‹ Le congrès [microforme]Chapitre 2 sur 3 · RS RUE · texte numérisé non relu

RS RUE

Les princes dispersés, permettez que je grave Les traits les plus saillants des membres du conclave.

Adieu ! veillard auguste ! Accepte nos regrets Clément de Patrizzi, grand doyen du Congrès.

Le Congrès a sombré ! Le juste patriarche Evita le naufrage et fut sauvé dans l'arche.

Des études, du culte, habile directeur, De nos travaux publics il était l'inspecteur. Comme un ange gardien le Congrès le vénère, Et sut toujours priser son noble caractère.

De l'antique noblesse il était descendant ; Noblesse oblige : il sut maintenir son haut rang ! Le règne de Clément fut celui du roi sage !

Il abdique et retient la royauté de l’âge | L'âge et la dignité finiront en ce lieu ; Jusqu'à l’âge éternel, digne vieillard, adieu !

Riche Fort Pic, et toi, Côte de la Négresse,

De votre souverain dites nous la noblesse :

Un quart de siècle il fut votre bien aimé roi !

Un quart de siècle il eut votre cœur et sa foi !

Témoins de ses travaux, léguez à la mémoire

Ses talents, ses vertus, sa grandeur et sa gloire. Ses ancêtres, dit-on, vécurent à Cadix,

Avant d'être baron, il s'appelait Radix.

Vous le plantez partout ; rochers, monts ou ravine,

Il est bien là ; partout il sait prendre racine.

Dès lors vous prévoyez que, sans baisser jamais, Comme l'aigle, il ira jusqu'aux plus hauts sommets !

Sachez comment régna Dom Antoine Le Chauve.

Adorable tyran ! son audace le sauve.

Son regard est un feu qui brûle jusqu'aux os; Sa parole, un torrent qui déborde à grands flots. Jamais plus fin matoi, plus rusé politique ; Il est partout, voit tout, règle tout sans réplique. ‘On ne s'aperçut pas, disent ses gouverné, ‘“ Qu'il nous mena vingt ans, et par le bout du nez.” Il s’en va droit à vous, il vous attaque en face, Sans reculer, s'arrête, et revient, quoiqu'on fasse. Il avance à propos, se tait ou parle peu ; Son grand pouvoir consiste à bien cacher son jeu. Qu'on le prévienne en tout, jamais il ne demande ; Qu'en tout l’on soit soumis, jamais il ne commande. Il vous fait à savoir qu'il vous sert tant qu'il peut ; Croyant vous-même agir, vous faites ce qu’il veut. En faisant tout pour lui, l’on se croit redevable Qu'il daigne envisager le tout comme acceptable. A l'en croire, il serait votre humble débiteur ! Oui, tant que vous serez son humble serviteur ! Du reste, c’est bien l’art de la diplomatie ; Le berneur garde tout, le berné remercie.

Plus de douze ans Le Chauve illustra le Congrès, Et prit sa large part à ses nombreux succès.

Avec ses qualités, ses vertus, son adresse, Le Chauve était en route, il volait sur l'expresse. Dans l'ordre militaire il gravit tout honneur, Et de Sherbrooke enfin fut premier gouverneur.

Le jeune Walanish, radical de naissance, Venait dans le grand nord de ionder sa puissance.

ET

Pour mieux civiliser ses rudes Montagnais,

Il s’adjoignit d’abord la race des Maltais.

Tribun, soldat, grand prince, un tant soit peu vampire, Il sut en peu de temps étendre son empire.

Vaillant comme Cæsar—vens, vridi, vici—

Aller et voir et vaincre était l'instant pour lui. Avant d’avoir blanchi, croyant à la science,

I] niait tout d’abord l’art de l'expérience.

Il refusait de croire, il le sut par les faits,

Que ce grand art du sage, on l’appre, d à ses frais. Plus prompt que réfléchi, comme on est au jeune âge, Sans craindre ni prévoir le danger du naufrage,

Il se lançait aux flots, dût-il n’en pas sortir.

Son exploit des Foulons suffit à l’avertir.

