‹ Le Congrès des religions à Chicago en 1893 [microform]Chapitre 114 sur 195 · Science et Religion^ p. 35. Paris, 189-i · texte numérisé non relu

Science et Religion^ p. 35. Paris, 189-i

I Vi^ s. ce

en mettant Taccent sur les pratiques rituelles, elles ont perdu Tesprit et la vie, qui était le secret de leur influence sociale. — Tel n'est pas l'avis des ministres catholiques ou protestants en Amérique. MM. O'Gorman, Burrel et R. Ely ont rappelé tout ce que les États-Unis doivent à la religion chrétienne et montré tout ce qu'elle est encore capable de faire pour l'amélioration des conditions sociales de l'humanité.

€ La religion, a dit le professeur O'Gorman *, a été la cause primordiale de la formation des nations américaines; c'est elle qui a le plus souvent engendré, toujours maintenu et favorisé la colonisation de ce continent et la fondation de ces grandes républiques qui font aujourd'hui de l'Amérique l'objet de l'admiration et, demain, en feront peut-être la maîtresse du monde!... Dans l'Amérique du Nord, nos missionnaires ont adouci les mœurs et le caractère des indigènes et les ont préparés à recevoir la civilisation, que les Etats-Unis sont en train de leur inculquer lentement, mais sûrement. Je ne nie pas les maux que des chrétiens, infidèles à leur credo religieux, ont infligés à ces races, mais je dis que, somme toute, le christianisme leur a été profitable. Dans l'Amérique du Sud c'est lui qui a balayé des civilisations païennes, belles en apparence, mais fondées sur l'esclavage et les sacrifices humains, et qui a façonné à la vie morale des millions d'Indiens, qui forment la majeure partie de la population des républiques espagnoles ou portugaises. C'est aussi la religion qui a porté les premiers colons sur nos rivages. Ils étaient venus y chercher la liberté de culte, et quelques-uns, après avoir découvert ce trésor pour euxmêmes, l'ont refusé aux autres. Mais il vint au Maryland une troupe d'émigrants qui, dans le dessein de leur chef lord Baltimore et, plus tard, par la constitution de leur colonie, érigèrent en loi de leur province la liberté civile et religieuse pour les chrétiens de toute confession. Or ces premiers colons du Maryland étaient catholiques. C'est à eux que revient la gloire d'avoir proclamé la liberté religieuse, et

1. M. O'Gorman est professeur à runiversilé catholique de Washington. Barrows, II, p. 115-2-1103.

c'est de leur loi que cet article a passé dans la constitution des États-Unis. >

Le pasteur David Burrell ^ n'a pas été moins catégorique que le prêtre O'Gorman.

€ Le monde, a-t-il dit, croira en définitive à celle des religions qui aura produit le type le plus parfait de gouvernement et le meilleur spécimen d'hommes. Voilà le critérium auquel toutes les religions doivent se soumettre. On les reconnaîtra à leurs fruits (Matth., vu, 20). Ornons sommes une nation chrétienne. L'histoire d'Amérique montre, à chaque page, que l'Evangile du Nazaréen crucifié forme la trame même de notre caractère national.... La main de la Providence se révèle dans la découverte et dans le peuplement de ce pays, dans tout le développement de notre genre de vie et du caractère. Les flots d'émigrants, arrivant successivement ici, font penser à la Pentecôte de l'église primitive, alors que des étrangers accouraient de toutes parts à Jérusalem. Chez nous, la place d'honneur appartient aux Puritains, aux Huguenots et aux Gueux de Néerlande, qui tous étaient des fugitifs pour cause de religion; leur dévoûment inébranlable à la cause de la vérité et de la justice a a jamais cessé d'exercer une puissante influence parmi nous

€ Toutes les institutions qui nous sont propres portent le cachet du Christ : le foyer américain (home), l'école publique, l'atelier de l'ouvrier et surtout notre constitution républicaine. Le préambule de notre < Déclaration d'indépendance > dit que tous les hommes sont nés libres, égaux et pourvus de droits inaliénables. Ne dirait-on pas qu'on lit entre les lignes le manifeste de saint Paul aux philosophes d'Athènes : Dieu a fait d'un seul sang toutes les races humainea afin d'habiter sur la surface de la terrel (Actes, xvii, 26.) Dieu, le Père de tous, révélant son amour impartial, par le sacrifice de la croix, est devenu le grand niveleur des castes. » Élargissant l'horizon, le professeur Richard Ely a considéré le rôle social du christianisme en général.

1. M. Burrell est parleur de rÉglise collégiale dite « de marbre » à New Yoïk. Barrows. II. p. 1157-1 ir)9.

« L'Eglise chrétienne, a-t-il dit % doit être une grande association contre la pauvreté, sinon elle est infidèle à l'esprit de son fondateur. J'espère qu'on ne se méprendra pas sur ma pensée si je dis que l'Eglise est également contraire à l'excès des richesses, parce que les extrêmes sont funestes à la fraternité! Le christianisme, d'autre part, favorise lo développement des institutions sociales et d'une vie publique intense, parce que ces deux choses signifient solidarité.

€ L'intérêt particulier sépare, l'intérêt public rapproche. Des collections d'objets d'art, par exemple, si elles sont aux mains de particuliers, signifient confiscation des produits de l'esprit humain, tandis qu'aux mains d'une ville ou de l'État elles comportent l'usage public de ce qui est, en soi, essentiellement commun à tous. Le christianisme, en tant que force sociale, encourage l'économie dans les dépenses personnelles et la générosité pour les dépenses publiques. On peut résumer ces maximes en disant que le christianisme veut dire solidarité sociale ou il ne veut rien dire î »

Après avoir ainsi établi que la religion est une force sociale et civilisatrice, le Congrès a examiné la question des rapports de l'Eglise et de l'Etat et les applications de la religion aux misères de la société.

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