‹ Le Congrès des comptables français: Questions actuelles de comptabilité et dChapitre 44 sur 88 · Journal officiel du 25 janvier · texte numérisé non relu

Journal officiel du 25 janvier

autorisée que celle de M.Léon Say,ne pouvait manquer de frapper vivement les esprits qui s'intéressenti au progrès des sciences éco*»nomiques et des arts, encore trop peu nombreux^ qui en dépendent.

Les découvertes vraiment scientifiques sont déjà très rares, et celles qui peuvent servir de base à une science nouvelle, plus ou moins comparable à Timmortelle création de Monga,le sont encore davantage. Il ne fallait rien moins que le haut patronage sous lequel celle de M. Lefèvre était présentée pour ne pas faire douter tout d'abord de sa réalité.

Gomment penser, en effet, qu'il pût y avoir quelque chose à découvrir sur ces questions de change, si travaillées, si élucidées par les économistes, où des intérêts si considérables et si attentifs sont engagés ; que traitent chaque jour des praticiens si experts et qu'enseignent dans des centaines d'écoles, surtout à l'étranger, des professeurs dont la compétence n'avait point encore été mise ea doute?

Et cependant, quand on. lit avec attention les livres de ces professeurs, ou les ouvrages techniques qui ont été publiés sur la matière, on ne tarde pas à y constater ce chaos de procédés empiriques, de notions confuses et mal digérées, qui fait le désespoir, de ceux qui ont voulu se livrer jusqu'ici à l'étude pratique des^opérations de change.

Les uns sont des manuels qui contiennent des renseignements, fort utiles sans doute, mais qui présentent les diverses opérations qui se font sur les différentes places comme autant de cas particuliers qu'aucune idée générale ne relie entre eux; ce sont des •espèces de collections de cadres tout faits, qui sont inutiles à ceux qui savent, et dont ceux qui ne savent pas sont incapables de se servir.

Quant aux traités, soi-disant didactiques, émanés en général de professeurs aux écoles de commerce, ils ne sont guère plus satisfaisants. Ceux qui ont été publiés en France dans ces dernières années contiennent, en outre, des erreurs regrettables, et les ' justes critiques dont ils ont été l'objet ont jeté une défaveur, malheureusement fondée, sur les établissements d'enseignement spécial auxquels leurs auteurs sont attachés.

L'Allemagne, qui passe, — peut-être à juste titre, — pour le berceau des cambistes, n'a, sur l'art dont elle s'enorgueillit, et malgré ses prétentions, ni idées nettes, ni enseignement rationnel. En revanche, elle peut, à bon droit, se flatter d'avoir imaginé une foule de ces petits procédés arithrnétiques, de ces petits artifices de calcul, dans lesquels se complattle génie germanique, plus apte

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à fouiUpr des détails minuscules qu*à concevoir un ensemble et formuler des lois. Nous avons été, sur ce point, et jusqu'ici, ses tributaires. Le cambiste est une des branches importantes de l'exportation allemande, et peut-être un des agents les plus actifs et les mieux placés de la surveillance et de la convoitise dont nous sommes toujours l'objet. Nos industriels savent se passer de ses ingénieurs et de ses artistes ; le livre qui vient de paraître apprendra, nous l'espérons, à nos banquiers, à se passer des employés qu'elle nous envoie, jusqu'à un certain point, pour nous observer.

Ce qui constitue le mérite de l'œuvre de M. Lefèvre, c'est la découverte d'un fait fondamental qui va servir de base à toute sa théorie et qui est destiné à ouvrir à la pratique elle-même des voies nouvelles et fécondes. Nous croyons devoir entrer dans quelques •détails à ce sujet.

L'auteur remarque d'abord que, par leur mode même de formation, les relations au pair intrinsèque ou légal des diverses {Donnaies entre elles donnent des produits ou des quotients qui sont constamment égaux à V unité.

Prenons, par exemple, trois places comme Paris, Amsterdam, Berlin et leurs monnaies respectives ; considérant d'abord ces places deux à deux, nous trouvons les relations suivantes au pair intrinsèque, c'est-à-dire d'après la quantité absolue d'or qu'elles contiennent :

A Paris 1 florin des Pays-Bas vaut. 2,0833 francs.

A Amsterdam . . 1 franc vaut 0,48 florin.

Le produit: 2,0833X0,48=1

De même :

A Amsterdam. . 1 reichmark allemand vaut. 0,5926 florin.

