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animait. Quand les libertés des Pays-Bas eurent été menacées par Philippe II, les plus illustres de ses adversaires, Guillaume d'Orange, le comte d'Ëgmont et le comte de Hornes unirent leurs efforts pour lui arracher l'autorisation d'assembler les États, sûrs qu'ils y trouveraient un appui sympathique.
Depuis 1632, il y eut, dans la convocation des états généraux, une interruption d'un siècle environ ; elle coïncide avec l'interruption de cent et soixante-quinze ans (de 1614 à 1789) que l'on remarque dans les annales des états généraux de la monarchie française. Ce fut dans cette période que la royauté parvint en France au sommet de l'absolutisme et prétendit résumer l'État tout entier; ce fut dans cette période aussi que son ambition s'accrut sous Louis XIY et qu'elle couvrit de ruines les provinces belges dont elle poursuivit avec obstination la conquête.
En 1723, les états généraux des Pays-Bas autrichiens furent assemblés, mais uniquement pour qu'ils acceptassent la pragmatique sanction de l'empereur Charles VI; en 1787, après une nouvelle Interruption de soixante années, ils furent de nouveau réunis pour qu'ils désignassent les députés qui avaient été mandés à Vienne par l'empereur Joseph II. Enfin, le 7 janvier 1790, sept mois après l'ouverture des états générq^ux de France, les députés des provinces belges
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se réunirent spontanément à Bruxelles pour proclamer l'indépendance du pays et diriger la révolution qui venait d'éclater contre rAutriche.
Aucune des assemblées dont nous venons de rappeler le souvenir n'égala le Congrès qui reconstitua définitivement la nationalité belge.
Le Congrès de 1830 mérite d'occuper dans la mémoire des hommes une place auprès de la convention de 1688 qui raffermit et étendit les libertés constitutionnelles de la Grande-Bretagne; auprès du sage congrès de Philadelphie de 1774 qui fonda la puissante république des Etats-Unis de l'Amérique du Nord; même auprès de la noble assemblée constituante de 1789 qui posa les bases de la société moderne.
Pour être moins vaste, fut-elle moins utile l'œuvre accomplie par l'assemblée constituante de la Belgique 7
Le Congrès belge fît jaillir en 1830 une lumière vivifiante sur le continent en prouvant que le principe héréditaire d'autorité n'est nullement inconciliable avec le principe démocratique.
La nationalité belge a surgi radieuse des débris du royaume des Pays-Bas comme l'aurore d'une ère nouvelle, ère de paix, ère de liberté. L'influence heureuse exercée sûr le monde par la révolution de septembre est incontestable.
La monarchie représentative, issue de cette révolu-
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tion, fut bientôt considérée par les autres peuples comme le meilleur type des États constitutionnels, comme le but vers lequel devaient tendre leurs efforts.
Tandis que la Constitution belge resplendissait comme un fanal, la neutralité belge venait rassurer l'Europe toujours inquiète. Cette autre conquête de la civilisation rendit moins vive, moins dangereuse pour le monde, la rivalité séculaire des grandes puissances ; elle extirpa le germe des guerres les plus terribles des trois derniers siècles ; elle rapprocha les nations qui se disputaient, autrefois, dans nos plaines trop souvent ensanglantées, la suprématie sur l'Occident ; elle rendit stérile le rêve insensé et désastreux de la monarchie universelle. « Tonte la terre sait, disait le dernier roi des Français, que l'indépendance et la neutralité de la Belgique sont pour nous des sine quâ non. »
Les Valois, Mazarin, Louis XIV, la Convention, Napoléon I*"", avaient tour à tour menacé l'indépendance de l'Allemagne. Leur politique était ou résumée ou amplifiée dans ce vieil adage : « Rhenus non limes Gallis sed modo Danubius. » Cette question de la rive gauche du Rhin, cette question autrefois fatale pour la paix du monde, elle fut également résolue, dans de justes conditions d équilibre, quand l'Europe eut garanti l'indépendance et la neutralité de la Belgique.
La Belgique, vivant de sa propre vie, eut une
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grande mission à remplir : il lui était réservé de maintenir la paix européenne, dont son indépendance était devenue la condition indispensable. Le pays ne faillit pas à ses destinées. Depuis cinquante ans, aucun peuple peut-être ne s'est montré plus fier et plus jaloux de sa nationalité, ni plus disposé à supporter les plus grands sacrifices pour la protéger et la défendre envers et contre tous.
En 1830, la Belgique, comme nous lavons dit, abandonna lornière des gouvernements anciens et marcha hardiment dans une voie nouvelle. Le Congrès constituant ne craignit pas d'asseoir la monarchie sur les bases les plus démocratiques ; il proclama solennellement, il inscrivit dans la loi fondamentale, il introduisit dans le corps politique , pour le rajeunir et le vivifier, des innovations que les autres peuples du continent entrevoyaient à peine dans l'avenir. De là vient, dans toutes les grandes crises, la force réelle de la nation, force invincible, car l'instinct des masses, comme la raison de l'élite des citoyens, comprend que, après une conquête si grande et si inespérée , la carrière des révolutions doit être close en Belgique; qu'il y aurait de la démence à risquer une position si heureuse; que toute l'énergie, toutes les ressources, tous les efforts du pays doivent être appliqués à l'afifermissement de la nationalité.