IG
Fontainebleau du 30 octobre 1785 établit pour la première fois le rapport de 1 à 15 La nouvelle ordonnance monétaire française eut clairement pour but d'élever le cours et la valeur nominale des nouvelles monnaies d'or, d'attirer des apiK)rLs de ce métal dans les hôtels de monnaies et d'empêcher la fonte et l'exportation de ces nouvelles espèces. En France, nous sommes sous le régime du bimétallisme lépfal, mais nous défendons l'or parce qu'il sert aux paiements internationaux. Le Trésor paie en écus; la Banque ne donne de l'or qu'avec une |)rime. Nous avons donc une restriction monétaire avec le bimétallisme. La question de l'étalon est indépendante de la question d'abondance ou de rareté monétaire. »
M. Gosle est partisan de l'abondance de la bonne monnaie. On ne saurait admettre l'idée de M. Cernuschi qu'il n'y a pas de marché pour les métaux précieux, qu'il n'y a pas de prix pour l'aricent, lorsqu'il a existé entre le prix de Fonce-standard à Londres et la valeur de la frappe des dollars américains une si grande différence. Un traité monétaire international pourrait avoir des avantages, mais il aurait le grand inconvénient de fausser la production, d'exagérer celle de l'argent et de provoquer rétablissement d'une prime sur l'or. Les Etats ne sont pas souverains en fait de valeur de la monnaie. L'état actuel monétaire du monde ne comporte pas de solution extrême; il s'agit d'accommoder aux faits les législations monétaires des Etats. M. Samuel Montaigu a proposé le rapport de 1 à 20, mais il y a la diCTicullé de la réalisation de ce projet ; il sera nécessaire de reviser tous les contrats, il faudra ajuster des pièces au nouveau rapport, donner à la pièce de 5 francs le poids de 32 grammes. Toute cette monnaie s'immobilisera. A qui incombera la perte? Au budget? Aux banques? Il reste le statu quo du monométallisme bossu que la force des choses à établi. Il vaut mieux conserver les faits accomplis. L'or doit devenir le seul instrument international des échanges, l'argent doit
remplir la fonction (rinstrumcnL national. On pourrait limiter à un chiffre inférieur à mille francs la force libératoire de Targent.
M. Fournier de Flaix désire constater que M. Grenfell n'a pas laissé de grandes illusions sur la situation présente du bimétallisme. 11 n'y a rien à faire en Angleterre ni en Allemagne au point de vue d'un traité international bimétalliste. 11 faut tenir compte des intérêts français. La situation monétaire du pays est incomparable. La France n'a besoin de personne; elle doit conserver sa suprématie; toute convention monétaire ne peut se faire qu'à ses dépens, afin de lui enlever une partie de son beau stock d'or et d'accroître son stock d'argent trop considérable encore.
La France n'a à intervenir dans aucun ariangernpfit diplomatique ; la crise monétaire ne provient pas d^sqa fait. De tous les Etats, c'est elle qui a le plus cont^fitH^à en tempérer les eiiets. Les raisons de M. Cernuspîf.yont très faibles; il ne tient pas compte des faits. Da|)^j lui le 15 1/2 remonterait à l'origine du monde. En r<KfftX<\^ il n'a pas duré 50 ans. M. Cernuschi ignore le pluslgraY^d fait monétaire de 1850 à 1860 : l'alHux d'or de laS^lifornie, qui a eu pour etfet d'améliorer les prix de 18obsii 1869. La hausse ne pouvait pas toujours durer. De 1870 à 1875, il y a eu un élan énorme dans la production. La France ne se prêtera pas à faire des expériences à ses dépens. La loi de Gresham est très simple et fondamentale : le débiteur s'acquittera toujours dans la plus mauvaise monnaie. Sans les dispositions prises en 1873, l'or de la France aurait été soutiré en entier. M. Léon Say a rendu un service éminent en arrêtant la frappe de l'argent.
