‹ Le Congrès national de Belgique, 1830-1831Chapitre 205 sur 329 · TOME U · texte numérisé non relu

TOME U

iSO DÉPUTATION OFFICIEQSE

départ des commissaires envoyés à Londres. La candidature du prince de Saxe-Cobourg gagna chaque jour des partisans. La province de Liège, où la réunion à la France était désirée naguère par beaucoup d'industriels, se rattacha bientôt au nouveau candidat ; Verviers même, qui s'était prononcé avec le plus d'énergie en faveur de la France, se déclara ouvertement pour l'élection projetée ; Anvers, naguère si complètement orangiste, adhérait également à une combinaison qui devait affermir Tordre en Belgique en même temps que la paix de l'Europe.

Cependant il y avait encore de grands obstacles à surmonter, des intrigues puissantes à combattre. V Émancipation de Bruxelles, ÏIndustrie de Li^, journaux rédigés par des Français républicains, travaillaient à faire échouer une négociation dont le snccès devait donner le coup de grâce au parti qui, s'appuyant sur les chefs du mouvement en France, aurait voulu la république comme acheminement vers la réunion. Le gouvernement belge ne doutait point des sentiments sympathiques de Louis-Philippe et de Casimir Périer. Il savait que le premier ministre de France avait déclaré que l'envoi de la députatioû à Londres lui causait une vive satisfaction et qu'il fallait en finir vite dans ce sens. Mais le cabinet belge avait plusieurs raisons pour se méfier du prince de Talleyrand, car il ne pouvait douter que c'était par son influence que la France avait adhéré au protocole du 20 janvier. Quoi qu'il en soit, le gouvernement français ne pouvait, dans son intérêt même, entraver la

DËPDTATION OPHOEUSE 4Sf

combinaison à laquelle le ministère belge s'était arrêté. Afficher des idées de conquête ou pousser les Belges au désespoir, c'eAt été de la part de la France une grave imprudence ; car elle pouvait ou provoquer une guerre générale ou faire surgir la république dans les provinces belges, deux éventualités également menaçantes pour le trône de Louis-Philippe. Les fantômes de la guerre et de la république devaient donc paralyser les efforts du prince de Talleyrand, en les supposant hostiles. Quant au ministère présidé par Casimir Périer, il voulait, disait-il, rester neutre en ce qui concernait le choix du souverain de la Belgique et laisser cette élection parfaitement libre et indépendante pour autant que Ton ne portât pas les yeux sur un membre de la famille Bonaparte (1).

La mission confiée par M. Lebeau à quatre membres du Congrès était une mission vraiment patriotique.

(i) Citons deux extraits des dépêches de M. le comte Séhastiani aa géoéral Belliard. « — 95 avril 1831. La France ne prendra aucune part » active au choix du prince qui doit régner en Belgique. Une liberté » entière doit être laissée au Congrès pour ce choix qui ne saurait être » trop indépendant. Entre leà deux candidats qui paraissent avoir le » plus de chances, le prince de Naples et le prince de Saxe-Cobourg, » la France vent demeurer complètement neutre, et elle est prête h » reconnaître celui qui sera élu...» — «9 mai 1831. Vous avez très » bien fait de garder le silence sur la question du prince de Naples, » puisqu'on ne vous en a rien dit. Vous devez garder la même réserve » au sujet du prince de Saxe-Cobourg, qui paraît, au surplus, d'après » ce que vous me mandez et ce que me disent tous les Belges qui sont » à Paris, réunir beaucoup de chances en sa faveur ; en un mot, vous 1» ne chercherez à influer en rien sur la nomination du candidat qui » peut convenir aux Belges. Nous voulons leur laisser, à cet égard, » non seulement la plus complète indépendance, mais encore l'initiative

15V DÉPUTATION OITIGIEUSE

Si les députés réussissaient, ils assuraient le maintien de l'ordre en Belgique, ils affermissaient son indépendance et sa libérale Constitution, ils consolidaient la paix européenne.

» du choix. Quant aux diapoailiuna qui, comme on voua Ta dit, com- » menceraient k se manifester en fautur du due de Seichtiadl, c'est no » incident sur lequel je ne crois pas devoir m*arréter. Il est trop évident » que ni la France» ni l'Europe ne pourraient reconnatlre un pareil « choix» et d'ailleurs, Tidée de cette élection ne serait probablement, p si elle existe, qu'une de ces inspirations passagères et sans consis- » tance qui prouvent seulement la mobilité de quelques esprits. »

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