‹ Le Congrès des comptables français: Questions actuelles de comptabilité et dChapitre 45 sur 88 · RÉSUMÉ DE L*EXAMEN DES MÉTHODES · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DE L*EXAMEN DES MÉTHODES

On pourrait classer en trois catégories les ouvrages traitant de tenue des livres et de comptabilité.

1*» Ceux écrits par des auteurs purement théoriciens : professeurs, instituteurs, etc., n'ayant jamais pratiqué;

20 Ceux écrits par des teneurs de livres dévorés de la manie d'écrire et se croyant invariablement inventeurs d'une « méthode nouvelle » bien supérieure à toutes les autres ;

3° Ceux écrits par des comptables, rompus à la pratique et véritablement compétents.

Les premiers de ces ouvrages sont naturellement sans valeur aux yeux des hommes spéciaux. Éclosloin de la pratique comptable, ils ne peuvent en présenter qu'un reflet bien fantaisiste, quel que soit d'ailleurs le soin apporté par leurs auteurs à compulser les éléments dont ils se sont servis. On ne s'improvise pas comptable. Ce qui est beaucoup plus aisé, c'est de prendre une douzaine de traités scolaires et d'en extraire un treizième traité, d'ailleurs ni plus mauvais ni meilleur que les précédents, lesquels, il faut bien l'avouer, ont été fabriqués par le même procédé.

Au reste, n'est-ce pas ainsi que s'écrivent la plupart des livres scolaires? Que sont en eflet toutes ces nouvelles grammaires, histoires saintes, histoires de France, arithmétiques, etc., qui éclosent chaque année vers la rentrée des classes, sinon des produits du plagiat passé en coutume, livres qui n'offrent ordinairement de nouveau à l'élève que le nom de leur auteur?

Les seconds, bien qu'écrits par des teneurs de livres se disant comptables, ne valent pas mieux en général que les premiers. Invariablement mal conçus, mal divisés, mal équilibrés et mal écrits, ces ouvrages, où l'imaginaition, le peu de fonds et l'absence de méthode ne le cèdent qu'à des prétentions outrées jusqu'au ridicule, sont totalement impropres à l'enseignement. Ce sont des essais plus ou moins réussis de réclame et de mercantilisme. Nous avons vu, dans les chapitres précendents, de quelle façon leurs au-

leurs se traitent, quelles épithètes ils se renvoient et comment ils sont chacnn, pour qui veut les écouter, inventeur d'une méthode nouvelle, infaillible, supérieure à toutes les autres, lesquelles, selon eux, ne valent absolument rien, ce qui, par parenthèse, diminue singulièrement le mérite de leurs productions réciproques. Ajoutons que nombre de ces ouvrages semblent même écrits sous l'empire d'une singulière exaltation, ou tout au moins d'un étal cérébral particulier, aussi curieux qu'inobservé jusqu'ici, et dont nous voulons dire quelques mots au lecteur, afin de le prémunir si par hasard il lui prend fantaisie comme à noua de bouquiner plus que de raison dans ce fatras d'au moins 1,500 ouvrages parus en ce siècle sur la seule comptabilité.

La comptabilité, chacun peut l'observer, a ses fanatiques, ce qui peut déjà sembler passablement surprenant. Eh bien ! chose autrement étonnante, elle a mieux, elle a plus encore, elle a se? illuminés I Et Dieu sait qu'ils sont nombreux.

Certes, on a peine à concevoir que des hommes de chiffres, des amants passionnés de l'ordre, de la clarté, de la précision et dey contrôles, que des comptables, esprits positifs par excellence, soient^ comme les poètes eux-mêmes, dont c'est la vocation de rêver, — taquinés, harcelés, entraînés et finalement conduits en laisse par la « folle du logis. »

^élas! ce grain de folie qui fait le poète, quelle perturbation ne va-t-il pas jeter dans ces têtes de chifTreurs, jusqu'alors adonnéesaux seules méditations de l'arithmétique et de la partie double !

Qui dira par quel fil invisible leu*r pensée, jusqu'alors rigide, est conduite du chiflre au rêve ; sur quelle pente mystérieuse elle glisse inconsciente vers les régions où commence l'hallucination ; par quelle poussée traîtresse, par quel phénomène psychologique leur cerveau perd peu à peu le centre d<d gravité de la raison pour rouler plus ou moins profondément dans l'empire si divers et si vaste de la folie; qui dira cela? Nous constatons l'anomalie sans entreprendre de l'expliquer. Quoi qu'il en soit, l'illuminé comptable existe bien réellement, nous en connaissons un certain nombre, et c'est pour nous presque un devoir que de crier à nos lecteurs : Défiez-vous ! Évitez ce fou qui parle à »froid, ce rêveur qui vous entretient de chiffres et de comptes dans un langage sibyllin, ce songe-creux du Doit et de l'Avoir, qui ne vous aborde que pour vous exposer son merveilleux système, supérieur à tous les autres, et où se trouve réalisée la suprême harmonie descomptes, la Balance perpétuelle instantanée, ou autres billevesées?

semblables; fuyez ce monomane, qui lient tout à la fois du fou, du charlatan et du raseur.