M. Fournier de Flaix a examiné les dilïérents remrdes proposés en dehors du bimétallisme par M. Sylvestre qui voudrait supprimer le monnayage de l'or et de l'argent, éviter les perte s de la frappe et du frai; les lingots seraient déposés dans les banques ou au Trésor qui délivrerait en échange des certificats d'or et d'argent. Pounjuoi les gou-
vornonients n'augmcnteraicnt-ils pas le pouvoir libi'ratoire de l'argent qui est actuellement très limité en Allemagne et en Angleterre? M. Fournier de Flaix a cité encore le projet de M. Lexis relativement à rétablissement d'une espace de comité entre les principales nations qui achèteraient tous les ans une certaine quantité d'argent pour servir de base à la circulation monétaire et qui arrêteraient ainsi la baisse. Sans s'arrêter à ces projets, M. Fournier (le Flaix a demandé si on pouvait trouver d'autre remède qu'un traité international, actuellement impossible.
M. Boissevain a fait un intéressant exposé de la situation monétaire des Pays-Bas, d'où il résulte qu'actuellement la circulation monétaire est de 13G millions de florins en monnaie d'argent, 1:28 millions de florins en or ou leur équivalent, c'est-à-dire en traites sur l'étranger. La loi de 18(Si autorise le ministre des Finances à démonétiser et à vendre î25 millions de monnaie d'argent. C'est une réserve et on poni-ra diminuer d'autant le stock argent et augmenter le total d'or. Aux Indes, il y a cent millions en argent. La situation monétaire n'est donc pas si mauvaise. On a la certitude de pouvoir obtenir à la Banque de For sans aucune prime et sans difficulté pour tous les besoins de l'exportation.
Mais on reconnaît qur la situation est détectueuse, qu'il y a une quantité trop grande de monnaie, dont la valeur fiduciaire n'est pas égale à la valeur marchande du métal. En Hollande, la très grande majorité est bimétalliste pour des raisons théoriques et parce qu'on veut avoir l'unité d'cHalon monétaire avec le monde commercial tout entier. Il ne faut pas faire de distinction entre les deux métaux. Les métaux précieux doivent leur valeur à l'emploi qu'on en fait comme monnaie. Ce qu'il ffxut, c'est fixer le rapport de valeur dans l'emploi des deux métaux pour la circulation monétaire, et alors la valeur marchande des deux métaux non monnayés et la relation de valeur seront conformes par la force des choses. Pourquoi rejeter le métal blanc qui, à l'heure qu'il est, rentre encore pour la moitié dans
la circulation monétaire du monde commercial pris dans son entier? II ne faut pas craindre le retour du métal blanc de rinde, où il a trouvé un emploi à l'intérieur du pays, en remplacement des signes monétaires primitifs. Il faut sortir du statu quo qui, depuis quinze ans, a amené la baisse des prix, la diminution ou tout au moins Tarietdu dévéloppement de la production industrielle, la baisse du salaire, la baisse du loyer de l'argent. La rareté de l'or existe toujours, la situation ne p 'Ut pas se prolonger. A moins de l'adoption internationale du bimétallisme, il faut craindre la démonétisation du métal blanc dans les pays de l'Union latine, en Allemagne, en Hollande, aux Etats-Unis. Il faut une réglementation internationale delà situation monélaire.
Le bimétallisme sera le système qui nous divisera le moins et il le faut sur la base du 15 1/2.
M. Levasseur a montré que les partisans de l'unité de rétalon monétaire ne veulent exclure ni l'argent ni le métal de billon. Les bimétallistes veulent la plénitude du pouvoir libératoire de l'or et de l'argent avec la liberté de la frappe illimitée. Il réfute un certain nombre d'objections : l'unité d'étalon d'or a aggravé les crises, elle a augmenté les dinicultés du change, elle a contribué à la misère ouvrière, elle a d<Herminé la protection. Ce sont là des griefs imaginaires. Les crises ne datent pas de 1S73, elles sont inhérentes au développement du commerce et de l'industrie. 11 y a aussi des crises spécialement monétaires, parce qu'il se produit de brusques à-coups f[ui changent la quantité du métal précieux. La baisse du prix est certaine, depuis LSTÎj, niais il y avait eu une forte hausse; en 1870 il y a eu un arrêt de la vie économique d'une partie de l'Europe. En 187rî, la hausse a atteint son maximum.
