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n'hésita point à prendre l'initiative d'une mesure qui pouvait blesser le cabinet britannique. Après avoir exposé au régent que le séjour de M. le comte d'Arschot à Londres, comme envoyé du chef provisoire de rÉtat, ne pourrait se prolonger sans humiliation pour la Belgique, M. Lebeau proposa de le rappeler sans retard et, laissant interrompues les relations ofBciellqs avec le cabinet britannique, de désigner quelques membres du Congrès que le ministre des affaires étrangères chargerait, en son nom, d'une mission officieuse auprès du prince Léopold de Saxe-Cobourg. Ce projet ayant reçu l'assentiment du régent et du conseil, M. Lebeau choisit, pour remplir la mission officieuse dont nous venons de parler, M. le comte Félix de Mérode, M. l'abbé Defoere, M. Henri de Brouckere et M. Hippolyte Vilain XIIII, tous membres du Congrès.
La désignation des deux premiers commissaires avait une grande signification. En général, on croyait à l'étranger la révolution belge beaucoup plus religieuse que politique ; grâce surtout à la presse orangiste, qui avait dans tous les États de l'Europe un accès interdit aux organes du parti national, l'opinion publique était complètement égarée sur le caractère des événements qui venaient de s'accomplir en Belgique. En France même, où les journaux belges pénétraient, on était dans la plus grande ignorance des causes et de la portée de la révolution de septembre. Ce fut donc avec une extrême surprise que l'on apprit au dehors que l'un des chefs de la
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noblesse catholique belge et qu'un membre même du clergé, connu par son opposition au gouyemement déchu, consentaient à se rendre auprès d'un prince luthérien avec la mission de l'engager à accepter la couronne de Belgique. C'était un témoignage éclatant de l'union qui avait servi de fondement à la nationalité belge ; c'était une solennelle profession des grands principes qui venaient d'être inscrits dans la loi fondamentale du nouvel État. Aussi cette mission mit-elle fin à beaucoup de calomnies et redressa-t-elle l'opinion de l'étranger si indignement égarée. Il fallut bien désormais se rendre à l'évidence (1).
La négociation confiée par M. Lebeau à quatre de ses coliques du Congrès devait être entamée au nom du ministre des affaires étrangères, qui en assumait la responsabilité, et non sous celui du régent. Toutes
(i) Nous ne voulons pas dire cependant qu'il n'y eut point quelques dissidents parnni les catholiques. Cest ainsi que M. le comte de Robiano de Borsbeek combattit, dans une lettre adressée aux journaux, la candidature du prince Léopold de Saxe-Cobourg, parce qu'il était protestant. Mais le comte F. de Mérode protesta immédiatement, au nom de la majorité de ses coreligionnaires, par une lettre adressée de Londres, le 3 mai 4831, aux rédacteurs du Courrier des Pays-Bas. Au reste, Torgane alors le plus influent des catholiques, le Courrier de la Meuse déclara en des termes non équivoques « que la question de la religion du prince, dans l'état actuel des choses et de la société en Belgique, n'était pour lui, comme pour tout le monde, qu'une question d'une importance secondaire...» De son côté, l'internonce Cappaciui, pressenti par lord Palmerston, avait répondu qu'il ne considérait pas comme indispensable le choix d'un prince catholique et qu'un protestant libéral se croirait peut-être forcé d'ôtre plus indulgent à l'égard du culte do la majorité; qu'en conséquence le protestantisme du souverain pourrait n'ôtro pas désavantageux aux institutions religieuses du pays.
