

QUESTIONS ACTUELLES DE COMPTABILITÉ. lOo

y prenions subitement goût, à la lecture de cette Réfutation écrite par un praticien clairvoyant qui entreprend de débarrasser de ses voiles et de ses mystères la science qu'il aime, la science qu'il veut rendre accessible à tous, sans songer pour cela à se donner comme le créateur d'un système nouveau.

Au reste on va voir, par les citations qui suivent, et ce n'est pas le côté le moins curieux ni le mérite le moins saillant de la Réfutation, on va voir, disons-nous, qu'il n'est pas impossible d'apprendre la tenue des livres dans un ouvrage de controverse comptable, bien au contraire. Peut-être même se rangera-t-on à cette opinion, paradoxale en apparence, que les principes, les règles , les procédés, enfin les grandes lignes de la {comptabilité, se fixent mieux dans l'esprit à la lecture des quatre-vingts pages de critiques inspirées à M. Pigier par les méthodes de MM. H. Vannier et Monginot, qu'à celle de quelque gros traité, aride autant qu'indigeste, comme la librairie les aime, mais où le lecteur rencontre tant de choses inutiles, tant de répétitions fastidieuses, tant de fatras.

Ce qui se lit avec plaisir s'apprend de même et sans peine. Sans s'en douter, assurément, M. Pigier a peut-être trouvé le meilleur moyen d'enseigner la comptabilité, surtout aux adultes. Les critiques dont son livre est assaisonné relèvent la saveur de ce qu'il y démontre. Enseigner par comparaison, exercer l'esprit de l'élève à distinguer ce qui est bon de ce qui est mauvais, ce qui est vrai de ce qui est faux, ce qui est pratique de ce qui ne l'est pas, n'est-ce pas doublement enseigner ? C'est du moins le moyen dont nous nous servons nous-même dans nos leçons, et nous n'en avons tiré jusqu'ici que d'excellents résultats. Il ne faudrait donc, selon nous, qu'un léger remaniement et quelques additions pourque la Réfutation devienne le meilleur de nos livres d'enseignement de la comptabilité élémentaire.

Nous donnons maintenant la parole à M. Pigier. En d'autres termes, armé de ciseaux nous pratiquons des coupures à droite et à gauche dans sa Réfutation, et nous les plaçons sous les yeux du lecteur qui jugera.

Voici d'abord l'entrée en matière nécessaire à la compréhension rapide des critiques qui suivront:

« Ce système de comptabilité est basé sur la création de livres « auxiliaires où nous groupons toutes les opérations de même na- « tare, de manière que chaque compte général ne donne au Jour-

« nal qu'un article par mois au débit et au crédit, ce qui abrège « les balances mensuelles et celle d'inventaire.

On nous dira sans doute : votre journal n'est pas tenu jour par fi jour y comme le prescrit la lot. Vos opérations n'étant passées « qne tous les mois^ vous pouvez faire des reports incomplets ou « inexacts,

« Nous répondrons d'abord que nos livres auxiliaires ne sont rien « autre chose que des divisions du Journal, et que l'ensemble de ces « livres forme le Journal lui-même, si bien que nous pourrions intitu- « 1er chacun d'eux : Jou rnal d'achat ; Journal de vente ; Journal d'en- « trée et de sortie des Effets à recevoir; Journal de Caisse, etc., etc.

« En second lieu, nous dirons que nos articles mensuels se rén férant à des documents certains, ne peuvent être ni discutables, « ni discutés en pratique. En effet, les livres auxiliaires étant tenus « jour par jour, toutes les opérations y étant enregistrées à mesure « qu'elles se produisent, il n'est pas douteux qu'il soient l'analyse « fidèle de tout ce qui s'est fait dans une maison. L'article de « journal qui résumera toutes les opérations d'un mois ou d'une .« période quelconque ne pourra donc être qu'un résamé fidèle.

« Il est d'ailleurs bien plus avantageux de reporter directement « des livres auxiliaires aux comptes courants que du Journal à « ceux-ci, attendu qu'on a pu commettre des erreurs dans le report « des livres auxiliaires au Journal, et qu'alors ces erreurs se repro- « duisent inévitablement aux comptes courants.

« La comptabilité du haut commerce est tenue d'après ce sys- « tème, c'est-à-dire que les écritures y sont centralisées au Journal « général.

« Si les opérations ne sont pas nombreuses, on peut faire le « Journal tous les jours, à l'aide des livres auxiliaires ; on peut éga- « lement le faire par périodes.

« En résumé notre système de comptabilité repose sur les livres « auxiliaires et a pour but d'abréger considérablement le travail i( de l'employé et de tenir le Commerçant, jour par jour, au cou- « rant de sa situation à l'égard de ses correspondants. «

Afin de dérouter le lecteur de la Réfutation, M. Vannier a remanié dans son nouveau cours les exemples critiqués, mais comme ce remaniement ne porte que sur les noms et les sommes, et que son système de passation des écritures est resté absolument le même, il en résulte que les critiques contenues dans la Réfutation conservent toute leur force et toute leur actualité.

MAIN COUEANTE De FORTIER Jeune, eonimereant^ à Paris.

1«^ janvier iS, , ^

Versé en espèces dans mon commerce pour composer mon capital commercial 100,000 »

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