Ce sont des mouvements qui tiennent à des causes complexes. L'état monétaire y est pour une certaine mesure, mais la moindre. La grande cause c'est l'amélioration dans les moyens de production et de transport ; le bon marché est un bien et un progrès social.
M. Levasseiir rolc\e ce que M. de Laveleye a écrit relativement à l'avantage que retireront les débiteurs du rétablissement de la frappe de l'argent, cela au détriment de leurs créanciers. Il refaitlathéoriescientifiquede la monnaie; il montre que la fixité de valeur entre l'or et l'argent est une chose impossible. Avec un seul métal régulateur du marché, les prix varieront, mais il n'y aura pas la double fluctuation résultant du double étalon. La fortune du créancier et du débiteur sera plus équitable. Le système de l'unité monétaire est préférable. Pourquoi s'apitoyer sur le sort des Indiens ? Leur situation est beaucoup meilleure qu'il y a cinquante ans. L'abondance, nouvelle chez eux, du métal précieux, provient des richesses créées par le coton et le blé. On amènera difficilement l'Angleterre à voter une loi rétablissant le 15 1/2. Elle voudra maintenir le grand marché monétaire à Londres. L'adoption du bimétallisme relèverait les prix en avilissant la monnaie. La hausse des prix serait limitée. Il y a un très grand danger: c'est d'augmenter les salaires et de ne pas augmenter la quantité des richesses. Un accord international est impossible, cet accord ne serait pas durable. Il n'y a pas d'alliance politique et économique qui ait résisté à un demi-siècle. Supposez l'alliance faite entre les quatre Etats, mais à côté il y a le reste du monde. Le Mexique (exploitera ses mines ; il y aura une surproduction, une spéculation excessive des syndicats* Ce serait pour la France un marché de dupe. Revenant sur là comparaison de M. Cernuschi, la cage aux deux oiseaux précieux ne serait pas vide, mais au lieu d'un oiseau jaune et d'un oiseau blanc, il y aurait deux oiseaux blancs. Il n'y a pas de pénurie monétaire en France : ni l'or ni l'argent ne manquent ; si l'argent ne circule pas, c'est parce que le public n'en veut pas. Il vaudrait mieux demandera la France quelques centaines de millions que de lui faire signer la convention bimétallique internationale. Les Etats-Unis seuls y ont un intérêt considérable.
M. Levasseur repousse donc la proposition Cernuschi;
se rallie à la proposition de M. Coste de laisser à l'or le pouvoir libératoire complet et de limiter celui de l'argent, par exemple à 50 Ir. pour la monnaie divisionnaire, à 500 ou 1,000 fr. pour les pièces de 5fr.
M. Levasseur a fait une proposition qui a rempli les bimétallistes de joie : c'est de permettre la frappe illimitée de l'argent; mais il y a attaché une condition qui ne les a plus satisfaits du tout. 11 admet la frappe de l'argent, mais au cours du jour, c'est-à-dire que pour obtenir de la monnaie en écus de 5 fr., il faudra apporter 30 grammes en argent, ou bien apporter 25 grammes plus l'écart entre la valeur nominale de la pièce et la valeur marchande du métal. Il y aura un bénéfice pour l'Etat; il n'y aura pas de spéculation aux dépens du public et surtout il ne viendra pas d'argent se taire frapper.
M. AUard a été qualifié d'enthousiaste du pessimisme. 11 a présenté un tableau chargé des plus noires couleurs, montrant la décadence universelle, une crise effroyable sévissant sur le monde depuis 1873, une misère générale. Tous ceux qui ont parlé avant lui ont été des optimistes (1).