Les troisièmes de ces ouvrages, — ceux écrits par des comptables rompus à la pratique et véritablement compétents, — sont excessivement rares.

Nous avons cité le Traité de comptabilité et cC administration industrielles^ de M. A. Guilbaut, la Réfutation et divers écrits sur la comptabilité commerciale, de M. Pigier, ainsi qu'une brochure de M. Duboc sur les Frais généraux.

En cherchant bien, nous trouverions encore de ci de là quelques bonnes pnges dans les traités de MM. Ed. Degrang^s, Goujon et Sardou, Gourcelle-Seneuil, L. Barré, Wargnies-Hulot et Paquier, Trésy, Guillay, ainsi que dans les opuscules de MM. Heudicourt, Glergier, Achille Leduc, Perrot, Morellet, J. Spazin, etc.

Ed. Degranges, Goujon et Sardou, qui datent de loin déjà, ont beaucoup vieilli sous le rapport des applications de la comptabilité. Mais leurs traités contiennent de bons principes, parfois bien exposés.

M. Gourcelle Seneuil, l'écrivain qui a peut-être le plus contribué à la vulgarisation de l'économie financière et industrielle, s'est essayé, non sans succès, sur la comptabilité. Son cours, destiné à renseignement secondaire spécial, et conforme au programme de i866, est le seul ouvrage que la librairie' scolaslique ait osé opposer à celui de M H. Vannier. Il est certainement supérieur à ce dernier, notamment sous le rapport du style et de l'entente générale de la comptabilité. Malheureusement, il est trop sobre d'exemples pratiques, avant lout nécessaires à l'enseignement ; et ces exemples sont eux-mêmes traités en théoricien beaucoup plus qu'en comptable. Il n'a certainement tenu qu'à une plus complète possession du côté pratique de son sujet que M. Gourcelle-Seneuil nous donnât le meilleur et le moins aride des traités scolaires de c )mpt:ibilité. Gel auteur a eu l'excelleiite idée de condenser son c >urs (le quatre années en un petit volume de deux cents pages d »nt nous recommandons vivement la lecture, à la fois intéressante et instructive.

Rompant en visière avec le programme de 1866, ce dont nous le félicitons sincèrement, M. Barré, professeur de comptabilité à l'école supérieure de commerce de Paris, a réduit la durée de son cours à trois années au lieu de quatre. Noos avons déjà parlé, dans notre deuxième chapitre, du Cours complet de comptabilité en iroi»

QUESTIONS ACTUELLES DE COMPTABILITÉ. il9

Yolumes, publié par ce professeur. IJouvrage est très inégal, mais il mérite l'attention, à cause surtout du deuxième volume. Le premier volume (premier comptoir), qui correspond à la première année du cours, est d'une faiblesse générale, qui nous a frappé d etonnement. Entre autres choses vieillottes, l'auteur y enseigne la tenue des livi'es commerciale à la manière de M. H . Vannier, . c'est-à-dire basée sur le Brouillard unique. C'est là, nous l'avons <léjà dit ailleurs, un enseignement qui retarde d'un siècle. L'élève qui quitte l'école au bout de cette première année ne sait rien d'une pratique rationnelle de la comptabilité; et avant d'apprendre par la pratique journalière,'il devra commencer par oublier cequ'on lui a précédemment enseigné.

Esl-ce à dire que l'auteur ignore que la tenue des livres moderne est basée sur la division de l'ancien Brouillard en livres auxiliaires d'entrée et de sortie de valeurs, matières, etc.? Aucunement. L'auteur a tout simplement voulu se ménager un enseignement progressif et réserver des surprises à l'élève de seconde année. Or, démontrer à un élèvo que ce qu'on a mis une année à lui apprendre ne lui servira pas, vu qu'on opère différemment dans la pratique, est un coniHle d«j la plus belle eau, qui expose le professeur à être jugé peu favorablement par son élève lui même. M. Barré fera donc bien de modifier les exemples pratiques de ce premier volume sur Ja couverture duquel nous lisons : Cours pratique de tenue des livres.

Le second volume (deuxième comptoir), qui correspond à la seconde année du cours, est remarquable à plus d'un titre; c'est w\\ bon essai d'enseignement de la comptabilité pratique industrielle, basée sur la division du Brouillard en livres d'entrée et de sortie de valeurs, marchandises, matières premières, etc., très bien établis pour la plupart. L'auteur y présente un rnccomci {'diI inlcressant de la comptabilité d'une société anonyme formée pour la fabrication de la stéarine et de la»bougie, et l'on ne tarde pas à voir qu'il possède son sujet, bien qu'il ne l'ait pas suffisamment développé et que la comptabilité n'y suive pas les produits et les sous-produits de l'usine dans toutes les phases de la fabrication, comme il convient de le faire dès que l'on veut obtenir des prix de revient non pas approximatifs, mais réels.

