‹ Le Congrès des religions à Chicago en 1893 [microform]Chapitre 121 sur 195 · LA RELIGION ET LE PAUPÉRISME · texte numérisé non relu

LA RELIGION ET LE PAUPÉRISME

On a vu plus haut la solution que le législateur hébreu avait essayé de donner à l'antinomie de la richesse et de la pauvreté. Si nous considérons à ce point de vue l'antagonisme actuel du capital et du travail il ne parait pas non plus irréconciliable. En effet, qu'est-ce que le capital, sinon le résultat accumulé des fruits du travail ? Donc, quiconque se donne la peine de travailler et d'épargner amasse tôt ou tard le capital. Et, inversement, qu'est-ce que l'indigence, si ce n'est, le plus souvent, le résultat du capital mal géré, gâché, gaspillé? Ainsi, tout riche qui se livre à l'oisiveté et aux vices qu'elle enfante, est entraîné fatalement sur la pente de l'indigence; et tout pauvre qui travaille, peut, avec un peu d'aide et de persévérance, parvenir à l'aisance. Les hommes devraient donc être, d'après la cause de la richesse, classés en oisifs et travailleurs, plutôt qu'en capitalistes et indigents. Et, par-dessus les uns et les autres, il y a le Dieu à qui toutes choses appartiennent en propre et de qui dépend le succès ou l'échec de nos efforts. Passons maintenant en revue le témoignage des principales religions sur la question du paupérisme.

Il faut signaler avant tout l'absence de celui des cultes de la Chine et du Japon, et cette lacune est d'autant plus regrettable que leurs données nous eussent permis de juger si dans la guerre de Corée il n'y avait pas, au fond, une cause sociale, une issue cherchée et disputée pour un trop -plein de population *. Mais, à défaut des cultes de l'Extrême-Orient, nous avons eu les témoignages de deux bouddhistes, d'un brahmo-somaj et d'un parsi.

€ Quand la pauvreté, un accident ou la mauvaise fortune atteint un bouddhiste, a dit le prince Chuddaham Chandradat, la religion lui enseigne à le supporter avec patience, et

1. Comp. Léon Coubert, Essai de socialisme en Chine au xi^ siècle {Débats du rt ÏQin 1895).

si ce mal lui est advenu par sa faute, c'est son devoir d'en découvrir les causes et d'y porter remède. Que si ces causes ne se trouvent pas dans la vie présente, il faut les chercher dans des péchés commis dans une vie antérieure. »

M. Dharmapala a ajouté * :

c La doctrine fondamentale du bouddhisme est de soulager les souffrances humaines. 11 condamne une vie de plaisirs sensuels, et on ne rencontre pas dans nos pays les conflits entre le capital et le travail. Le Vasaïasutta appelle un homme qui ne s'inquiète pas des pauvres un vasala ou homme de basse naissance, et Bouddha enjoint à ses disciples de consacrer aux indigents un quart de leur fortune ; la pauvreté, à ses yeux, n'est pas une excuse pour négliger la religion. >

2° M. Nagarkar, délégué de la Société de Dieu (brahmosomaj) de Bombay, nous a entretenus des réformes sociales dont Ram Mohoun Roy et ses continuateurs ont pris l'initiative et qui ont été secondées par le gouvernement anglais. Au premier rang, il a placé l'instruction publique :

« C'est en instruisant nos mullitudes, a-t-il dit *, et en étendant à nos femmes le bénéfice de l'instruction que vous pouvez faire le plus de bien. Chaque année, vous prodiguez des millions de dollars pour envoyer des missionnaires porter la Bible et son salut à « ces païens » d'Hindous. Hélas! vous ne vous doutez pas que votre argent n'est employé qu'à répandre le dogmatisme chrétien, la bigoterie chrétienne, l'orgueil et l'exclusisme chrétiens. Je vous conjure de réserver au moins 1/10 de ces richesses pour envoyer dans notre pays des missionnaires instruits, non sectaires, qui dépenseront toute leur énergie à élever nos femmes et nos hommes du peuple. Instruisez-les d'abord et ils comprendront ensuite le Christ beaucoup mieux que s'ils étaient convertis au credo d'une secte pharisaïque.

« Le brahmO'Somaj , dès son origine, s'est mis à la tête de la croisade contre toutes les misères sociales de l'Inde.

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