‹ Le Congrès des comptables français: Questions actuelles de comptabilité et dChapitre 85 sur 88 · Voir page · texte numérisé non relu

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second Congrès ejusdem farinœ^ sans excuse cette fois devant Topinion.

La discussion sur les principes généraux et sur les méthodes étant renvoyée aux calendes, il ne restait plus qu'à se séparer. Que pouvaient bien en effet avoir encore à dire des comptables, ou prétendus tels, qui renonçaient à parler sur la comptabilité proprement dite? Si vingt mois d'études ne leur avaient pas suffi pour se former une opinion sur Tadmirable système des parties doubles, dont Texcellence n'est mise en doute par aucun praticien sérieux, à plus forte raison devaient-ils renoncer à discuter des questions de législation et d'économie commerciale.

Mais, hélas ! il était écrit que le bon sens resterait étranger aux agissements du Congrès. Le chiffre de cinq séances avait été fixé, c'était un minimum, on aurait cinq séances, rien moins I Impossible d'écouler en moins de temps le stock de discours que l'on tenait à voir reproduits dans la presse, dans la Revue de la compta^ hilité et dans ce livre.

On est donc allé jusqu'à épuisement de programme et l'on a, sur ce thème varié, longuement disserté pour ne rien dire, notamment à propos de la question légale et en ce qui touche les évaluations d'Inventaire.

Quant à la question de l'enseignement de la comptabilité, question capitale, celle-là, et tout à fait du ressort d'un Congrès de comptables épris de lumière et de progrès, on ne Ta pas même abordée. C'est que, pour réclamer la réforme et l'extension de cet enseignement utilitaire entre tous, il eût fallu posséder des idées précises sur le sujet, en même temps qu'un fonds commun de doctrine ; c'est enfin qu'il eût fallu rallier une majorité sur des principes et une méthode quelconque, toutes choses introuvables dan la Babel des méthodistes.

On s'est donc contenté d'émettre un vœu, oh! un vœu bien mo deste, qui n'engageait à rien, mais qui tout au moins sauvait les intentions.

Ce vœu, — où l'on reprend notre proposition que l'enseignement de la comptabilité soit confié surtout à des comptables, — ce vœu est ainsi apprécié par M. Roy, le défenseur de la défînitioL Beauchery, le nouveau président de la Commission d'études :

« Que diraient, qu'enseigneraient Ijes apologistes de l'enseigne- « ment de la comptabilité par la corporation, si le Ministre de w rinstruction publique chargeait demain chaque membre] du « Congrès d'un cours dans une école ?

2^4 J^ COKfiRÈS BE5 COWiPIAMJSà.

« Ce fierait un b£au spectacle.

« Nous verrions un joli concert : Tun ne voudrait pas déiaordre (( de la partie simpile, Tautre du Jourjial-Grand-Livre, «Jbo.;;^ chacun « apporterait dans Fapplicatioii de ces méthodes les peti^ifis ipira* a tiquas Aug^éea pair Texpérienee journalière ; nous affirmouB << qu'il semit impossible d'assister à deux cours idenidquasi «iériié « ici serait erreur lôu

« Danc, il fallait avoir la sagesse d'attendre et ne pas^e laifi- « fier aller au plaisir de parler p9ur ne rien diire. »

La boutade est cruelle pour ceux que M. Roy préside aujourd'hui, mais elle porte et elle corrobore tout ce que nous avons dit sur la profonde division qui règne parmi les candidats au prix d'unificatk)n.

Oui, ce serait en effet un spectacle plaisant, et Ton assisterait à d^ étranges démonstrations si M. le Ministre de l'Inslruction publique chargeait, comme le dit M. Roy, chaque membre du Congrès d'un cours dans une école.

Mais ce serait un bon et utile spectacle si, au lieu d'être donné par des méthodistes, auteurs de systèmes baroques écrits dans une langue plus baroque encore, il était donné par des praticiens expérimentés, comme la corporation des comptables en compte heureusement beaucoup, et qui seraient heureux^ vers la fin de leur carrière, de se consacrer à un enseignement où ils trouv-eraient ua emploi honorable et rémunérateur de leurs facultés et de leur savoir spécial.

Donc, non bis in idem; un premier ûisuceès doit suffire. Renoncez, messieurs les théoriciens, renoneez à rénover une science que vous n'avez pas suffisamment approfoifedia, faute sfjks doute de l'avoir suffisamment pratiquée. Puisque vous ne pouvez vous entendre ni sur les principes, ni sur les méthodes, ni sur l'analyse, ni sur la synthèse ; puisque vous n'avez pas même pu vous accorder sur le sens du mot « unification » et que vous avez été obligés de le rayer du programme de votre premier Congrès, renoncez à uq second Congrès sans objet, sans but défiai et, par conséquent, sans raison d'être, où vous achèveriez de vous couvrir d'un TidLcuie qui pourrait rejaillir sur la corporation elle-même. Non hia in idem.

