‹ Le Congrès des religions à Chicago en 1893 [microform]Chapitre 139 sur 195 · Comp. Ésaïe, lvi, 6-S, et lx · texte numérisé non relu

Comp. Ésaïe, lvi, 6-S, et lx

présentées sur les saintes collines de Jérusalem. Telle fut la vision de Zacharie qui lui fut suggérée par le spectacle des foires tenues dans la sainte cité *. C'était l'idée d'une grande trêve de Dieu au milieu de l'hostilité permanente des peuples, que concevaient les prophètes et qu'ils prévoyaient, lorsqu'ils annonçaient l'avènement du règne messianique, où les épées seront transformées en socs de charrues et où la guerre ne sera plus. »

Nous avons offert au lecteur un éloquent passage de ce discours plein de souffle. Son interprétation large des Ecritures, son appréciation toute moderne du rôle du commerce dans la diffusion de la vérité et le développement des peuples, l'importance du trafic devenu une œuvre providentielle aboutissant au même but que la religion, la fraternité humaine, forment un ensemble de qualités de nature à séduire tous ceux qui suivent avec intérêt l'évolution des idées religieuses. Nous dirons avec M. Kohler pour terminer :

« Maint passage de la Bible sur Dieu et l'homme, si on le détache du contexte, a un caractère exclusif et national qui trahit une grande étroitesse de vues ; mais la Bible, prise et lue dans son ensemble, commence et finit par l'homme. Estce que les prophètes ne pleurent pas? ne prient-ils pas, n'espèrent-ils pas pour les gentils, aussi bien que pour Israël? Est-ce que les psaumes ne donnent pas une voix aux aspirations et aux élans de l'âme humaine? Qu'est-ce que Job, si ce n'est le type qui, au milieu de ses souffrances et de ses luttes, affirme son individualité? »

Le tableau des espérances messianiques contient tant de traits et de détails se rapportant à un avenir de paix et de fraternité, qu'ils se présentent pour ainsi dire d'eux-mêmes à tout lecteur familier avec les textes sacrés. Le rabbin Pereira Mendez ^ ramène la prédication des prophètes, sur ce point, à trois conceptions idéales, dont les nations modernes en sont encore à souhaiter la réalisation :

1. Voir Movers, Die Phœnizier, II, p. 3 et 145. —Zacharie, xiv, 16 et suiv. '2. Barrows, l, p. 528-529.

\^ La paix universelle ou le règlement des questions litigieuses entre nations par l'arbitrage. L'époque où Michée et Ésaïe annoncèrent cet idéal de paix universelle était un siècle de guerre et de despotisme. II se peut qu'ils aient été regardés comme des fous. Or tous les hommes dignes du nom d'homme, tous les hommes de bien aspirent après cet idéal et prient pour sa réalisation.

2<» La fraternité universelle. Si Israël est le premier-né de Dieu et si par conséquent les autres peuples sont ses enfants, la parole de Malachie : N'avons-nous pas tous un seul père? ne nous surprend pas. Cet idéal est actuellement à l'ordre du jour. Catholiques, protestants, juifs, tous les hommes le reconnaissent par leurs vœux et leurs prières.

3<> Le bonheur universel. Voilà la plus grande de ces conceptions, car l'idéal du bonheur universel implique à la fois la paix et la fraternité. Il convient d'ajouter à cela la paix avec Dieu, car sans cela le bonheur est impossible. De cette source jaiUit l'idéal brillant, exprimé en ces termes : Tous connaîtront le Seigneur, depuis les plus grands jusqu'aux plus petits. La terre sera pleine de la connaissance du Seigneur, comme les flots recouvrent le fond des mers. — Toutes les nations viendront et s'inclineront devant Dieu et honoreront son nom * .

Mais il ne suffit pas d'indiquer le but à atteindre, il faut s'engager résolument dans la voie qui y conduit, luttant à chaque instant contre des obstacles sans cesse renaissants ; car, s'il est vrai que la volonté de Dieu s'accomplit toujours, elle ne s'accomplit qu'avec le concours et la collaboration active de l'homme, Deus trahit hominem, sed trahit volentem.

Quels sont ces obstacles qui surgissent entre nous et la réalisation de cet idéal de la fraternité humaine? Il ne faut pas chercher bien loin pour les trouver. Ils sont en nous, ils sont, pour ainsi dire, une partie de nous-mêmes. Ce sont nos préjugés (f nos idoles », comme dirait Bacon), nos passions, notre intolérance, héritage que nous tenons de notre naissance et surtout d'une éducation fausse. Telle est la thèse qu'a

i. Ésaïe, XI, 9-10; lxvi, 10. — Jérémie, xxxi, 34>

développée le prince Volkonsky dans un discours humoristique *.

Sans nier la part de vérité contenue dans ce procès fait à la direction donnée à l'éducation des enfants et dans les sentiments de généreuse condescendance envers les humbles de la terre, exprimés par l'auteur, nous ne croyons pas qu'il ait établi la fraternité sur une base suffisamment solide. La bonté, la commisération, la pitié, tout l'ensemble des sentiments dont Dickens s'est fait l'interprète dans ses romans — on sait avec quelle éloquence! — établissent entre les hommes un lien assez faible. La solidarité, la fraternité vraies ne peuvent être fondées que sur un terrain plus ferme, sur l'accomplissement du devoir et le respect de la dignité morale et des convictions des plus humbles de nos semblables. Ces idées ont été exprimées en vers immortels par le poète anglais Gray, dans son Élégie du cimetière de village 2.

M. Minaz Tcheraz ^ les a reprises et a prononcé, le treizième, jour du Congrès, un éloquent plaidoyer pour la tolérance :

€ Pour moi, a-t-il dit, cette auguste assemblée, la plus haute école de théologie après celle de la nature, aura un résultat qui suffira à immortaliser John Barrows et ses collaborateurs. Elle aura posé les fondements d'une tolérance universelle. Il y a quinze ans, j'assistais dans une église arménienne de Manchester (Angleterre) à une conférence entre l'archimandrite grec et le patriarche de l'Église arménienne. Voici la réponse du moine aux paroles prononcées par le brillant Arménien : c Si l'harmonie n'existe pas entre nos « deux Eglises, la faute n'en est pas à nos peuples. Ils sont « comme des troupeaux de moutons, qui n'ont pas de plus c ardent désir que de paître côte à côte. C'est sur nous ber-

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