EXEMPLE
Ayant ajouté : On n'obtient que f
au net 11 o/o = 9,91 o/o sur le brut
Ayant ajouté : On n'obtient que :
au net 19 0/0= 15,97o/o8ur le brut
etc. etc.
Dans la deuxième partie, Fauteur établit ce qu'il faut ajouter au prix d'achat pour réaliser tel bénéfice net. Rien n'est plus saisissant que ces tables où quatre facteurs concourent au résultat cherché.
Ainsi, pour couvrir des Frais Généraux de 5,000 francs et réaliser un bénéfice net de 1 ,000 francs, il faut vendre pour 30,000 fr, en majorant le prix coûtant de 25 %. Suivent neuf pages de tables excellentes à consulter.
On trouve ensuite : le montant de ventes qu'il faut atteindre 'pour obtenir tel produit brut. Ici, trois facteurs fonctionnent pour arriver au produit ; la voie est indiquée et tracée d'avance, et les calculs sont en quelque sorte tout faits.
Enfin, Touvrage se termine par un tableau, où \^ résultat vrai et le résultat apparent sont en opposition, tableau qui ne peut manquer d'attirer Tattention des commerçants, car il leur signale un écueîl à éviter dans les supputations qu^ils font journellement.
Nous reviendrons d'ailleurs sur ce petit ouvrage et sur le précédent, dans une étude sur les prix de revient ; pour aujourd'hui, nous nous contentons d'effleurer le sujet et de signaler ces brochures intéressantes, qui montrent, la dernière notamment, tout ce qui reste à faire, ou plutôt que tout est à faire en matière d'enseignement commercial et de tenue des livres, et qu'il est grand temps de généraliser, au moyen de l'école primaire, des connaissances utiles entre toutes et qui font à ce point défaut à la majorité de la génération actuelle de nos commerçants.
162 LE COKORÈS DES COMPTAALES.
TRAITÉ DE COMPTABILITÉ ET D*ADMrôlSTRATION INDUSTRIELLES, PAR M. A. GUILBAUT
-Le troisième ouvrage dont nous- tenons à etitretemr nos lecteurs, et sur lequel nous aurons occasion de revenir plus tard Tians nos études sur l'établissement des prix de revient, est le Traité de comptabilité et d* administration industrielles, avec atlas de 40 planches, de M. Adolphe Guilbaut, inspecteur des Forges et Chantiers de la Méditerranée, ouvrage publié par Guillaume et C*% qui viennent d'en faire paraître la seconde édition, revue et augmentée par Fauteur.
C'est ici, disons-le tout de suite, un ouvrage bien fait, bien écrit, longuement médité, une de ces œuvres qui demandent le meilleur de la vie active et de réflexion d'un homme. On peut, quand on a écrit un livre pareil, se reposer et attendre sa récompense, tout en souhaitant, comme le fait M. Guilbaut, que d'autres poursuivent ce qu'il a si bien commencé :
« Nous ne pouvons avoir la prétenlioai, dit-il, de croire que -nous avons fait une œuvre parachevée ; mais nous avons l'espoir que notre travail ouvrira la voie à de nouvelles études. »
Quelle différence entre ce langage modeste, tenu par un comptable vraiment expert, doublé d'un savant économiste et d'un administrateur de premier ordre, et celui de la plupart des auteurs que nous avons passés en revue jusqu'ici! '
« Si nous sommes parvenu , continue-t4i , à porter l'atèentioiv des hommes sérieux sur la comptabilité et l'administration appli- •quées à l'industrie, nous espérons qu'il en résultera quelque bien, « ne fut-ce que celui de faire apprécier la science modeste des « écritures. Au lieu des recettes empiriques que nous trouvons « dans les ouvrages qui traitent de comptabilité, il pourra surgir « de la pratique réfléchie de notre ouvrage des formes nouvelles « basées sur les théories mathématiques et appropriées aux procé- « dés scientifiques de l'industrie.
« De son côté, la science administrative est liée d'une manière si
« in lime avec la comptabilité que les deux ne forment pour ainsi « dire qu'un même corps. Une bonne organisaiion administrative « indique une composition logique du capital et une comptabilité ' « régulière. L'industriel qui aura compris cela pourra marcher har- « diment daiis l'étude des améliorations matérielles des procédés; {( il saura toujours s'arrêter à temps s'il se trompe. Si nous avons « réussi à faire admettre ces vérités, le premier pas est fait, et IV « venir se chargera de compléter ce que nous avons commencé. » « De notre temps, dit-il autre part, ce n'est que par l'association « que l'industrie peut progresser. Produire beaucoup est un des « termes d'une formule dont l'autre terme est produire à bon mar- « ché. Mais, pour produire beaucoup, il faut de puissants engins, « des mouvements considérables de matières, de grands capitaux. « H faut aussi de Tordre. On ne doit rien abandonner au hasard et, « à côté de l'action, il faut le modérateur^ appuyé sur la connais- « sance des faits; de là vient la nécessité de la scienoe dont nous « avons essayé de réunir les éléments.