Il apprit, il saura jusqu’à sa dernière heure

Que Ze mot vole au vent, mais que l'écrit demeure.

V’ivat ! sois bienvenu, mandarin des Cadies ! Ces paroles frappaieut les oreilles ravies, Lorsque le roi Paschal, du pays des Protais, Opérait son entrée au milieu du Congrès.

Le mandarin Paschal, travaillé de colique, Travaillait assez peu dans la chose publique. Ecrivain de renom, il sut, sans contredit, Gagner à la bataille un titre d’érudit.

Au profit du Congrès le savant philosophe Ecrivit son voyage aux provinces du golfe.

Comme un simple mortel, il dut subir la loi; Châtelain sans château, sans royaume il est roi.

Salut! Stadacona, riche arsenal de guerre,

Vieux congrès des Hurons si glorieux naguère!

Né des Kondiaronk, Gros-Nez Moravief

Du grand Ononthio vint occuper le fief.

Soldat dégénéré, lui-même le confesse,

Il n’hérita des siens qu’un titre de noblesse :

‘“ Grand chef du Cul-de-Sac et de la Côte-au-Chien.”

Faut-il grand conquérant ? L'histoire n’en dit rien ;

Mais en ce cas le doute est facile à résoudre,

Puisqu'’il est bien connu qu’il n’aimait pas la poudre ! Dans les moindres dangers, prudent jusqu’à l'excès

I] signait des traités, toujours avec succès.

Aux menaces de guerre il se montrait paisible : Faire mourfr les gens !.…. il était trop sensible ! Avec ce caracière et ce tempérament, Moravief dut-il être un grand conquérant ?

Sa vertu principale était d'aimer l'enfance ; Il sut la conquérir a force d’opulence.

Au milieu des bambins, intrépide guerrier, En revue il passait des soldats de papier.

Volant au champ de Mars—c'était sa table ronde— De son fusil de bois il ravageait le monde.

Là, point de trahisons, de poignards assassins ; Tambour bat, clairon sonne : En avant, fantassins! Cent villes en carton, tourelles et murailles, Disparaissaient sous terre, en autant de batailles | Son règne fit époque au pays des enfants ; Lui-même en tous leurs jeux s’adjoignait aux moins [grands.

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Enfant jeune, enfant vieux, enfant à tous les âges, Sans être un des plus fous, sans être un des sept sages, Aux tournois des enfants il était le vainqueur ;

S'il fut jamais un roi, ce fut le roi de cœur.

Au pays des Ha ! Ha ! dans l’humide savare,

Telmar avait dressé sa royale cabane.

De ce peuple sauvage, il s’élut le grand Chef,

Se donna pour règner, le titre de LeBref.

Astronome savant, il mettait sa science

A servir le Congrès ; et son expérience,

Au départ, au retour de la grande assemblée,

L'amenait à prévoir la pluie ou la gelée.

Il gouvernait la lune, (elle en gouverne tant !)

Il réglait la tempête, il enchaînait l’autan.

Aussi fixait-il bien l’époque d’un voyage.

On était sûr du temps en suivant son présage.

C'est lui qui choisissait jour et semaine et mois;

Et le Congrès toujours en passait par son choix.

En fait d'astronomie, il prononçait en maître ;

Un coup d'œil vers le ciel, c'était son baromêtre. LeBref, à tous égards gentil homme parfait,

Du côté corporel était assez mal fait.

Carré, robuste et frais, pas très haut de stature ;

Comme ses gouvernés, pas très beau de figure ;

Le Bref était vaillant, courageux, plein d'honneur ;

Tout était grand chez lui, l'âme, l'esprit, le cœur. Anguleux, sillonné, tel était son visage ;

Ton hargneux, verbe sec, tel était son langage.

Le

Son rire était horrible ; et, pour tout définir,

S'il voulait s'égayer, vous l’entendiez hennir !

Ce qu'il a d’imparfait, il le tient de nature ;

Mais du reste, au Congrès, jamais gloire plus pure !