Le renchéi issement et la rareté de l'or sont des faits in-
(l) VEconomist anglais, dans son numéro du 5 octobre 1889, nous apporte un argument tangible contre M. Allard et ses alliés, qui soutiennent que nous sommes toujours en pleine crise économique. La comparaison des Index nwnber que la revue anglaise compile est instructive.
c'est une hausse de 4 1/2 0/0 contre 188S. Cependant dans l'intervalle, le cuivre, l'élain, le sucre ont baissé dans de fortes proportions, par suite de la déroute des syndicats qui avaient artiticiellement produit une hausse démesurée sur ces trois articles. Si la baisse du métal blanc a été la cause eiïicace de la dépréciation générale des marchandises, comment se fait-il qu'aujourd'hui que les prix ont haussé pour un si grand nombre de produits manufacturés et de matières premières, l'argent reste à peu près à son prix le plus bas?
déniables. A titre de preuve, il a cité le lait que Ton paie 30 0/0 de prime en Hussie, 2 0/0 en Italie : la grève de Londres elle-même serait due à la baisse du métal blanc.
M. Artimr Kairalovicli a répliqué que la baisse des prix est due à tout un ensemble de facteurs : ouverture du canal de Suez, progrès techniques, construction des chemins de fer. La démonétisation de l'argent y a une part, inais elle est loin de dominer la situation. Ouant à la prime sur Tor à Saint-Pétersbourg, elle est due à la dépréciation du papier -monnaie, à l'exagération de la circulation fiduciaire. Vouloir rétablir le 15 1/2, ce serait vouloir courir au-devant de perturbations extraordinaires, bouleverser les contrats. Il n'y a pas rareté d'or.
M. UaiTalovich a, en outre, attiré l'attention sur la situalion monétaire de l'Autriche. Il a surtout insisté sur le degré de {)arenté ([ui existe entre le bimétallisme et le protectionnisme qui naissent tous deux d'une conception exagérée du pouvoir et des attributions de l'Etat.
M. Lalande a résumé les raisons en faveur du bimétallisme et il a été appuyé par sir II. Meysey-ïhompson.
M. du Puynode dit que si les bimétallistes ont désiré connaître les objections de leurs adversaires, le Congrès jusqu'ici leur a donné pleine satisfaction. L'or et Targent sont des marchandises comme les autres [)roduils et il est impossible qu'un rapport constant soit établi entre les deux.
iM. Levasseur l'a établi et il Tallirme de nouveau. Le j^rincipe du bimétallisme c'est que la loi sulVit pour donner une valeur que n'ont pas les marchandises et que cette loi permet d'établir un rapport constant ou à peu près. Les faits ont démenti le bimétallisme; avant l'arrivée d'or de Californie, lorsque la frappe était libre, il fallait néanmoins payer une prime sur l'or. 11 n'y a jamais qu'une seule monnaie en circulation sous le régime du bimétallisme : c'est la monnaie dépréciée. Il faut choisir entre l'or et l'argent aujourd'hui; l'or présente plus que l'argent les conditions d'une bonne monnaie. Le public ne veut plus de
l'argent et celui-ci encombre les caves de la Banque, Les gouvernements n'ont pas obéi à un système scientilique, mais à la force des choses en limitant la frappe de l'argent . Un seul i^ouvernement a obéi à une loi scientifique, c'est l'Angleterre avec lord Liverpool, l'auteur de l'admirable traité sur les monnaies du rojaume. L'or présente les meilleures conditions monétaires. Les peuplesdécident,ilsdonnent absolument raison aux économistes qui datent de 18t(>.
M. du Puynode voudrait restreindre davantage la circulation métallique et amener ses compatriotes à se servir des instruments de crédit : billets de banque, chèques, etc.
M. Dana Horton, qui a représenté les Etats-Unis aux conférences internationales de 1878 et de 1881, a indiqué quelques critiques scientifiques et pratiques qu'il adresse aux orateurs qui se croient opposés à la réhabilitation de l'argent, à l'égalité des deux métaux devant la loi. Il a passé l'Océan il y a onze ans avec des propositions américaines pour sortir des diilicultés monétaires : ce La différence entre le i)rincipe nouveau et le principe ancien, a-t-il dit, c'est qu'à notre avis l'union monétaire doit avoir son influence su?" le matériel, non sur la forme ». S'il a un grief, c'est que les monométallistes ne lui ont pas encore fait l'honneur de le comprendre à fond et c'est pour cela qu'ils sont ses adversaires. Sur le terrain pratique, il demande qu'on lui donie les raisons pour lesquelles l'Angleterre ne consentirait pas à l'union monétaire avec la France. Pourquoi, s'il est bon que Paris ait le pair du change avec Marseille et Lyon, il n'est pas bon qu'il l'ait avec Calcutta, New- York et Buénos-Ayres?
