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312 LE CONGRÈS DBS REUGIONS A CHICAGO.
hommes à la trouver dans lear propre cœur et à Favoir présente en eux-mêmes dans toutes leurs actions. Aucun mortel n'a jamais vu Dieu; mais celui qui aura ouvert son cœur à la bonne nouvelle pourra, comme Moîse sur le roc solitaire du Sinaî, l'apercevoir qui passe et Fen tendre qui proclame sa loi solennelle. En effet, ce n^est ni dans la tempête du fanatisme, ni dans le feu des préjugés, mais dans la voix douce de la conscience, que Dieu parle et se révèle. Celui-là croit en Dieu, qui mène une vie semblable à Dieu, c'est-à-dire divine. Celui-là est agréable à Dieu, qui met en pratique son credo, et non pas celui qui le marmotte. Etaient-ce ceux qui portaient de larges phylactères, qui furent marqués pour la gloire par le grand docteur de Nazareth? Le Décalogue, le Sermon sur la montagne étaientrils des credol C'est le caractère et la conduite de la vie qui seront le diapason de la foi dans l'Eglise universelle.
c Et que dirons-nous du péché? Le péché, en tant qu'imputation théologique, sera peut-être rayé du vocabulaire de cette grande Communion des Saints, mais, en tant que faiblesse à vaincre, imperfection ,à corriger, l'homme sera aussi puissamment averti de ses transgressions qu'il l'est maintenant du péché d'Adam, sur lequel il n'a eu aucun contrôle et dont on ne devrait pas le rendre responsable. Alors, comme maintenant, la religion élèvera l'homme au-dessus de ses faiblesses, en lui rappelant ses responsabilités. Le Paradis est devant nous et non pas derrière.
« Cette religion servira à Fhomme de guide vers Dieu ; sa parole sacramentelle sera : le devoir. Le travail sera considéré non pas comme une malédiction, mais comme un bienfait pour la vie humaine ; car, puisque Fhomme a été fait à l'image du Créateur, il lui appartient de créer à son tour. La terre lui a été donnée pour séjour : d'un chaos il en a fait son foyer. Une théologie qui, dans ce monde, ne laisse pas de place à la libre activité de Fhomme, ne peut s'accorder avec cette vérité reconnue, que Fhomme et Dieu sont les collaborateurs d'un même programme d'action. La sympathie et la résignation sont, il est vrai, de belles fleurs qui ont poussé dans bien des âmes humaines; mais c'est Famour
LA RELIGION PARFAITE ET UNIVERSELLE. 3l3
actif et l'énergie qui peuvent seuls faire progresser l'humanité — et le progrès, c'est la réalisation graduelle de cet esprit divin qui s'incarne dans tout être humain.
c Ce que vous avez fait à Vun des plus petits d'entre ceuxlà, vous me l'avez fait à moi-même, a dit Jésus. Telle sera la règle de conduite adoptée pour toutes les relations sociales. Nous n'entendrons plus l'excuse cynique de Gain, qui était sa propre accusation : Suis-je le gardien de mon frère? On ne tolérera pas davantage ces deux morales : l'une, pour le dimanche et pour l'église; l'autre, diamétralement opposée, pour la semaine et le comptoir. On n'entendra pas répéter, comme aujourd'hui, avec une brutale insistance, que les affaires sont les affaires et qu'elles n'ont aucun rapport avec le Décalogue ou le Sermon sur la montagne ; mais la religion pénétrera toutes les relations de la vie ordinaire. Cette distinction odieuse, qui a cours maintenant, entre ce qui est profane et ce qui est sacré, sera effacée. Toute pensée, toute action doit être sainte, ou bien elle est indigne d'un homme. Est-ce que Jésus ne voyait de sainteté que dans le temple de Jérusalem? Est-ce que Bouddha ne s'occupait de religion qu'une heure ou deux, le jour du sabbat? Est-ce qu'un ancien prophète n'a pas raillé et condamné toutes ces religions ritualistes? Lavez-vous; purifiez-vous! N'était-ce pas le refrain de la religion d'Ésaïe? La religion universelle devra rester fidèle à ces glorieux précurseurs.
< Mais que dira-t-elle de la mort et de l'au-delà? — Cette religion n'obscurcira pas l'espérance que l'homme a nourrie depuis le premier jour qu'il a passé sur la terre. Mais elle s'efforcera de convaincre les hommes que la meilleure préparation au ciel, c'est une vie sagement passée sur la terre. « Une € heure, disaient les anciens rabbins, passée ici-bas à faire de € bonnes œuvres et dans la vraie intimité avec Dieu est plus € précieuse que toute la vie à venir. » L'égoïsme, ce corrupteur de l'âme, et la lutte acharnée pour la gloire à venir, qui nous fait oublier le devoir présent, seront remplacés par une sereine confiance en la justice éternelle de Celui en qui nous avons la vie, le mouvement et l'être, La conscience d'avoir fait le bien sera la plus douce récompense. Oui ! la religion
de l'avenir nous délivrera de ces gens, qui prétendent avoir droit au salut, tandis qu'ils prennent leur parti de la misère et de la damnation d'autrui.
€ Y aura-t-il des prières dans la religion universelle? L'homme adorera, mais dans la beauté de la sainteté; sa prière sera le prélude de son action, pleine de prières. Le silence est souvent plus édifiant qu'un flux de paroles, qui n'expriment pas l'adoration, mais seulement des requêtes avides de faveurs personnelles. Un cœur plein de rancunes peut-il dire en priant : Pardonne-nous nos offenses^ Celui qui refuse de partager son pain avec l'atfamé peut-il dire : Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien^ L'oraison du grand docteur de Nazareth n'enseigne-t-elle pas aux hommes que la vraie prière doit être un stimulant de la charité?
« Et cette foi nouvelle aura-t-elle sa Bible? Oui, elle l'aura, car elle gardera les vieilles bibles de l'humanité, en se souvenant que la lettre lue, mais que l'esprit vivifie. La religion n'est pas affaire de lettre,mais elle est esprit et vie.La révélation de Dieu est continuelle, elle n'est pas limitée à des tablettes de pierre ou à des parchemins sacrés. Dieu parle aujourd'hui encore à ceux qui veulent bien l'écouter. C'est la religion qui a fait la Bible et non pas la Bible qui a fait la religion.
« Enfin, quel sera le nom de cette Église de l'avenir? Elle sera désignée non pas d'après le nom de ses fondateurs, mais d'après ses œuvres. Dieu a répondu à Moïse qui insistait pour savoir son nom : Je suis celui qui est (Exode, m, 14). Il en sera de même de l'Église de l'avenir. Si un nom peut lui être donné, ce sera celui d'Église de Dieu, parce qu'elle sera l'Eglise de l'humanité. »