Que l'auteur ait pratiqué lui-même, ou tout simplement vu pratiquer, peu importe; le livre est cliir, intéressant et instructif, et il suffirait de quelques perfectionnements pour que nous le trouvions parfait. Pourquoi, par exemple, M. Barré ne précc-

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nise-t-il pas remploi des comptes collectifs, si utiles au point de vue des contrôles et de l'obtention rapide des balances d'écritures de fin de mois? Grâce aux comptes collectifs, il pourrait diviser son Grand-Livre et ne plus y confondre, comme il le fait, Comptes généraux et Comptes personnels, ce qui est contraire aux règles de prudence et de discrétion, et à la bonne répartition du travail. Le Grand-Livre des comptes généraux recevant alors toutes les sommes générales portées dans les deux colonnes Débit et Crédii du Journal, il en résulte qu'on obtient un contrôle absolu de ce dernier livre, en même temps d'ailleurs que celui du Grand-Livre des comptes personnels est assuré par les comptes collectil's. La division des livres de l'entreprise en livres de Compiabïlité auxiliaire et livres de Comptabilité générale, adoptée par M. Barré, est la bonne. Les premiers de ces livres sont bien disposés, les seconds ne pourraient que gagner, l'auteur le reconnaîtra certainement, à être modifiés dans le sens que nous indiquons». Le Grand-Livre unique doit aller retrouver le Brouillard unique dans les limbes du passé.

Parlerons-nous du troisième volume (Co.mptabilité financière) du cours complet de M. Barré? Après la critique que M. Lefèvreen a faite, a[)rès celle plus accablante encore dont un autre spécialiste, non moins compétent, M. Ch. Fournel, nous communique le manuscrit prêt à être imprimé, nous préférons nous abstenir.

M. Wargnies-Hulot, ancien employé de banque, ancien négociant, juge au tribunal de commerce de Charleville, et M. Paquier, bachelier es sciences et professeur, sont auteurs d'un Cours de comptabilité destiné aux élèves de l'enseignement professionnel, de l'enseignement secondaire spécial, des cours d'adultes, etc. Ce cours, remarquable sous plus d'un rapport, est divisé en deux parties. Les auteurs, dont l'un est commerçant, l'autre professeur, — deux qualités indispensables pour faire un bon ouvrage de ce genre, — s'expriment ainsi dans leur préface :

« Nous avons suivi fidèlement le programme de l'enseignement « spécial, au moins dans ses lignes principales.

« A ce sujet, que l'on nous permette une observation.

« Nos cours d'enseignement spécial sont divisés en quatre (c années, à chacune desquelles est affectée une partie du pro- « gramme.

« En troisième année, on étudie la Tenue des Livres.

« Or, qui ne sait qu'un fort petit nombre d'élèves seulement « arrivent à cette troisième année ?

« En deuxième année même, souvent la moitié des élèves nous « ont quittés.

« Nous constatons un fait, évident pour tout le monde.

« Donc la moitié des élèves, pour qui connaît la répartition des « matières du programme (nous parlons toujours de renseignement « spécial), quittent le collège sans avoir fait de Tenue des Livres.

« Les professeurs sont les premiers à regretter cette désertion « prématurée des bancs du collège.

« Soucieux alors de l'avenir de leurs élèves, et n'hésitant pas à « empiéter, malgré les règlements universitaires, sur les cours de « deuxième et troisième année, ils font tenir des livres dès la pre- « mière année.

' « Ces considérations nous ont conduits à diviser le programme « en deux parties: Tune intitulée Notions générales de Commerce « et de Banque, etc.; l'autre. Tenue des Livres.

En d'autres termes, MM. Wargnies-Hulot et Paquier o»t pensé que deux années suffisent pour apprendre les notions de commerce et de tenue des livres, et ils ont eu grandement raison. Le temps des enfants est précieux, il faut Téconomiser le plus possible.

La méthode d'enseignement commercial de ces deux auteurs a un côté particulièrement saillant qui est de montrer le.« choses dont ils parlent : factures, comptes de vente, lettres d'avis, lettres de voiture déclarations d'expédition, traites, chèques, lettres de change, mandats, billets à ordre, bordereaux de banque, récépissés, warrants, connaissements, etc., etc. Montrer ce dont on parle vaut mieux que toutes les descriptions du monde, en celte matière surtout. Le premier livre est donc fort bien conçu sous ce rapport.

Quant aux principes enseignés dans le second, quant à la méthode de Tenue des Livres adoptée par MM. Wargnies-Hulot et Paquier, nous ne saurions les louer sans restrictions. On comprendra que nous n'entrions pas dans de longs détails, l'ouvrage vaut d'ailleurs qu'on l'achète et le lecteur jugera. Bornons-nous à citer une seule page *, d'une importance capitale, il est vrai, et à présenter les réflexions qu'elle nous suggère :

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