A Berlin 1 florin PB vaut 1,6987 reichmark.

Le produit : 0,5926 X 1 ,6987 = 1 Enfin:

A Berlin 1 franc vaut 0,81 reichmark.

A Paris 1 reichmark vaut. 1,2346 franc.

Si nous prenons maintenant ces places trois à trois en observant iue chacune d'elles cote les deux autres, nous avons le tableau suivant :

A Paris 1 florin d'Amsterdam vaut. . 2,0833 francs.

— 1 reichmark — ... 1,2346 —

A Amsterdam. . 1 reichmark — ... 0,5926 florin.

— .. 1 franc — ... 0,48 —

A Berlin 1 franc — ... 0,81 reichmark.

— 1 florin PB — . . . 1,6987 —

D*où résultent les relations suivantes des places prises trois à trois.

1*» Relations par produit : Sî on multiplie toutes ces cotes Tune par l'autre, on obtient Tunité.

Si on les multiplie de deux en deux, le produit est encore égal àl.

2^ Relations par quotient : Sî on suppose le tableau des cotes enroulé sur un cylindre de façon à ce qu'il n'y ait ni première ni dernière, on trouve que chaque cote, divisée par le produit des deux cotes entre lesquelles elle est comprise, est encore égale à l'unité. Ainsi :

Tels sont les rapports au pair intrinsèque ou légal, mais dans les relations courantes, les monnaies étrangères, étant considérées comme marchandises, subissent des augmentations ou des diminutions correspondant à l'off're et à la demande qui s'en fait sur les

différentes places, selon la proportion des créances et des dettes réciproques.

Quand ces augmentations et diminutions sont telles que les cours * des monnaies, bien que différents du pair, satisfont cependant à la condition d'avoir leurs produits ou leurs quotients égaux à Tunité, comme pour le pair lui-même, ces places ou ces monnaies sont dites à la parité. Mais dans ce cas, comme dans celui du pair, il n'y a lieu à aucune opération de Banque.

Au contraire, lorsque, ainsi que cela se passe ordinairement, les produits ou les quotients sont plus grands ou plus petits, l'art du cambiste intervient pour en profiter; mais, ce qui se faisait jusqu'ici d'une façon tout empirique, se trouve maintenant formulé par M. H. Lefèvre dans des règles aussi simples que faciles à retenir.

Par exemple: Entre deux quelconques des places ci-dessus: quand le produit des cours réciproques est plus grand que l'unité, c'est aux créanciers^ dans Vune quelconque de ces places , à faire traite sur leurs débiteurs dans Vautre.

Si le produit des cours est plus petit que l'unité, c'est aux débiteurs à faire remise à leurs créanciers.

En outre,^dans le premier cas, deux banquiers qui tirent réciproquement l'un sur l'autre réalisent un bénéfice égal ou proportionnel à la différence des cours avec l'unité.

Et dans le second cas, c'est par la voie de remises réciproques qu'ils doivent opérer.

Or, celui qui fait traite vend sa créance ; celui qui fait remise est, au contraire, un acheteur d'une créance sur l'étranger; ce sont donc des opérations d'achat et de vente, c'est-à-dire de commerce, qui se font en réalité. C'est pourquoi la théorie du change est la base même de la science du commerce, puisque, finalement, toute marchandise se transforme ou se traduit en monnaie et toute monnaie en change.

Entre trois places, on obtient des règles du même genre, quoique un peu plus compliquées. Ainsi, quand on prend les relations par produit :

Si le produit est plus grand que l'unité, c'est aux négociants à faire traite directement. .

Si le produit est plus petit que l'unité, c'est au débiteur à faire remise par la place tierce.

Si l'on prend les relations par quotient^ on trouvera les rap^ ports entre les opérations connues sous le nom de parités^ prix de

revient, ordres de banque^ et les règles correspondantes à chacune d'elles.

Pour donner une idée de la fécondité de cette théorie, il nous suffira d'en citer encore une application :

Les relations usuelles de change entre trois places, parités, prix de revient, ordres de banque, donnent Heu à dix-huit combinaisons différentes. M. H. Lefèvre démontre qu'étant donné le sens d'une quelconque de ces opérations, c'est-à-dire si elle est ou non avantageuse, on déttermine du môme coup, et sans nouveaux calculs, le sens des dix-sept autres.

