‹ Le Congrès des religions à Chicago en 1893 [microform]Chapitre 182 sur 195 · Barrows, II, p · texte numérisé non relu

Barrows, II, p

nation, ni même de continent; traiter quelqu'un comme son prochain, c'est montrer de la joie et de Tempressemenl à aller au secours des gens en détresse, partout où ils se trouvent. Aux yeux des docteurs humains, le prochain du voyageur juif qui se rendait à Jéricho, c'était le prêtre juif, le lévite juif. Mais, d'après le divin Maître, le vrai prochain du juif, victime des brigands, c'était le Samaritain , c'est-àdire un étranger. Cela signifie qu'un être quelconque qui est en détresse et auquel je suis en mesure de porter secours, qu'il se trouve à Chicago ou à Péking, voilà mon prochain. D'ailleurs, en fait, la locomotive, le bateau à vapeur et le télégraphe sont en train de changer rapidement cette proximité morale de l'humanité en une proximité réelle. Eh bien, ne voyez-vous pas que, lorsque tout être humain : Américain, Asiatique, Européen, Africain ou Islandais, regardera et traitera un autre homme quelconque comme son prochain, l'humanité tout entière formera une unité bénie?

c Ou bien encore, prenez l'enseignement du Christ sur l'Eglise, tel qu'il l'a exposé dans la parabole < des Brebis et des Boucs ». C'est là une parabole merveilleuse ; mais nous en méconnaissons l'esprit catholique, parce que les théologiens qui l'ont commentée, avec leur préoccupation des catégories, ne l'appliquent qu'aux bons et aux méchants vivant en pays chrétien, tandis qu'elle s'applique à toutes les nations et à toutes les époques. Lisez-la donc et comprenez la catholicité ineffable de l'esprit du Fils de l'Homme ! Oh ! pourquoi son Eglise n'a-t-elle pas pris une plus large mesure de son esprit?

€ Ne voyez-vous pas que, lorsque les hommes reconnaîtront dans toute personne qui rend service à autrui, un service personnel rendu à Jésus-Christ, l'humanité formera une unité bénie?

« Ainsi donc, le Fils de l'Homme, voilà le seul être capable d'unifier l'humanité. Bouddha, à beaucoup d'égards, a été un très noble caractère; il n'est pas un bouddhiste qui lui rende un hommage plus sincère que moi. Mais Bouddha et sa religion appartiennent à TAsie; qu'a fait Bouddha l)our l'unité du genre humain ? Pourquoi ne tenons-nous pas les séances de ce Congrès dans les bosquets odorants de

Ceylan? Mahomet a aussi enseigné quelques vérités très élevées. Mais le mahométisme consiste en maximes fragmentaires et qui ont le caractère d'antithèses : pourquoi ses disciples ne nous ont-ils pas invités à un congrès à la Mecque? Jésus-Christ, au contraire, est le seul homme appartenant à l'univers; et c'est pourquoi les séances du premier Congrès des religions se tiennent dans un pays chrétien et sous les auspices du christianisme. Jésus-Christ est le seul trait d'union entre toutes les nations.... C'est lui qui, par l'influence de sa personne et de son Evangile, est en train de jeter des ponts sur les fossés creusés par les langues différentes, de percer des tunnels à travers les montagnes formées par l'esprit de caste, de démanteler la forteresse des nationalités, fusionnant toutes les variétés de l'espèce humaine et bâtissant, de tous ces éléments, le temple majestueux de l'humanité! Oui, Jésus est le vrai centre de gravité du monde moral et c'est seulement à condition de pivoter autour de ce divin Fils de l'Homme, que les forces de ce monde peuvent parvenir à l'équilibre ! »

11 est difficile de mesurer sur-le-champ la vraie portée des événements dont on est le témoin, car on est enclin à les exalter ou à les dénigrer, suivant les sentiments qu'ils vous inspirent. C'est ce qui est arrivé au premier Congrès des religions. Les uns l'ont salué comme la Pentecôte de l'esprit nouveau de fraternité qui doit animer les hommes; les autres, au contraire, n'y ont vu qu'une vaine tentative pour faire la synthèse des religions, sur la base d'une morale commune et d'une vague sentimentalité religieuse. Quant à nous, nous espérons avoir persuadé ceux qui nous auront lus attentivement, que cela n'a été ni l'un, ni l'autre; mais bien un concile œcuménique des religions historiques, essayant de s'entendre sur certains principes moraux et religieux communs, pour une action d'ensemble contre de communs adversaires. A ce titre, c'est, à mes yeux, l'événement qui peut avoir la plus grande portée morale sur l'humanité, depuis la Déclaration de 1789 sur les droits de r homme et du citoyen^ et un fait qui répond aux aspirations de l'élite religieuse des races civilisées. Nous allons fournir à l'appui de cette thèse de nouvelles preuves, par l'énumération des principaux résultats qu'a eus le Congrès de Chicago, au point de vue pratique et scientifique, moral, social et enfin religieux.

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