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relations oflScielles Tenaient de cesser avec le cabinet britannique; M. le comte d'Ârschot avait été invité par son gouvernement à quitter Londres le 17 avril. Les commissaires, envoyés par M. Lebeau, ne furent pas accrédités auprès du cabinet de Saint-James ; leur mission spéciale et exclusive fut de pressentir les dispositions du prince Léopold de Saxe-Coboui^ pour le cas où le suffrage libre du Congrès l'appellerait au trône de la Belgique, et de l'éclairer sur la situation intérieure et les relations extérieures du pays. Cette démarche était parfaitement motivée par les déceptions dont le souvenir était si pénible. En effet, de quel mécompte éclatant n'eût-on j>as préservé le Congrès, si, au lieu de laisser procéder à l'élection du duc de Nemours, au lieu de laisser envoyer à Paris le président et dix membres de l'assemblée belge en députation solennelle, on eût, par le moyen d'une mission officieuse et préalable, substitué à des renseignements erronés des notions certaines et précises sur les dispositions du roi des Français? Mais ce n'était pas tout que de s'assurer des dispositions du prince Léopold ; il fallait déterminer les conditions de son acceptation. Ministre du régent, M. Lebeau ne devait connaître d'autre Belgique que celle du Congrès. Aussi, comme il le décl€œa plus tard, s'il avait cru un moment que le prince de Saxe-Cobourg ne pût être élu roi des Belges qu'avec l'acceptation pure et simple du protocole du 20 janvier, s'il avait cru qu'il y eût incompatibilité entre ce prince et le maintien des
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droits de la nation, il aurait abandonné cette combi* naison(l). Toutefois, il ne fallait pas se dissimuler que depuis l'acceptation de la suspension d'armes par le gouvernement provisoire, le pays était entré dans la voie de la diplomatie. Même après la protestation solennelle adoptée par le Congrès le i^ février contre l'arbitrage tyrannique de la conférence, la carrière des négociations était restée ouverte. Pour en sortir, il fallait ou reprendre les hostilités, ou bien essayer d'une combinaison qui pût engager les puissances à revenir sur le protocole du 20 janvier. C'est sous ce point de vue que M. Lebeau avait considéré la candidature du prince Léopold ; c'était en quelque sorte un gage de réconciliation, un gage de paix offert à l'Europe. Il avait pensé que l'élection de ce prince €issurerait l'exécution prompte et paisible de la Consti-
(1) Dans le rapport qu'il lut au Coogrôs, le 18 mai, M. Lebeau fit connatlre avec franchise et loyauté les vues qui avaient présidé à cette négociation ; et il montra en même temps le néant des imputations que SCS adversaires avaient dirigées contre lui. On Taccusait notamment d*avoir, le il avril, quelques jours avant le départ des commissaires pour Londres, soutenu, dans un conseil de ministres tenu sous la présidence du régent, qu*il y avait lieu de proposer au Congrès de modifier la Constitution, surtout dans les dispositions relatives au serment du roi et à retendue territoriale de la Belgique. « Ce fait est faux (lisons- » nous dans le rapport du 18 mai), et j'en appelle à tous mes collègues » du ministère. Et comment croire que moi, agent responsable, obligé » de paraître tôt ou tard devant cette assemblée, je me mettrais, pen- » dant votre courte absence d'un mois, en opposition avec votre volonté n souveraine? Est-ce de vous ou de la conférence de Londres que je » suis justiciable ? Est-ce votre suffrage ou celui des diplomates étran- » gers qu'il me faut rechercher? Ce qu'on m'a imputé n'est pas seule- M ment une mauvaise action, mais encore une absurdité. »
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tution ; que ce prince apporterait en dot à la Belgique la solution de toutes les difficultés politiques, et pour* rait clore la révolution d une manière qui fût dig;ne de la Belgique et qui ne fût plus hostile à l'Europe. Il avait pensé aussi que, tout en restant invariable sur les principes de l'intégrité territoriale, on pourrait, sans manquer à l'honneur, faire quelques sacrifices à la paix, non en cédant une portion même minime du territoire, mais en accordant des indemnités. Il ne fit à cet égard aucune proposition, aucune offre : il n'en avait pas le droit ; il énonça une simple opinion, sauf à s'en référer à la représentation nationale, arbitre suprême en cette matière.
En résumé, M. Lebeau chargea une députation officieuse non seulement de pressentir les intentions du prince Léopold, mais aussi de lui représenter de quelle importance il était pour la popularité du futur souverain que son avènement ne fût subordonné à aucun sacrifice territorial. 11 fit comprendre aux com« missaires avec quelle insistance ils devaient revenir sur cette condition, qui n'était pas dictée par un simple intérêt matériel, mais qui se rattachait à des sentiments d'humanité et de sympathie pour des populations que les événements de 1830 avaient asso* ciées au sort commun de la Belgique. 11 ajouta que le pays attachait à l'intégrité du territoire plus que de l'importance politique, qu'il y attachait l'idée d'un grand devoir et un sentiment d'honneur.
Ce fut avec une véritable satisfaction que les Belges^ attachés à la nationalité de leur patrie, apprirent le