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orce indépendante. Ce qui parait à des hommes, tels que Buckle, Lecky ou Guyau, être un progrès vers un âge d'irréligion en est un au contraire vers une plus pure conception de la religion. La religion est indestructible, parce qu'elle repose sur la conviction intime qui règle la conduite de Vhomme. Tant que les hommes ne pourront vivre sans morale, ils ne pourront se passer de religion. »
c Quelques-uns considèrent cette vue sur la religion comme trop large et disent que religion signifie foi en Dieu. Je n'ai pas d'objection à faire à leur définition, pourvu que foi signifie confiance et que Dieu signifie la sanction suprême du devoir moral. La foi en Dieu doit donc être une obéissance absolue à la loi morale. »
Si l'on rapproche cette conclusion de la définition que le D' P. Carus a donnée de la vérité, dans son article du Forum intitulé V Aurore d*une nouvelle ère religieuse : < La vérité est l'aspiration religieuse à faire de notre âme un temple digne de Dieu >, on sera convaincu qu'on a calomnié cet écrivain en le représentant comme un prophète de l'irréligion de l'avenir. Le D' Carus se trompe, à notre avis, en voulant réduire le sentiment religieux au sens moral ou à la connaissance scientifique ; mais il a pleinement raison quand il soutient que ces trois aspirations vers le bien, le vrai et l'idéal religieux émanent au fond de la même source ; que la vérité est une et la religion indestructible. Ce témoignage d'un libre penseur éminent valait, certes, la peine qu'on lui donnât la parole au Congrès des religions.
Deux choses nous semblent se dégager de l'ensemble des témoignages, apologies et critiques qui précèdent : d'abord, que le sentiment religieux est indestructible, parce qu'il répond à une faculté primordiale de l'âme, et que, sous la variété infinie des rites et symboles, il y a chez tous les hommes une aspiration invincible vers la divinité. Il en résulte que l'étude scientifique des religions est non seulement légitime, mais qu'elle s'impose à quiconque veut pénétrer l'essence de la religion. Les organisateurs du Congrès religieux de Chicago l'avaient si iDien compris qu'ils avaient sollicité le concours des principaux mythographes d'Europe.
Aucun n'a pu venir, mais presque tous ont envoyé des travaux, qui ont été traduits et lus, soit à la tribune du Congrès, soit à la section scientifique. Il faut mentionner les mémoires de : MM. Albert Réville, professeur au Collège de France * ; Tiele, professeur à Leyde ' ; Mgr d'Harlez, professeur à Louvain'; Jean Réville * et Marillier *, maîtres de conférences à la Sorbonne. Les travaux des savants d'Europe étant mieux connus et d'ailleurs n'ayant pas tous été lus au Congrès, nous ferons place ici, de préférence, aux discours prononcés par des Américains et dont nous donnerons un aperçu :
Mme la Rév. Eliza R. Sunderland, docteur es lettres de l'université d'Ann Arbor (Michigan) ®, a traité la question d'une Sérieuse étude de toutes les religions. S'inspirant des principes posés par MM. Kuenen, Albert Réville, Tiele, elle a démontré l'importance de cette étude pour la culture générale de l'esprit humain et de l'histoire littéraire, pour la connaissance des rapports de la morale et de la religion et pour le développement du sentiment religieux. Arrivée à ce dernier point, elle s'est demandé : « Qu'est-ce que la religion? »
« Le protestant orthodoxe répond : c'est un credo. Le catholique : c'est un credo^ plus un rituel; il faut croire les dogmes et recevoir les sacrements. Le musulman : c'est un dogme. Le bouddhiste : c'est un système de morale. Le brahmane : c'est une caste. Le disciple de Confucius ; c'est un système politique. Mais que l'étudiant sérieux cherche quel est le sens réel que chacun d'eux attribue à son credo et à son rituel, à sa morale et à sa caste et il trouvera au fond de toutes ces conceptions une aspiration
1. Conditions et perspective d\tvenir d'une religion universelle (Barrows» II, 1363-67).
'2, Étude de théologie comparée (Barrows, I, 583-590).
3. Étude comparée des religions universelles (Barrows, I, 605-621).
4. Principe d'une classification scientifique des religions (Barrows, II, 1367-1369).
5. Appréciation de la dignité humaine dans les religions inférieures (Barrows, II, 1361).