‹ Le Congrès des religions à Chicago en 1893 [microform]Chapitre 113 sur 195 · BaVrows, II, p · texte numérisé non relu

BaVrows, II, p

€ Son fils unique et sa fille devinrent les apôtres de cette croyance bienveillante et, vêtus du costume orange *, convertirent Geylan au bouddhisme. Pour la première fois dans l'histoire du monde, la fraternité du genre humain fut reconnue ; différentes nations acceptèrent une seule vérité vivante ; la vertu monta sur le trône.... Près de trois cents millions d'àmes, dans l'empire d'Asoka, adoptèrent un système de morale pure, et on formula le premier code de police sociale. Le roi voyait un péché dans la destruction des animaux, et, en conséquence, on promulgua cette loi : « Nul ne doit tuer un animal vivant ». Il déclare qu'au moment où l'édit est gravé, € trois animaux seulement ont été tués pour la table royale, deux paons et une gazelle. Dorénavant on ne devra même plus tuer d'animaux pour cet usage. » Partout dans son empire, le roi pourvoyait à des médicaments de deux sortes : pour les hommes et pour les animaux. Partout où l'on manquait de plantes utiles, il les fit venir et cultiver. Il fit creuser le long des grandes routes des puits, pour abreuver les hommes et les bêtes. Il est bon et bien séant, dit Asoka, de rendre service à son père et à sa mère, à ses amis, à ses parents ; il est bon de donner des aumônes aux maîtres et aux étudiants en théologie, de respecter la vie de tous les êtres vivants, d'éviter les excès de langage et de dépenses.

< Grâce aux doctrines bouddhistes, protégées par le roi Asoka, il règne aujourd'hui un respect pour les créatures vivantes, une tendresse pour elles, des égards pour les parents, les vieillards et les maîtres, une piété filiale, telle qu'on n'en a pas vu depuis des siècles. L'enseignement de la religion passe pour l'acte le plus méritoire, car il n'y a pas de vraie pratique de la religion sans vertu ». Et qu'on ne croie pas qu'il s'agisse là d'histoire ancienne! Le bouddhisme a conservé son influence civilisatrice jusqu'à notre époque sur certains peuples d'Asie, si l'on en croit les déclarations de M. Horin Toki sur le Japon •.

1. La robe orange désigne les apôtres du bouddhisme, "i. Barrows, T, p. 550-551.

204 LE COKGRÈS t)ES RËLÎGtONS A CHICAGO.

« Permettez-moi de vous dire que le bouddhisme (dont M. Toki venait d'exposer les doctrines) a été l'esprit unifiant de notre nation depuis un grand nombre d'années et le sera à jamais. Guidé par cette belle étoile de la vérité, les Japonais sont devenus très hospitaliers envers d'autres religions et d'autres pays, en quoi ils diffèrent entièrement de certaines autres nations obstinées.... Oui, nous avons notre propre nationalité, notre esprit bien original, mais nous ne sommes pas assez têtus pour nier tout, jnême ce qui est bon chez les autres. Ainsi nous croyons à l'unité de la vérité, mais nous ne pouvons croire à un Créateur forgé par l'imagination imparfaite d'êtres humains. Nous conservons fermement nos us et coutumes, nos arts et notre architecture, notre langue et notre littérature nationales. Nous avons des usages pleins de charme, de douceur et de paix, qui règlent les relations entre hommes et femmes, vieux et jeunes. Nous avons, comme vous le savez, un style original en architecture, peinture, sculpture, etc. Eh bien, si vous me demandez qui a engendré ces coutumes bienveillantes, ces beaux-arts, qui ont fait au Japon une réputation universelle, je répondrai : € C'est le bouddhisme! Le bouddhisme est l'âme de la nation japonaise >.

A ces exemples tirés de l'histoire de religions encore vivantes, il serait facile d'en ajouter d'autres, empruntés aux annales des cultes éteints de l'Egypte et de la Grèce. Et l'on aboutira à cette conclusion, formulée par M. P. de Molinari dans sa magistrale étude sur Science et Religion :

« Dans ce mouvement ascensionnel, l'histoire atteste que les nations qui ont monté le plus haut et l'ont emporté sur les autres dans la lutte pour l'existence, sont celles au sein desquelles le sentiment religieux était le mieux cultivé et par conséquent apportait le secours le plus efficace à Tobéissance aux lois *. »

4° Le christianisme, — Mais, dira-ton, les religions ont fait leur temps ; toutes, y compris le christianisme, sont sur leur déclin. En dégénérant en dogmes abstraits et contradictoires,

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