Ou bien faites appel aux praticiens, élargissez vos rangs, élargissez le cercle de vos idées. Assez longtemps les méthodes

QUESTIOlf» A€TfJS14£9 OE 0ûlilf7A8tt.ITÉ. 3S^

théoriqiie», impriinéea «m Biann^erite^, ont {ait tooraer à vide la meale de .¥0â drossions. Au paoierr ce fatras de bouquins moisis que perBOAifce, dans la pratique, ,ji€ prend au sérieux! Remplacez-ifis par les livres de commerce et d'industrie eux-méoies, par des résumés, des monographies de eomptabilltés prises sur le vif de leur fonctionnement.

N'en doutez pas, pour déterminer les règles et les principes de la science comptable, il faut posséder une connaissance étendue, approfondie, exacte de Tart varié de tçnir les Livres et de combiner les comptes. Les sciences pratiques se forment empiriquement : avant donc de songer à les synthétiser, il faut '^ire' rompu à leur ana-. lyse, La chimie a d'abord été Talchimie; la comptabilité, elle, débute par la tenue des Livres. Une langue commence par se former, c'est sur k tard qu'on en fait la grammaire. Il y ar-un livre à faire : la grammaire de la comptabilité. Faites-le, et vous aurez bien mérité de la science. Mais d'abord, étudiez la langue comptable, épurez-la, fixez-la, afin, avant tout, de vous entendre et de ne plus vous disputer sur les mots.

Soyez pénétrés aussi de cette autre vérité qu'un Congrès, fût-il composé exclusivement de comptables délégués par la corporation, ne peut pas patronner une méthode, et encore moins songer à Timposer ou à la faire imposer par le législateur. Les méthodes sont variables, elles doivent l'être puisque les besoins sont divers; elles sont surtout perfectibles. Un Congrès ne peut assigner des bornes au progrès. Mais il peut se prononcer utilement sur des principes, après les avoir dégagés de l'empirisme. Donc, unifiez, codi«fiez les principes généraux de la comptabilité.

Et pour cela, entourei-vous de toutes les lumières ; faites appel, nous le répétons, aux praticiens, aux seuls praticiens, à ceux surtout qui sont aux prises avec de réelles difficultés comptables. Avec les artistes de votre profession, faites de l'art pour l'art ; avec les savants, faites de la science pour la science, et vous aborderez la synthèse, et de travaux entrepris avec méthode pourra surgir le livre qui manque jusqu'ici, le livre sans lequel on ne peut entreprendre sérieusement la popularisation de renseignement de la comptabilité. Ce livre, «i vous le faites, vous aurez accompli une grande tâche, et le pays sera votre débiteur.

Mais mesurez reff*ort, et voyez si la tâche n'est pas trop lourde. Cette synthétisation des principes ne peut être que le couronnement de l'uniformisation des procédés pratiques essentiels à la comptabilité des difl'érentes entreprises. Une somme énorme de travail est donc ici à produire, de travail patient, aride, pénible. 11 faudra

rassemMer des matériaux immenses et de toute sorte, écrire des milliers de monographies, les classer par séries distinctes, les compulser, comparer minutieusement, peser longuement le pour et le contre, rejeter le mauvais, conserver le bon, dresser ensuite de nombreux rapports, les discuter de nouveau en Comité puis en Congrès, après les avoir fait approuver par les commerçants, etc.

Qui fera tout cela?

Qui entreprendra cette œuvre lente, anonyme"; qui lui consacrera, sans marchander, son savoir, sa peine, son temps ; et cela sans espoir de récompense autre que celle d'avoir bien mérité de la corporation et de la science ^ ?

Quoi qu'il en soit, si vous voulez, messieurs de la Commission d'études, entrer résolument dans cette voie, nous sommes des vôtres. Nous serons peu nombreux certainement, mais du moins nous aurons le mérite d'entreprendre sérieusement une œuvre sérieuse.

Pour conclure logiquement, raisonnons froidement, et surtout envisageons les choses en hommes pratiques : Quel est le mobile de l'homme ici-bas ? L'intérêt individuel. Disons aussi l'intérêt corporatif.

Eh bien, quel intérêt individuel, quel intérêt corporatif assez évident, assez direct, assez puissant, pourrait engager les comptables du commerce, de l'industrie et de l'agriculture, à entreprendre l'œuvre collective dont nous venons de parler?

Evidemment l'amour de leur science professionnelle, >e sentiment d'un intérêt corporatif vaguement entrevu, la conviction de mettre la main à une œuvre utile, féconde même, seraient insuffisants à les déterminer. Les hommes capables de sacrifier à une œuvre anonyme, d'intérêt purement général : habitudes, plaisirs^ repos, argent, sont extrêmement rares dans un siècle où la lutte pour l'existence prime tout et prend à l'individu toutes ses facultés, sinon tout son temps.

Donc, et en admettant même que la nouvelle Commission d'études préparatoires du second Congrès consentît à sortir résolument du cercle vicieux où s'est anémisé le Comité d'initiative, l'entreprise

1. A moins cependant de commencer par constituer une Chambre syndicale qui recueillerait le bénéfice de l'œuvre commune.

avorterait fatalement, faute de réunir un nombre suffisant de partisans éclairés et décidés à la mener à bien.

