‹ Le congrès [microforme]Chapitre 1 sur 3 · CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

CHARLEMAGNE

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Allez, mes vers, habillés sans apprêts, En dédicace :

Présentez vous chez Le Chauve, au Congrès ; Pars, ma préface !

Si, par malheur, infortunés proscrits, On vous pourchasse,

En vous jugeant comme nuls et sans prix, Reviens, préface |

Mes chers gamins, qui résumez vos jours En dédicace,

Il faudra donc périr, et pour toujours, À la préface !

Adieu ! mes vers, retournez au néant, Je vous efface !

À peine au jour, vous mourez en naissant :

Adieu ! préface !

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Je chante du Congrès le saint évènement!

O Muse du grand nord, révèle moi comment Tant de faits merveilleux, d'ineffables miracles Purent escalader des montagnes d'obstacles !

On était en Janvier de l'an soixante trois.

Le pays du grand nord, laissé presque sans lois, Allait se congeler dans sa froide nature,

Lorsque surgit un homme, une grande figure !

Un homme à large vue, homme à plus large cœur, Qui fut du grand Congrès l’inspiré fondateur. Honneur à ses travaux ! honneur à son courage ! On admire aujourd’hui les fruits de son ouvrage.

On met en question quel fut l’ordonnateur

Du Congrès, et quel est sont véritable auteur. Avant d'aller plus loin, nous devons à l’histoire Les monuments connus et ce qu'il en faut croire. Deux hommes sont cités: Charlemagne et Martel ; Chacun porte le nom d’un illustre mortel.

Ils sont dignes tous deux d’avoir donné naissance À l’auguste assemblée ; et la reconnaissance

De la rive du nord se partage sur eux.

Le Congrès, c'est réglé, doit son être à tous deux. Martel l'imagina ; c’est son titre de père ; Charlemagne chez lui le nourit, c'est la mère.

Issu de tels parents, notre illustre Congrès

N'eut qu’à les imiter pour briller à jamais.

La rivière du Goufre offrit pour capitale

Au nouveau Parlement sa rive occidentale.

Sept provinces d’abord formèrent le Congrès ; Plus tard d'autre pays, d’autres encore après S'y vinrent aggréger. De là ce grand royaume Où trois Mages brillants se suivirent au trône ; Assistés d'un Congrès, sans Chambre ni Sénat. Un congressiste était choisi par chaque état.

À cap Corbeau vivait, au pied de la montagne, Un grand homme, un grand nom qui signait Charle- À notre capitale il était résident ; [magne.

Le Congrès le choisit pour premier président.

Bien fait, six pieds de haut, 2éant par la prestance, Par l'esprit il était géant d'intelligence.

Homme lettré, poëte, il laissa des écrits Que d'’illustres auteurs auraient fort bien souscrits. Doux et ferme à la fois : telle était sa prudence Qu'il gouverna toujours son peuple avec puissance, Voilà ses qualités ; son rôle est assez beau. Peut-être ileût été Berryer ou Mirabeau, Avec un peu d’audace et moins de sapience ; Son grand péché, ce fut son modeste silence.

Aux affaires du siècle il était moins heureux, Et s’engageait par fois en des pas hasardeux. Simple comme l'enfant, nul en toute industrie, Sa gloire, il faut le dire, en fut un peu flétrie.

Si l’on veut un exemple, on parle encore au loin, De sa déconfiture au commerce du foin.

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Je suis historien plus franc que charitable.

Charlemagne, au Congrès, s’acquit un grand renom, Mais relatons un trait qui fait brèche à son nom. Fut-il bien honorable en son fameux voyage, Lorsqu’au pont Dorchester il frauda son passage ?

On allait traverser un char comblé de grain,

Il y saute d’un bond, s’y blottit, et, soudain, Disparaît dans un sac, quand la voiture approche, N'exhibant que son fond, qui semblait une poche. —Holà ! contrebandier, rendez-vous, lui dit-on ; Mais déjà le fuyard était bien loin du pont.

En affichant son nom aux clous de la barrière,

11 noyait son honneur au fond de la rivière,

Qui s’appela Saint-Charle, et dut, pour l'avenir, Laisser de Charlemagne un piètre souvenir.

Un fier envahisseur, Illinois d’origine,

A la tête des siens, de la côte voisine,

S'élança comme un tigre aux portes du Congrès. Sans autre avis de guerre, en temps de pleine paix, Le barbare inconnu venait faire le siége

De notre Parlement, qui tomba dans le piége.

L'indigne usurpateur, par ce pur accident,

Fut ainsi du Congrès le second président.

Il prit de suite en mains les rênes du royaume Sous le nom de Cousa, volé comme son trône.

Dents blanches, large front, plus que brun, presque Œil fuyant, nez cassé, l'Illinois laissait voir [noir, À sa démarche altière, aux traits de sa figure,

Un air d'indépendante et nomade nature.

Cependant, soyons juste, il fut sage et prudent, Bon administrateur, généreux, opulent, I] faisait au château les honneurs de sa table Avec profusion, en Crésus véritable.

En lui-même ourdissant de sinistres projets, En public il ravit l'amour de ses sujets, Tant il feignit l'honneur, tant il usa d'adresse, Tant il sut imiter la vertu, par souplesse, Noble aux regards, dans l'ombre il voilait ses défauts, Le peuple ignore encor ses méfaits principaux. Un seul trait va le peindre. Amateur de la pêche, Lorsque le droit public le prohibe et l'empêche, Il s'évade, la nuit, s'enfonce dans les bois, Enfreint, lui Président, la défense des lois! Au livre de police—article contrebande On lit: ‘“ Cousa frappé de vingt piastres d'amende.” Président du Congrès, il entra comme il sort : Par un crime il régna ! pour un crime il est mort |

Tourlognon du Corbeau monte à la présidence.

C'est du dernier Congrès la dernière séance.

Petit roi de la Miche, il arrive au pouvoir Quand le Congrès chancelle et penche vers le soir. Pourtant jamais la paix n'avait été troublée, Jamais guerre intestine en la docte assemblée... Mais Le Chauvre émigrait des pays du grand nord ; Evènement fatal ! ce fut un coup de mort !

C'est pourquoi Tourlognon, cette étoile brillante, Fut, par la circonstance, une étoile filante.

Partout où le Congrès devra se réunir, :

De son royal accueil il aura souvenir.

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