M. Horion s'est livré à toutes sortes de considérations, relativement à la façon dont les idées sur l'étalon unique d'or sont nées (1). Lock, Hume et Newton étaient des bi-
(1) Voir les ouvrages de M. Dana Horton et notamment la Monnaie et la Loi, publié chez Guillaumin et The Silver Pound.
lïiétallistes. Si l'Angleterre a adopté l'or, elle n'a pas, d'autre part, mis en vigueur les lois pour la frappe libre de l'argent. L'opposition française professorale ne vaut pas grand'chose. M. Levasseur lui-même s'est rallié à la liberté de la frappe (oui, mais avec quelles réserves!). La question pratique pour l'assemblée est de savoir si la démonétisation de l'argent a été une faute dans le passé; il s'agit alors d'empêcher la démonétisation dans l'avenir.
M. Emile de Laveleye, professeur d'économie politique à Liège, s'est déclaré économiste et bimétalliste (mais à nos yeux l'honorable professeur est singulièrement entaché de socialisme). Sous le drapeau du bimétallisme on trouve rangés beaucoup de professeurs anglais, américains. En Allemagne, l'opinion publique est divisée : Wagner et Schœffle sont partisans du double étalon. A la loi de Gresham, qui n'agit pas dans l'intérieur du pays et qui n'opère que dans les paiements vis-à-vis de l étranger, il oppose la loi monétaire de Newton qui sert aujourd'hui de loi bimétallique, cl savoir si Tor était diminué de valeur chez nous de façon que ce métal eût le même rapport avec l'argent que dans le reste de l'Europe, il n'y aurait plus aucune tentation d'exporter de l'argent plutôt que de l'or vers les autres Etats. Supposez donc le bimétallisme international établi; à partir de ce moment il n'y a plus de raison d'exporter tel ou tel métal. La loi de Gresham ne fonctionne plus. Si on arrive à englober toutes les nations, le danger disparait, relTet de la loi bimétallique sera de créer un débouché et un débouché illimité La valeur actuelle de l'argent est due à la fermeture des hôtels monétaires. Le jour où le Bland bill sera suspendu, l'argent tombera encore. L'emploi simultané des deux métaux fournira la plus grande stabilité. Michel Chevalier, à la suite de l'arrivée de Tor de la Californie, a demandé la démonétisation de l'or. S'il devait choisir entre les deux métaux, M. de Laveleye préférerait l'argent.
Le public n'aime pas, dit-on, à recevoir de l'argent,
mais on aurait les assignats métalliques, les silver certificates. La rareté de Tor existe en fait, non pas en France peut-être, mais est- ce que l'Angleterre n'est pas obligée de donner souvent des coups de pompe, de faire hausser l'escompte ? Tout le sud de l'Amérique, l'Autriche, la Russie, sont au régime du papier-monnaie. Limiter la puissance libératoire de l'argent, c'est faire tort aux débiteurs C'est un acte contraire à l'équité. La démonétisation de l'argent a été une mesure révolutionnaire, attendu que depuis l'antiquité on s'est toujours servi des deux monnaies à la fois. La rareté de l'or soutient et aggrave le mouvement protectionniste ; elle pèse sur les salaires.
M. Frédéric Passy, qui a obtenu un de ses plus grands triomphes oratoires, s'est proclamé un de ces économistes incorrigibles, qu'on a combattus avec tant de vigueur et d'érudition, un de ces économistes monomélallistes qui sont simplement des adversaires du double étalon, c'est-àdire d'un rapport obligatoire entre l'or et l'argent. 11 n'existe pas de monométallisle absolu. Tout le monde admet l'usage de deux ou trois métaux, mais nous ne croyons pas qu'il soit au pouvoir d'un gouvernement ni dans son droit de maintenir entre des marchandises variables et dans des proportions difficiles à déterminer un rapport constant.