En cotoyant le gouffre, au château de Brosset, On trouve un gros Seigneur, Urbain Maurice sept. Sage administrateur et discret politique, Urbain parle assez peu, mais ton bref, énergique. On ne sait ce qu’il pense, on ne sait ce qu'il est ; On ne sait ce qu’il aime, on ne sait ce qu’il haït. A son château, chez lui, rien de plus honorable ; Généreux, gai, civil, on ne peut plus aimable. Puisque dans le Congrès il ne dit jaiais rien, Je n’en puis parler mal, je n'en puis parler bien. Quand plus tard du Congrès on écrira l’histoire : Urbain parla très peu, dira-t-on, c’est sa gloire. Comme Napoléon, puisqu'il faut le classer, ‘“ Sans haïne et sans amour il vécut pour penser. ”

De tes monts escarpés, Marquis de Sainte Agnèse, Descends, viens nous montrer la race Montagnaise. La paix règne au grand nord; le sabre est au fourreau; Des travaux sur l’histoire enrichis ton Bureau ! Le Montagnais, dis nous, est-il fait commeun homme ?

Vit-t-il de chair humaine, ou de bourgeons de gomme ?

Viens, révèle au Congrès ce type original

Qui tient un si beau rang dans le règne animal.

Les cents peuples du nord auront donc leur histoire : En l’écrivant, d'Agnèse y trouvera sa gloire.

Vive Napoléon! Vive Laliberté!

On acclamait un membre au Congrès ajouté.

Pour le dire en deux mots, je pense qu’à tout prendre On ne saurait noter quel service il sut rendre. En entrant il se range au milieu des mutins, Et de suite est élu le chef des Libertins.

Pour savoir le seul bien auquel il participe, C'est qu'il fut toujours stable en son mauvais principe. Il était riche : on sait comment il réussit ; J'en consigne en ces vers le malpropre récit. Qu'il me pardonne ou non, je parle, peu m'importe ; L'histoire ne craint rien, ni lui ni sa cohorte. Son parent, un avare, en crainte des voleurs, Sous terre avait caché d'assez riches valeurs. Frappé subitement à son mal il succombe, Emportant avec lui son secret dans la tombe.

Le chef des Libertins, neveux du vieux rentier, Se trouve son plus proche et premier héritier. Souvent pour les neveux une mort opportune, En exportant le deuil, importe la fortune.

Il est nuit ; Libertin se réveille en sursaut ; Un spectre, un revenant allait lui faire assaut : ‘“ Toi, mon seul héritier, il faut bien que tu sache ‘“ Le lieu de mon trésor et quel endroit le cache,

RX |. De

“ Lève toi, suis mes pas.” Demi mort de terreur, Libertin dans son lit s'enfonce avec stupeur ! [que,” Le défunt : ‘“ Lève toi !”—Je ne puis !—"* Sans répli- Dit-il; puis l’empoignant d’une main énergique, I] l'étreint et l’entraine où gisait le trésor. Libertin, hors de lui, mais respirant encor, Se trouve transporté dans un champ de fougère. Une lueur lugubre à peine les éclaire.

Debout, le revenant du regard et du doigt Indique le trésor caché dans cet endroit.

Soudain tout disparait, le spectre et la lumière ! Mort ou vif, il fallait passer la nuit entière Dans cet endroit maudit ; n'importe la frayeur, Malgré la toux, le rhume, enfants de la fraîcheur ! Libertin eût donné le quart de sa fortune Pour avoir le bienfait d’un seul rayon de lune. Tout à coup torturé par un de ces besoins Qu'on soustrait aux regards avec les plus grands soins, Il sonde le terrain, se baisse avec prudence Et dépêche l'affaire en toute diligence! Peti ! peta ! fric ! frac !

Du trésor, le mic mac !

Il profane le sac !

Et puis suffoqué, crac!

Il s’éveille en son lit le plus gros bout dedans ! Le tout était un rêve !.... hormis les accidents,

Halte ! roi négrion! nous viens-tu des Antilles ? — Non, pardonnez, Messieurs, c'est le roi des anguilles,

Je sors de l’eau, je viens me chauffer au soleil ;

Permettez qu'un moment, je sois votre pareil. Aussitôt du Congrès chaque membre se lève

Et reçoit dignement ce potentat de grève.

