Barrowa. I, p
d'abord la lenteur avec laquelle s'est formée l'idée de l'unité humaine, c'est-à-dire Tidée que tous les hommes sont, au point de vue moral, membres d'une même famille.
En Chaldée on trouve la distinction entre les descendants de Chani et ceux d'Adam, ceux-ci destinés à régner, ceux-là à servir. La différence des races n'est pas moins nettement marquée en Grèce, où ni Platon ni Aristote ne considèrent l'étranger comme l'égal du Grec, mais le traitent en esclave. Cette distinction se révèle, même par des faits du domaine de la philologie. C'est ainsi que chez les Éthiopiens (de la race de Sem) il n'y a pas d'autre nom pour désigner l'homme que Scheba ou Sabéen. Sans doute parce que la race blanche des conquérants, sortie du pays de Scheba, refusa aux peuplades noires qu'elle trouva en entrant en Ethiopie, le nom même d'hommes, pour ne rien dire des droits et des privilèges de l'humanité.
Ici l'auteur nous montre les rapports naissant entre les peuples, par l'échange réciproque des richesses minérales ou des produits du sol. Ces modestes échanges de Saba sont le prélude de ces fêtes internationales dont Chicago a donné l'exemple au monde.
€ Il est insensé de la part du théologien, dit-il, de méconnaître l'influence du commerce à la fois sur le développement de la civilisation et sur la religion. La religion est, au début, toujours exclusive et isolante. Le commerce unit les hommes et élargit la no lion d'humanité. Il a eu une part, tout aussi grande que la religion, dans l'institution de notre système social sur une large base, et dans l'établissement de l'unité de la race humaine.
Parlant des Hébreux, M. Kohler nous les représente en Palestine presque exclusivement absorbés par la préoccupation de subvenir aux nécessités de la vie matérielle, pour € étendre leurs desseins ou leurs intérêts au delà de leur propre territoire.
« Aussi Moïse, tout en proclamant les lois de la justice et de la vérité d'après lesquelles l'humanité devait être régénérée, s'abstint-il de leur parler en termes explicites du grand principe de l'unité et de la fraternité humaine. Il leur
recommanda d'aimer tous ceux de leur race comme des frères. Il ne leur dit point : Aimez tous les hommes de la terre comme des frères, par la raison qu'il ne pouvait être question de fraternité universelle, aussi longtemps que les intérêts à la fois matériels et religieux étaient sans cesse en lutte entre eux et que la vérité et la justice exigeaient l'état de guerre et le recours à la force. Le monothéisme fut d'abo/*d plus que toute autre religion un principe d'isolement. Ce fut aux époques de prospérité et de paix, seulement après que les Juifs furent entrés en relation avec le grand peuple commerçant des Phéniciens, que l'idée des hommes s'élargit, en même temps que leur connaissance du globe allait grandissant. Ce fut alors qu'ils virent, pour la première fois, dans les habitants des zones torrides et glaciales, dans les tribus aux cheveux noirs, et dans les peuplades aux cheveux blonds, dans les races caucasiennes et africaines, des descendants d'ancêtres communs, des rejetons de la même souche, des enfants d'Adam. Aux grandes foires de Babylone et de Tyr où les marchands des diverses régions et des îles éloignées* se rendaient avec leurs richesses matérielles dans un but intéressé, un destin invisible, la main puissante de la Providence réunissait les fils qui devaient unir ensemble les membres de la race humaine et en former une trame unique. Dans une de ces heures solennelles de l'histoire, quelques-uns des prophètes sublimes d'Israël saisirent au passage le souffle divin et proclamèrent ce message d'une portée éternelle : « Toutes les nations de la terre enverront leurs trésors d'or et d'aromates, tous les produits dus au talent et à la sagesse de l'homme, sur des chevaux, des chameaux, des chars, des navires, vers la cité de Jérusalem ; non dans un but d'échange ou de gain, mais en signe d'hommage rendu au Saint d'Israël dont le nom sera le symbole et la bannière de la grande fraternité humaine. » Telle est l'idée qui anime la seconde partie du prophète Esaïe *. Plus de trafic sordide à la manière des Cananéens, mais la vérité et la science, libres ofifrandes