M. Lalande a dit que le rapport de 15 1/2 paraissait être dans la nature des choses, c'est comme si on disait qu'un taux de 5 0/0 est un taux naturel.
En réalité, nous avons en France un régime arbitraire, provisoire, forcé, auquel nous devons en grande partie ces dangers et ces souffrances qu on attribue à la démonétisation de l'argent. Gandin, l'auteur de noire régime monétaire, était d'avis qu'il faudrait modifier, le cas échéant, la proportion de 15 1/2 à 1 ; malheureusement, le législateur ne s'est pas souvenu de l'invitation de changer la loi lorsque le rapport changerait.
L'une des raisons pour lesquelles l'argent est déprécié,
r ( '.-.i (jih; la quajiliU' iiioiuHîiirc surabonde. Nous ne voulons plus d'argent parce qu'il gene et que les gros sous tentent les voleurs. Les sacs d'argent dorment à la Banque parce que, pour les en faire sortir, il faudrait eu ouvrir la porte plus grandement, parce que vous tenez au 15 1/2 et que le commerce dit 22 1/2. C'est parce que vous avez voulu vous opposer artidciellcment aux mouvements créant les rapports, que vous avez créé une digue, que vous n'avez pas permis à l'argent de s'en aller avec une petite perle, que vous êtes dans Tembarras. Vous avez voulu faire la loi contre la nature des choses. L'or et l'argent sont des marchandises que nous sommes obligés d'acheter au prix d'autres marchandises procurées par le travail. En cherchant à faire entrer de force l'étalon d'argent en circulation, c'est un retour aux vieux engins, aux pataches, à la chandelle. Ualea est inhérent à toutes les opérations commerciales. Quant à ceux qui veulent avantager le débiteur et le créancier, on oublie souvent que le créancier peut représenter l'enfant qui n'a pas mangé son gâteau, le législateur ne peut se ftiire juge du mérite de l'un ou de l'autre. Demandons le statu quo. Les deux métaux en présence, un libre débat dira quelle est leur valeur. Si l'argent ne peut pas franchir la frontière, c'est que vous lavez maintenu à un taux pas naturel. A 22, vous le verrez sortir au cours du jour, vous l'échangerez contre de l'or tant que vous voudrez. Le 15 1/2, c'est la protection s 'étendant de plus en plus, c'est une duperie, c'est surtout cette idée, éminemment dangereuse et impolitique, de la toute-puissance de l'Etat
M. F. Passy a prolesté au nom de la science contre ceux qui méconnaissent l'existence des lois naturelles, dans une magnifique péroraison qui lui a valu une ovation.
Le professeur Foxwell, que nous avons eu le plaisir de traduire au Congrès, nous a dit que le mouvement bimélalliste était fortement organisé en Angleterre. Il a énuméré une série de professeurs qui en enseignent les doc-
Irincs dans les chaires universitaires (1). C.ela lui a déjà valu une prolcstation motivée de M. Tliorold-Rogers, qui ne voulait pas être assimilé à ces partisans du double étalon.
Au xvin^ siècle, on pratiquait une espèce particulière de bimélallisme national, agressif, qui visait à soutirer l'or et l'argent à ses voisins. Cet élat de choses a été changé par la Révolution française, dont les hommes ont eu en vue le bien de l'humanité, bien plus que celui de la France.
Plus les monométallistes avaient exalté lord Liverpool, plus M. Foxwell s'est attaché à le dénigrer. La fameuse lettre au roi, sur les monnaies du royaume, serait l'œuvre d'un numismate et lord Liverpool n'aurait écrit que quelques passages relatifs à la législation. Depuis 1870, la science économique anglaise est sous l'innuence de Jevons qui, s'il avait vécu, aurait été, paraît-il, avec les biniétallistes. En Angleterre, c'est Manchester le berceau du free-lrade, qui est aujourd'hui le berceau du bimétallisme. Une bonne monnaie guérira les maux d'une mauvaise monnaie. M. Foxwell trouve que nous prenons trop légèrement la baisse des prix; il y voit un danger social qui atteint le contentement des classes; il préfère la hausse, non pour avantager une classe, mais parce que la hausse est pour le bien de toutes les classes, qu'elle stimule le commerce. Les Anglais veulent la stabilité des prix. Par la réhabilitation de Targent^ ils espèrent ramener la hausse des salaires. M. Foxwell ne se propose pas de faire porter davantage d'argent dans les porte-monnaie du public, mais l'argent pourrait servir de base à un papier de banque.