Est-ce donc à dire qu'elle est irréalisable ?

Non. Mais elle est réalisable seulement avec Taide de ceux-là même qui ont intérêt, et le plus grand intérêt, à la voir réalisée, c'est-à-dire avec Taide des commerçants.

Si, en effet, il importe peu aux comptables d'une série quelconque d'entreprises de même nature que l'uniformisation des procédés pratiques dont ils se servent chacun soit faite, combien, au contraire, il importerait aux négociants qu'il en fût ainsi, puisqu'ils y gagneraient chacun de posséder, à la base de leur entreprise, un mécanisme comptable modèle ! En un mot, pour tout commerçant, industriel ou agriculteur, et rien qu'en achetant le manuel comptable de son genre d'entreprise, possibilité de posséder à l'avenir le mode de comptabilité le mieux approprié, le plus simplifié, le mieux contrôlé, le plus complet sous le rapport des renseignements et de l'obtention exacte des prix de revient, enfin le plus économique. Une telle perspective déciderait les plus indifférents à faire des sacrifices, et l'on entrevoit de suite combien ce qui est impossible, laissé à la seule initiative des comptables, devient possible dès qu'on conçoit le concours des commerçants.

C'est au point qu'on ne tarde même pas à se demander comment il se fait que cette œuvre si souverainement utile n'est pas accomplie depuis longtemps. On conçoit difficilement, en effet, ce retard de la comptabilité sur toutes les autres sciences, cette lente diffusion d'une connaissance si nécessaire actuellement, enfin on ne s'explique pas que le commerce ne se soit pas préoccupé de perfectionner cet instrument comptable dont il a tant besoin.

Quoi qu'il en soit, nous pensons que l'heure est venue de s*y mettre. Sans doute des commerçants isolés, sans lien entre eux, auraient vainement entrepris l'œuvre complexe dont nous parlons. Mais aujourd'hui, et grâce aux chambres syndicales, cela devient extrêmement facile.

Aussi nous adressons-nous ici sans hésiter et en toute confiance à MM. les présidents, à MM. les membres des bureaux et à MM. les adhérents des 78 chambres syndicales réunies sous le drapeau progressiste de l'Union nationale du Commerce et de l'Industrie, et leur disons-nous :

« Il vous appartient d'assurer le perfectionnement et la vulgarisation des procédés d'un art précieux, il vous appartient d'élever la comptabilité à la hauteur d'une science exacte. Faites cela, mes-

SM U COMRi» M» COSMASESt*

sieurs, et rra» anm prmiTé d\nie façon inréfnigftble r^Ulité générale, et non plus spécial»^ camme on le prétend, de tos ehaialMre» syndicales; et vous auiet lait «ne grande et heUe ehœe, qui tous sera hmaéduHement prdfiiaUe, qoi sera utile à tous, et par censéqnent au pays; faites cela, etTooB aurea rénové^ o«i plutôt vous aurez créé définitivement FenaeîgiieawBt eennaiercial, etToosanret assuré la popnlarisatioai de la aeole seknioe profeaBsonnsile qui^ avec le demia, pnisae être esaaeigtiée piEt Téeole primaire. »

QttODt aux moyeDS. ils sont sinplea» i petM aviMsa^iioas bemat de les indiquer, du moios le lierons-nous ici en ^uelqu^ «lOts aeii* lemeot : lies commerçants ou industriels de diaqœ chambre syndicale chargeraient à leurs frais leur» comptables respectifs de dresser une monographie détaillée, avec fac-*imtle des registres, pièces diverses, etc., de leur comptabilité. Une qnimaîne d*opétatioBS suffiraient le plasordinaûrement pour indiquer la marche de chaque comptabilité et ses pi^océdés spéciaux. Les monographies eompor* tant Livres auxiliaûrea, Journaux, Grands*Livres, se lermâneraient par une balance, un inventaire et un bilan. Les op^ratioas passées sur les Livres seraient lea mêmes pour tou» les comptables d'une même industrie ou d'un miane commerce. Ces comptables se réuttirsdent en comité» et noamaeraient des eommisoions cempoeées des plus expérimentés d'entro eux. Ûss eommlsoioAs examinomient les monographies et, prmiant à Aacuae ce qu'elle contient de mesUeur^ se serviraient de ces éléments prouvés pour dresser une ou deux monographies types, dont le fonctionnement sewt immédiatessent . appliqué dans plusieurs maisons 4 la fois. Enfin» eette dernière épreuve ayant apporté à Toeuvre commune les demiwes modifications pratiques^ ou aurait obtenu pour chaque série shnslaire d'entreprise cosunereialeyindustriette ou agricole , le mode de comp^ tabilité le plus perfectionné.

Âinsi« grftce 4 l'esprit do psogrèa des Ghaudlires syndkale» et au moyen du cooconis dos commerçanls et de leurs comptables» ac trouverait prochainement réaUfiée une des choses les pfais utiles dç ce siècle, puisqu'elle fiurail de la eomptabilité un insûuneni perfectionné mis à la portée de tous.

fm.

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