i « Nous avons surtout écrit pour les grandes industries, tout en
! « ne négligeant pas les petites entreprises personnelles. Ces derj « nières ont pour levier l'intérêt direct de leur auteur et la facilité « de surveillance. Mais les grandes associations, dont les membres, <' sans liaison entre eux, sont considérés par la loi comme des mi- « neurs; les grandes associations, disons-noua, ont besoin d'organii « salions administratives fortes et logiques. Excepté les savantes I « combinaisons de l'administration et de la comptabilité gouverne- «mentale {hum!)^ nous ne trouvons guère que quelques sociétés « bien dirigées qui aient réussi .à se former un service administratif u convenable. L'industrie en général, celle qui a pour but la pro- « duction, ne noiis semble pas, jusqu'à présent, avoir suffisamment <( compris de quel secours lui seraient l'organisation logique de «son capital et l'ordce méttiodique introduit dans ses mouve- « ments. »
On a pu remarquer dans le cours de nos articles que nous partageons tout à fait ces vues d'ensemble. Toid maintenant comment l'auteur a divisé son livre. Laissons-lui la parole :
« Notre première partie^ dit-^il, est un simp^le traité de tenne de '< livres; c'est un résumé raisonné de tofrt ce qui a été écrit sur « ce sujet, dit-'il dans sa préface. »
M. Guilbaut explique en effet, dans cette première partie de son
œuvre, les moyens matériels employés pour tenir les livres de commerce avec régularité ; il dit en bons termes ce que sont les livres dont on se sert habituellement, et il expose avec netteté les formules adoptées pour écrire sur ces livres. Suivant nous, cependant, il a traité cette première partie d'une manière insuffisante. 11 ne tenait peut-être qu'à lui de nous donner le livre à placer dans les mains de nos instituteurs primaires; il ne Ta pas voulu ou il n'y a pas songé ; c'est un tort. Pour savant que l'on soit, il faut songer à ceux qui ne savent pas et qui veulent apprendre ; il faut songer aussi à ceux qui prennent mission d'enseigner et qui n'ont eu ni l'occasion ni le temps de pratiquer suffisamment* Pressé d'arriver à la comptabilité industrielle, dont il fait sa spécialité, M. Guilbaut a donc un peu trop négligé la comptabilité commerciale élémentaire.
Nous lui adresserons en passant un second reproche, celui de préconiser les articles complexes de divers à divers^ comprenant tous les mouvements d'une journée ou de plusieurs journées. Ses raisons peuvent avoir leur valeur aux yeux de certains teneurs de livres pressés de résumer leur travail, mais il a contre lui la plupart des comptables, qui préfèrent les articles simples du Journal. Les articles divers à divers nous ramènent d'ailleurs au Brouillard unique, auquel la comptabilité moderne a définitivement renoncé en faveur du Brouillard divisé en autant de livres entrée et sortie que de valeurs distinctes dont la marche est à spécialiser et à contrôler.
« La seconde partie, poursuit M. Guilbaut dans sa préface, est « une œuvre absolument nouvelle, sans précédent. C'est l'étude « complète des comptes et la preuve de leur assimilation aux fac- « teurs d'une opération d'arithmétique; c'est l'exposition de la <* méthode à suivre pour écrire, par leur jeu, toutes les opéra- « tions industrielles ou commerciales ; ce sont , enfin , les règles (( du bilan.
« Le bilan est l'expression d'une équation destinée à faire con- « naître les résultats d'une opération industrielle ou commerciale; « c'est par son moyen que l'on dégage journellement, mensuelle- -« ment ou annuellement, le bénéfice ou la perte dont le solde doit « influer sur le capital engagé. Nous avons, dans le cours de cette « seconde partie, donné des explications sur toutes les difficultés « qui se présentent dans la détermination des valeurs qui forment « le capital. »
Cette seconde partie est, en effet, la partie substantielle de Tœuvre de M. Guilbaut. L'auteur s'y efforce de démontrer les principes de la comptabilité, la nature des comptes, leurs fonctions et leur classification. Il y réussit; mais dans une langue qui suppose, pour être comprise, un lecteur déjà rompu à la tenue des livres. Nous le répétons, ce n'est pas ici, à proprement parler, un livre d enseignement; l'élève le comprendrait difficilement, mais le maître ne peut que se fortifier et qu'apprendre à sa leclifre. A Je méditer, il étendra les connaissances pratiques qui lui manquent et acquerra assez promptement ce que bien des comptables de métier ne possèdent pas toujours. A ce point de vue, M. Guilbaut, sans être ce qu'on appelle un vulgarisateur, aura donc puissamment aidé à la popularisation de la comptabilité .
