‹ Le Congrès des religions à Chicago en 1893 [microform]Chapitre 45 sur 195 · Barrows. i · texte numérisé non relu

Barrows. i

profonde à établir un lien entre le divin et Thumain, à se mettre d'accord avec l'Etre suprême. »

Mme Sunderland a esquissé le développement de la religion chrétienne depuis les origines juives jusqu'à nos jours et elle a terminé par les conclusions suivantes :

« Nous avons entrepris l'étude des sources du christianisme, une religion ar}^enne si l'on considère la masse de ses adeptes. Sémitique à sa source, nous avoDs vu que le fleuve avait reçu des affluents de source aryenne : le néoplatonisme, la religion romaine et certaines croyances germaniques.... Nous avons appris que les religions, comme les langues, ont une vie ; qu'elles ont leur naissance, leur développement, leur transformation, leur mort, suivant certaines lois. Bien plus, la loi de la vie est la même pour tous les organismes et elle pourrait être ainsi formulée : la faculté de s'adapter au milieu. Plus cette faculté est grande, et plus il y a de vitalité. Or ceci implique la capacité do changer. « Ce qui n'est pas capable de changer, a dit Kuenen, peut bien continuer à exister; mais cela a cessé de vivre. > Et une religion, pour vivre, doit entrer dans de nouvelles combinaisons, porter des fruits nouveaux.

€ Le christianisme a-t-il cette force vitale? » Oui, a répondu Kuenen en s'appropriant une parole de R. Rothc : Le christia?îisme est la moins immuable des religions ; c'est là sa gloire propre. Et pourquoi n'en serait-il pas ainsi? Le christianisme a recueilli les contributions de bien des races et il les a tissées dans un idéal assez large pour inclure tous les peuples, assez tendre pour consoler et assez sublime pour inspirer tous les hommes : l'idéal de la fraternité universelle, formée sous les auspices d'une commune et divine paternité! >

M. MerwinM. Snell * a considéré l'histoire comparée des religions au point de vue des Services qu'elle peut rendre awv missionnaires et à la cause de runité religieuse.

1. Merwin Marie Fitz Porter Snell; né en 1863, éditeur de la Revue orientale (depuis 1803), assesseur du président du Congrès des religions, a présidé la section scientifique. Voir Barrowà, II, p. 1347.

€ Tout institut des missions étrangères, a-t-il dit, devrait avoir des cours de science des religions. Car l'ignorance et les préjugés chez les agents de propagande sont un aussi grand obstacle à l'expansion d'une religion, qu'ils le sont chez les auditeurs. La première condition pour le succès d'une mission, c'est la connaissance des vérités et des beautés de la religion à changer, afin d'y prendre un point d'appui en faveur de la religion à introduire. Tout le monde peut entrer dans une telle alliance de science des religions. »

Quant à la méthode à suivre, M. Snell l'a ramenée aux sept règles suivantes * :

I. — Recueillir et examiner impartialement les données sur toutes les religions, sans distinction.

II. — Il n'est pas nécessaire de renoncer à son propre credo pour faire cet examen.

III. — Au cas où il y a contradiction sur certains faits, le langage impartial des adhérents du système étudié doit l'emporter sur celui des adversaires.

IV. — Les faits doivent être étudiés dans Tordre chronologique. Il ne serait pas juste de construire la science des religions sur la base d'une étude des cultes modernes.

V. — Il ne faut pas accepter hâtivement des ressemblances dans la nomenclature divine, les dogmes ou les rites comme preuves de parenté entre divers systèmes.

Yl. — Des ressemblances dans le détail des cérémonies, et autres n*indiquent pas nécessairement une parenté ou similitude fondamentale.

VIL — Quand une religion ou l'un de ses éléments constitutifs nous paraît absurde ou faux, il faut non pas le rejeter, mais nous demander si cela ne résulterait pas d'une erreur matérielle ou d'une fausse interprétation des documents ou des faits observes.

Il est impossible de préciser d'une façon plus claire et plus sage la méthode à suivre dans l'étude des religions.

Après avoir passé en revue les témoignages des différents cultes païens, des apologistes chrétiens, des libres penseurs

l. BarroNVS, H. p. Kî'û.

LA RELîGioNV •' . ^ - ^-^ « . -.- T .iïji: : :

et des mythographes sur la nature du sentiment religieux, on sera frappé, comme nous, de l'harmonie qu'ils ont présentée à Chicago. Pas un, même les plus hardis critiques, n'a pris à son compte la thèse citée en tète de ce chapitre : que la religion est une aberration du cerveau, ou le résidu épuré des superstitions. Mais tous ont été unanimes à reconnaître que le sentiment religieux est une faculté primordiale, indestructible de l'âme humaine et qui a droit à être cultivée et satisfaite. C'est la conclusion de l'enquête sur cet article 3 du programme, qu'a tirée à juste titre Mgr Keane, le libéral recteur de l'université catholique de Washington, lorsqu'il a dit dans la dernière séance * :

c Ainsi il a été prouvé ici que la religion est une réalité qui est comme la base et l'appui de toutes les religions. Les religions sont des systèmes réguliers ou irréguliers pour atteindre ce but suprême : unir l'homme à Dieu. Tout système qui n'a pas cet objet en vue peut être une philosophie, il no saurait être une religion.... Et par conséquent, il est évident que la religion, en elle-même et dans les moyens pour l'atteindre, a nécessairement deux éléments, deux côtés : le côté humain, le côté divin. Le premier, c'est-à-dire l'ardent soupir, l'aspiration, l'effort vers Dieu, est universel chez les hommes. A. de Quatrefages, le savant distingué, avait donc mille fois raison en soutenant que Ihomme est par essence un être religieux ^.

« Et voici la preuve que l'auteur de notre nature n'est pas en défaut pour sa part, c'est que cette tendance religieuse de l'homme n'est pas un caprice insensé de la nature, que cet ardent désir n'est pas un supplice de Tantale. Non ; l'auteur de notre être ne nous a pas laissés aller à tâtons dans les ténèbres à la recherche de ce but; mais à cette question il a donné la réponse; à cette recherche, un guide; à ce désir ardent, la possession (fruition). Ce Parlement, à notre avis, a donc frappé un grand coup contre l'athéisme, le déisme, l'agnosticisme, le naturalisme et le pur humanitarisme.

1. De la religion définitive {Uliimatc Religion). Barrow?. lï. p. iri31-l^r>9

Page 1