LA RELIGION ET LES DÉBAUCHÉS CRIMINELS
Si la religion ne peut se passer du concours de l'Etat et de l'économie politique pour résoudre les problèmes que soulève l'antagonisme du capital et du travail, il est un domaine qu'on lui reconnaît en propre et où les gouverne ments, même les plus étrangers à la religion, lui laissent une influence prépondérante. Il s'agit de la correction et du relèvement des égarés et des criminels. Après tout, la débauche et le vol, l'ivrognerie et le crime ne sont-ils pas des maladies de l'être moral? Et quels médecins sont plus aptes à les soulager, sinon à les guérir, que les disciples de Celui qui a dit qu'il était venu pour sauver ce qui était perdul On sait quelle part considérable les femmes de race anglaise ont prise à toutes les œuvres qui touchent à la réforme des prisons, à la tempérance et à la lutte contre le vice patenté; nous rappellerons seulement les noms de lady Henry Somerset, de Mrs Butler, de Miss Frances Wil* lard. On ne sera donc pas étonné de voir que nous citions deux ou trois travaux de femme contre un seul d'homme sur ce point.
L'un des plus remarquables nous a paru être celui de
1. Coinp. la confôreoce de M. le professeur Aug. Sabatier : Jésus] était- il socifdisle? (novembre 1893).
Mme Anna Spencer, intitulé la Religion et les Classes égarées et criminelles *.
Après avoir énuméré les améliorations apportées, depuis quarante ans, par les nations civilisées dans le système pénal, elle a fait ressortir le principe fondamental d'où ils découlent tous, à savoir, que c tout homme et toute femme, quelque égaré ou criminel qu'il soit, est toujours un homme, un membre légitime de la famille humaine et qu'il conserve ses droits à la protection et à la justice ».
Or ce principe est lui-même la résultante de trois facteurs, que notre civilisation occidentale doit à la religion chrétienne : 1<* l'idée d'une société démocratique; 2^ la conviction que la vie humaine est .une chose sacrée ; 3*> le rang élevé assigné à la pitié sur l'échelle des vertus, c Ce sont ces éléments dérivés de l'Evangile qui ont peu à peu transformé les châtiments, de brutaux et tyranniques qu'ils étaient au moyen âge, en justes et humains. Ces mêmes idées tendent à transformer les égarés et les criminels en membres de la société, dociles à la loi et dignes de respect. »
On peut distinguer en deux classes les criminalistes qui se sont occupés du relèvement des condamnés : ceux qui ont recours à l'éducation et espèrent tout de l'influence du milieu et de la culture morale, et ceux qui étudient de préférence la pathologie du crime et essaient de modifier les influences héréditaires. C'est à cette dernière qu'appartient Mme Olympia Brown, qui a traité la question du Crime et ses remèdes '. La cause du crime est, d'après elle, non pas dans la misère, la débauche, l'ivrognerie et autres circonstances externes, mais dans une volonté trop faible pour résister aux tentations. Or cette infirmité de la volonté tient, dans la plupart des cas, à l'atavisme. De là le remède.
// faut que les hommes soient mieux engendrés, a-t-elle dit. Tous les moyens de correction seront inefficaces tant que nous n'aurons pas remonté à la source; car, pendant que nous sommes en train de corriger un criminel, il en naît