Il classe savamment les comptes suivant les nécessités de l'inventaire. Il les considère comme des facteurs du calcul qui doit dégager l'inconnue Profits et Pertes de tous les mouvements.
Mais, en industrie, les comptes revêtent, dans l'établissement du prix de revient, un double caractère ; ils sont les éléments sur lesquels on s'appuie pour dresser ces prix, avant de devenir facteurs de l'inventaire. Leurs combinaisons suivent et reproduisent les opérations variées que subit le travail technique. On pourrait dire que ces comptes sont momentanément soustraits à l'influence de l'inventaire, jusqu'à ce que leurs chiffres se résolvent en prix de revient applicable à l'objet produit.
Le rôle des comptes transitoires de ce genre ne nous parait pas avoir été exposé avec l'ampleur ou plutôt l'insistance suffisante. Il est vrai que, dans la troisième partie de l'ouvrage, ce rôle reprend son importance au milieu des études d'application.
D'après M. Guilbaut, les comptes sont divers de nature et de fonctions, et nous admettons qu'il serait difficile d'en faire l'étude autrement que lui, malgré les imperfections que nous pouvons signaler dans le développement de ses idées, imperfections qui rendent difficile, ou tout au moins laborieuse, la lecture de son livre, d'une condensation excessive.
Il pose d'abord et démontre un principe fécond : c'est que les valeurs qui entrent dans l'actif du commerçant ou de l'industriel doivent garder leur prix tant qu'elles n'en sont pas sorties. Gomme conséquence de ce principe, toute valeur qui sort de lïnventaire et qui prend en sortant un prix différent de celui qu'elle a reçu à l'entrée influence deux comptes : celui de l'inventaire, qu'elle décharge d'autant, puis le compte transitoire de Profits et Pertes^ qui se charge de la différence produite par la transaction qui a
donné lieu au mouvement. Les raisons dont M. Guilbaut appuie ces principes sont concluantes^
Dans les industries de ftibrication, les objets fabriqués «orfenf des comptes spéciaux du prix d« revient pour entrer dans l'inventaire à leur prix réel, de même que s'ils avaient été achetés à un tiers.
Nous reviendrons plus tard et plus au long sur ces points importants et peu connus de la science comptable, jusqu'ici si mal appliquée à l'obtention exacte du prix de revient.
De ces règles premières l'auteur fait découler les principes d'une classification rigoureuse et logique des comptes, base de toute comptabilité.
Voici cette classification :
« 1** Comptes d'inventiaire, — Immeubles, matériel, maga-
« sins de vente, caisses, effets à recevoir, comptes transitoires de
« travaux. Ces derniers comprennent dans leur jeu les comptes
« destinés à en régler le mouvement : magasins de matières pre-
« mières, main-d'œuvre, frais généraux. Le compte frais généraux
« sert de régulateur entre les dépenses vraies et leur imputation
« aux travaux. Enfin les comptes d'ordre.
« 2" Comptes de clientèle. — Débits et crédits résultant des « opérations d'achat, de vente, de transactions de toute nature. « Banquiers, acheteurs, fournisseurs, etc.
« S'' Comptes du capital. — Contre-partie de toutes les valeurs « dont se compose l'actif d'une affaire. Ils sont immuables pen- « dant l'intervalle de deux inventaires et ils ont pour complément « le compte de Profits ^^P^r^e5 qui réunit toutes les différences « résultant des transactions entre le prix de Fobjet à l'inventaire et '< et celui qu'il acquiert par la vente. »
Ainsi les comptes de l'inventaire représentent des valeurs dont le prix est celui qu'elles portent en y entrant ; c'est un terme connu.
Les comptes de clientèle d'achat ou de vente, dont le solde résulte toujours d'un débat entre des personnes dont l'intérêt est opposé, donnent un autre terme connu.
Les différences eatre ces deux termes connus, prix d'inventaire ou de revient, comparés aux prix débattus ou de vente, forment Je
compte de Profits et Pertes ou rinconnoe que toute comptabilitébien ordonnée a pour bat de faire ressortir,
« Notre troisième partie, continue M. A. Guilbaut dans sa pré- « face, traite p!us spécialement des principes de l'administration « et de leur lien avec la comptabilité. Elle donne, en outre, l'appli- « cation de ces principes à diverses opérations financières et indus- « trielles, en partant du simple pour arriver au composé.
« La Banque, qui ne nécessite ni magasins ni travaux, a été la « première de ces monographies. L'administration et la comptabilité « de la Banque y sont exposées en détail, avec des modèles à « l'appui des explications. Les mouvements de la caisse, ceux des « portefeuilles et des caisses de dépôt y ont été détaillés. Tout ce « qui touche au capital des grandes associations, actions, obli- « gâtions, dividendes, y a été examiné.