Chacun donne la main; il donne la nageoir,

Se couche sur le flanc, n'ayant rien pour s'asseoir.

On place un bassin d’eau sur une large chaise,

Pour qu'il puisse au besoin s’y baigner à son aise. Depuis lors, au Congrès, il fut toujours constant

. À venir avec nous se faire homme un instant.

Tout à coup le Congrès est saisi d'épouvante ! Tous allaient fuir ! Bientôt dans sa démarche lente, On voyait s'avancer un gros être tout rond, Tout court et tout trapu, tout frais, tout rubicond. Est-ce un homme ? est-ce un globe? On ne sait, mais [il roule, Et, sans marcher, se meut, comme fait une boule. Tout de même il devient un membre du Congrès ; Il en faut de tout genre ; ainsi veut le progrès ! Au grand nord glacial en Janvier il transpire, Au moindre mouvement, avec force il aspire, Engouffre l'atmosphère, et, fort condensateur, Il sert pour le Congrès de bon ventilateur.

En sa rondeur parfaite, il étale une sphère, Où la géographie est peinte toute entière.

S'il tourne, l’horison déplace ses niveaux, Ce qui change la carte et les points cardinaux. Il n’est pas bien assis sur son orbe antartique ; Et varie à tout vent sa pose astronomique.

A Plus d’un navigateur s’est mal orienté En fixant le compas sur son pole aimanté.

Comment peut exister cette machine ronde Qui seule réunit et ciel et terre et monde ?

En roulant sa boule

Roulant

En roulant sa boule !

Cet être vit debout, bien que toujours couché, Partout il est à plomb—toujours il est penché. N'importe sur quel chemin, il recule, il avance, Il s'arrête, il repart avec la même aisance ; Il dort sur un brancard. C’est un riche Beaudet ; D'un livre spécial ce sera le sujet.

Dom Baptiste, avocat, un roué de chicanes,

Qui sait des vagues lois les tortueux arcanes,

Locuteur éloquent, habile du metier,

Fut membre du Congrès, dont il devint greffier, Pas rapide et cassant, vers l'Olympe il se pousse !

De sa taille assez courte il ne perd pas un pouce!

Ainsi que son discours, son geste est saccadé !

De sarcasme en sarcasme il a toujours plaidé !

Le puissant orateur, sans que rien l’exténue,

Parle fort, rit très fort, et plus fort éternue !

Oubliant tout à coup son passé glorieux,

L'avocat, le greffer, se voyant assez vieux, Salua poliment les quatre points du monde,

Se fit moine, et chercha la retraite profonde.

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Respectueux silence! et taisons ses défauts, Puisque lui même il va les voiler à Clairvaux.

Du Grand Sud au Grand Nord un noble s’achemine ; Il vient d’être créé le Baron de la Mine!

Drafaf, c'était son nom; le mot n’est pas coulant, Mais oubliez le son, le maître est fort galant. Qu'il déclame, on entend un ton d’ophicléide, Quand il tousse, on croirait au tonnerre homicide. Son titre le fait voir, il était financier ; De suite le Congrès le fit son trésorier.

I] sait le grand secret ; pierre philosophale ! Il l'annonce au Congrès de sa voix magistrale. Pour lui, pour nous, pour tous, il va faire un trésor ! Changer l’avoine en fer, changer le fer en or ! Partant sur ce pied là, braqué sur son étoile, Il nargue l'océan, et vogue à pleine voile.

Visant à l'opulence et fier de ses projets, Il nous traine après lui, remorquant le Congrès. Chez lui, toujours, partout, c'était magnificence |! Il reçut le Congrès ; ce fut surabondance | Dans sa digne entreprise il méritait succès ; Car il fut généreux, mais prodigue, jamais !

Cependant son ardeur, aux fournaux enflammée, S'engouffre, tourbillonne, et s'échappe en fumée ! Adieu ! nobles projets! tant d'efforts sont perdus! Væ victis ! il succombe, et malheur aux vaincus ! Quel affreux dénoument! fer et trésor et mine Et richesse et Congrès, sous lui tout se termine !

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