M. Foxwell ne reconnaît pas les idées de M. Passy sur
(1) Il y aurait bien des réserves à faire sur la prétention des bimétallisles d'avoir pour eux les esprits les plus distingués parmi les professeurs. Aux Etats-Unis, Giahain Sumner est monométaliiste. Nous recommandons a leur attention le volume de M. Miaskowski, Atjrarpulilische Zeitfraqen^ 18H9.
les lois naturelles. Est-il naturel de restreindre la frappe d'un des grands métaux? M. Passy croit sans doute que violer les lois naturelles, c'est violer le laissez-faire.
M. 0. ïlaupt a voulu présenter quelques observations fort intéressantes sur la statistique monétaire. Il est d'avis qu'on n'a pas vu la limite de la baisse de l'argent (1). La Hounianie va encore démonétiser 30 millions de francs. En France, tous les canaux sont saturés d'or; il y a 1,300 millions à la Banque, 2,800 millions dans le pays, 3,400 millions en argent, dont 550 millions en monnaie étrangère, sur lesquels 275 millions devront être remboursés en or. Ce que Ton a dit de la rareté de l'or est absolument faux; en 1871, l'Allemagne avait 110 millions de francs en or, en 1889, elle en possède 3,000 millions. Les Etats-Unis ont 901) millions d or en 1875. 3 milliards 1/2 en 1888; l'Italie a ac(iuis, en 1882, 400 millions. Le stock d'or des grandes banques s'est accru d'un demi-milliard en trois ans. M. Haupt rétablit le sens exact d'une phrase de M. Sœtbeer que les bimétallistes s'eiforcent de représenter comme un des leurs.
M. Fielden est venu donner quelques renseignements sur la situation du bimétallisme au point de vue des ouvriers.
(l) Les frais de production ont été précisés par M. Austen, chimiste et essayeur de la Monnaie de Londres, comme suit :
Coût par once d'argent.
]{efining of native gold 0 sh. 2 1/2 pence.
Desilverisation of lead, of copper. . 1 11 ïreatineiit of silver ores I 5
Averageon 88,35 i, 000 oz practised
upon 1 sh. 8 pence.
M. Kimball, of Philadelphia, a trouvé que l'average working cost of producing one ounce of refined silver (coût moyen de la production d'une once d'argent fin), se présente ainsi :
dont les chefs seraient acquis aune doctrine qui leur promet l'amélioration de leur condition.
rVous ferons remarquer à notru lour que les ouvriers, esprits simples, seront toujours séduits par les formules simples; qu'ils croient sur parole ceux qui se diront en possession d'une panacée quasi universelle.
M. Koch (Allemagne) adhère depuis treize ans aux vues monétaires de M. Cernuschi et s'efforce de les propager; ces vues n'ont pas été réfutées, parce qu'elles sont irréfulables.
M. Juglar a prononcé un magistral discours dans lequel il a fait la théorie du change et l'historique des crises. 11 a rappelé que, dès 1869, il demandait la démonétisation de l'argent. Ces observations présentées avec l'autorité de notre confrère, ont fait une grande impression.
M. Dreidcl a dit que la France devait dénoncer la convention de l'Union latine, recommencer la frappe pour son compte ; l'Angleterre adopter le nouvel étalon, frapper pour 200 millions d'argent ; les Etats-Unis retirer leurs greenbacks. Il n'y a pas trop de numéraire en France surtout dans l'état d'incertitude politique où nous nous trouvons.
Après uae lecture de M. Mannequin, il restait encore quatre orateurs inscrits, mais Tauditoire était saturé. M. Magnin, cédant au vœu général, a prononcé la clôture du Congrès, non pas celle de la discussion. M. Moret s'est fait l'interprète des membres du Congrès en remerciant le gouverneur de la Banque d'avoir si bien dirigé les débats.