Et si, au lieu de chercher les relations directes des cours euxmêmes, on représente ces cours au moyen de leurs agios au-dessus et au-dessous du pair, l'auteur établit la possibilité de trouver, dans les combinaisons de ces agios, le secret des courants commerciaux qui s'opèrent . entre les différents pays, ce qui permet de diriger sûrement les spéculations destinées à en profiter.

Enfin les changes, qui sont des effets de commerce sur l'étranger, présentent, comme toute autre marchandise, des variétés à l'infini; il faut, pour en déterminer la valeur dans une certaine limite, les ramener tous à un type uniforme, adopté d'un commun accord dans, les transactions courantes ; c'est ce qu'on appelle faire le nivellement des cotes ou des cours. Cette partie, asêez délicate et très obscure, sinon très inexacte dans la plupart des auteurs, a été complètement élucidée dans le traité du Change et de la Banque,

Certes, cet ouvrage, dans lequel la pratique s'unit si intimenoent à la théorie, n'est pa.s encore parfait. L'auteur reconnaît lui-même qu'on rencontrera dans son livre certaines lacunes et quelques obscurités. Il n'a pas toujours serré d'assez près la déduction rigoureuse des principes et des relations qu'il a établies. Il s'aperçoit, dans sa préface, des imperfections de son œuvre, et il y trace la méthode qu'il raurait di) suivre, d'une main plus ferme que celle qu'il a suivie sur quelques points. Mais ce sont là de simples questions de forme qui s'améliorent facilement par quelques retouches d'ordre, spcôndaire.

Dans une ^brochure sur l'enseignement commercial que nous avons eu l'occasion de citer plus d'une fois, le même auteur divisé, comme on sait, Fart du commerce en trois "branches : ' •

1° L'art d'acheter et de vendre, ouïe commerce proprement dit;

2® L'art de payer et de recevoir, ou la banque ; • *

S** L'art d'enregistrer les opérations, ou la comptabrlité. '

.fDe cette der*nièt'e, nous n'avions nul souci : la science en est

^aite par les pràtit^ién^^-et il nemànque que de la vulgarisei*. ^

L'art de payer et de recevoir, grâce au livre qui vient de paraître, n'a plus rien à envier à la précédente, et nous attendons désormais avec confiance le traité du commerce proprement dit que M. Lefèvre nous annonce être en préparation. Un opuscule, déjà publié par ]ui en 1874*, nous laisse sans inquiétude sur, la valeur de Touvrage que nous attendons, lequel, complétant cette série, mettra la science du commerce au niveau des autres branches des connaissances humaini» et en fera la base d'im enseignement pnt • fesûonnel.

Il est temps I Nos écoles de commerce, décorées un peu prélt'ntieusement .du titre de supérieures, agonisent ; celle de Lille e f morte ; celle du Havre, fondée et dirigée par M. H. Vanniei- « s: mourante; celles de Rouen, de Bordeaux, sont malades. Seules, — celle de Lyon, où nous trouvons un professeur spécial très érulit. auteur d'une brochure excellente intitulée : les Origines de /a Comptabilité, et d'un traité des Changes et Arbitrages, bien supérieur aux ouvrages similaires de MM. Barré et Vannier, ~ et celle de Marseille, dojat Thabile directeur, M. Rosier, est on ne peut mieux secondé par M. Lejeune, son sous-directeur, professeur intelligent et constammjent en quête de progrès, font d'heureuses exceptions à cette siftuation regrettable.

La Chambre de commerce de Paris, dans Téspoir de faire mieux que ses devancières, achève, en ce moment, un palais pour y loger une école des hautes études commerciales.

On a mis au concours les plans de ce monument. Les architectes n'ont pas fait défaut. Mais nous n'avons point ouï dire qu'on ait mis au concours ni les programmes, ni les méthodes, ni fa science qu'on doit y enseigner.

Peut-être est-ce par là qu'ileût fallu commencer. Car, ainsi que l'écrivait M. Louis Desgrand à VEconomiste français, le 9 octobre dernier, ce sont ces programmes, ces méthodes et cette science qui décideront du mérite et de la vitalité d'une entréprise dont le titre nous semble un peu lourd à pbfter.

Tout ce que nous savons a cet égard nous est. révélé par un article publié dans le numéro du ii août 18^80 diï même jodi*nal. Mais les indicattions sont trop sommaires pour que nous puissions nous permettre une appréciation .

I. Prineipet de ta sewnee du commerce, Paris, 1874, Ch. Delagrave, éditeur.

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