« Les commerces d'achat et de vente ont été l'objet de la seconde « «^tude. Les magasins, le mouvement de Tachât, celui de la vente, « la combinaison du service actif et du contrôle ont été donnés en « détail avec des modèles destinés à éclàircir le texte.
« L'industrie houillère, première étape de l'étude du prix de « revient, a été l'occasion d'exposer le jeu de la main-d'œuvre, des « travaux préparatoires, et celui des combinaisons du prix de a revient et du prix moyen.
« L'industrie métallurgique, la raffinerie de sucre sont ensuite « venues démontrer, par leurs combinaisons infinies et délicates, « combien une administration et une comptabilité bien entendues « prêtent de force à Tinduslriel, au gérant de société qui savent s'en « servir, etc., etc. »
Ce programme n'est pas menteur; toutefois, l'application des règles ci-dessus mentionnées à des entreprises diverses et graduées, qui font l'objet de la troisième partie de l'ouvrage de M. Guilbaut, pourrait donner lieu à quelques réserves.
Ainsi l'auteur pose en principe que la balance mensuelle du Grand-Livre doit être un inventaire et doit indiquer les résultats des opérations effectuées dans le mois. Certainement, rien ne serait plus désirable, mais est-ce bien toujours possible en industrie?
Les fluctuations continuelles du prix des matières premières, celles du taux proportionnel des frais généraux, qui est influencé par l'activité plus ou moins grande des fabrications, ne sont-elles pas un obstacle à ce que ce résultat soit obtenu?
Nous le craignons et, malgré la méthode scientifique que l'auteur
168 LE CONGRÈS DES œMPTABLES.
expose, nous serions tenté de dire que Tabsolu pourrait être réduit dans beaucoup de cas au possible, et cela sans danger. Ne pourrait-on pas, par exemple, frapper le produit à son entrée dans le magasin de vente, « d'un prix de devis, » si les antécédents manquent, ou bien du prix de revient de Fexercice précédent, s'il est connu? Le compte de revient, par la comparaison de ce prix passé en crédit et celui de la dépense passé en débit, indiquerait, au bout de quelques mois, la différence dont il y aurait à se préoccuper dans les résultats. Nous savons que quelques grandes sociétés françaises procèdent ainsi. Nous donnons certainement la préférence à la méthode mathématique de M. Guilbaut; mais nous voudrions prémunir les personnes qui étudient ces questions contre les difficultés d'application de la méthode, dont l'auteur se préoccupe médiocrement, son but étant de faire de la comptabilité une science exacte.
En résumé, il se dégage de l'ouvrage de M. Guilbaut des principes dont les comptables sérieux doivent tenir compte. Nous sommes surpris de voir qu'après le livre dont nous parlons on ait encore le courage d'enseigner la tenue du compte de Marchandises générales, et pas un auteur n'y manque.
Au lieu d'aborder résolument ces questions de fond, on cherche une nouvelle manière d'écrire le Journal, ou bien Ton invente un nouveau Journal-Grand-Livre. Hélas! nous l'avons déjà vu, les nombreux traités qui ont la prétention de faire connaître la science n'en démontrent même pas les éléments. Nous tournons sur nousmêmes, nous piétinons surplace. Les auteurs se copient mutuellement, ou ils s'égarent dans des systèmes impraticables. Ou le plagiat, ou la fantaisie à outrance.
Avec M. Guilbaut, rien de tout cela. Une science calme, sereine, marchant à pas calculés et sûrs ; une science vraie, née de l'observation constante et fortifiée de l'expérimentation ; une science qui raisonne, une science qui veut être mathématiquement exacte et qui l'est ; en un mot, la comptabilité pratique, telle qu'elle a été enfantée par nos grands praticiens modernes, aux prises avec l'industrie révolutionnée par la vapeur et toutes les inventions mécaniques de ce siècle.
Un tel livre, — dont l'auteur est le premier à reconnaître les imperfections, mais qui, assurément, contient en partie la syntaxe de la comptabilité moderne, un tel livre, — le seul où les grandes difficultés comptables soient abordées, a cependant passé inaperçu du jury de l'Exposition de 1878, qui n'en aura probablement lu que le titre. Du moins l'auteur pouvait croire qu'il n'en serait pas de
même au Congrès des comptables, lequel, — dans son esprit, — devait être composé de comptables compétents, de notabilités professionnelles dévouées sincèrement à la science et incapables, par conséquent, de tomber dans ces excès de partialité qu'on reproche à nos jurys.
Hélas ! lorsque nous signalions Tœuvre de M. Guilbaut à Tattention du Congrès, nous étions loin de croire qu'il vCy serait même pas question de ce livre. Nous réservons nos commentaires pour notre dernier chapitre.