Arizona Dollar. 0.832
California — 0.51
Colorado — 0.602
Montana — 0.433
Utah — O.m
La moyenne sur 17,655,000 onces, dans 155 mines, est de dioUar 0.511, soit 2 sh. 1 p. par once d'argent fin. « J'ai donc raison, m'écrit M. llaupt, do répondre que, d(^ ce chef, la baisse n'a pas dit son dernier mot.
M. Cernuschi a envoyé un chèque de 10,000 IV. à M. Magnin, pour servir de prix dans un concours dont voici les conditions :
« Un prix dr lo,O00 IV. sera décerné à l'auteur du meilleur mémoire sur la (luestion de savoir comment se comporterait dans le présent et dans l'avenir la valeur réciproque du métal argent et du métal or, si le système monétaire ci-après était simultanément introduit et pratiqué en Angleterre, en Allemagne, aux Etats-Unis et en France.
» Monnayage libre et gratuit pour le public.
» 2« Unité monétaire bimétallique le juste.
» Le just3 en argent au poids et à la finesse de la pièce de 5 fr. Le juste en or au poids et à la finesse d'un dollar d'or des Etats-Unis.
» Les manuscrits devront être déposés sous pli cacheté, soit à la Banque de France, soit à la Banque d'Angleterre, avant le 1^^ mai 18î)0, pour ensuite être transmis au très honorable M. Goschen, chancelier de rEchi(;L/if r, juge de ce concours. » (1)
La ligue bimétallique anglaise donne un prix de 2,500 fr. au mémoire classé second.
Si Ton nons demande notre appréciation, nous croyons que le concert des bimétallistes a échoué (2). Les monométal-
(1) M. Goschen a décliné rolïre qui lui était faite; la réi)onse qu'il a adressée à M. Cernuschi est des plus flatteuses pour celui-ci.
(2) M. Georges do Laseleyc, (jui est un bimélalliste convaincu et dont le journal, /e Moniteur des Intérêts matériels, a toujours soutenu la possibilité du bimétallisme universel ainsi que les avantages d'une entente internationale, déclare (numéro du (> octobre) que le 15 1/2 est une utopie. « Le 15 1/2 universel consiste à réhabiliter l'argent en 1.^ remettant exactement dans la situation qui lui (Hait faite lorsque tous les hôtels des monnaies de l'Union latine étaient ouverts à la frappe libre des deux métaux. Il n'y aurait que cette seule différence que les liolels des Monnaies de l'An-
listes étrangers se sont abstenus. Les monométallistes français ont livré la bataille et ils ont remporté la victoire. Cela n'empêchera pas les bimétallistes qui représentent une coalition d'intéréls très respectables, celle des banquiers et arbitragistes, des agriculteurs, des manufacturiers de Manchester et des socialistes de la chaire, de continuer leur agitation .
gleterre, de TAllemagne et des Etats-Unis seraient également dans les mêmes conditions ouverts à la frappe libre de l'argent. C'est le rcve de M, Cernuschi, Tapôtre, de M. Grenfell, de M. Uana Horton et de tous les bimétallistes intransigeants. Ceux-là plaident l'absolu et tiennent au rapport de 15 1/2 par ce seul motif que ce rapport a existé. Us oublient une chose, c'est que le jour où l'on a fermé les hôtels des monnaies de l'Union à la frappe sans limite de l'argent, on a implicitement, mais virtuellement, renoncé A ce rapport de i à J5 1/2 qui donnait à l'argent une valeur conventionnelle et contractuelle de 60 3/4 pence l'once. Dès que l'argent n'a plus pu être monnayé, on a laissé se créer une valeur-marchandise de l'argent et celle-ci a été en s'abaissant toujours. L'ancien rapport 15 i /2 est devenu 20 et 22. Un fait nouveau s'est produit du consentement de l'Union : l'or et l'argent ont pris une valeur relative nouvelle, et dès cet instant, le 15 1/2 est devenu un fait historique. »
lMl»i;l.MKUlK CllAlX, ULE BERGKRE, 20, PaHIS. — 220o'i-i0'9.