‹ Le Congrès national de Belgique, 1830-1831Chapitre 207 sur 329 · IS4 PREMIÈRE ENTREVUE AVEC LE PRINCE LÊOPOLD · texte numérisé non relu

IS4 PREMIÈRE ENTREVUE AVEC LE PRINCE LÊOPOLD

le danger, et envisager d'un œil calme les chances de l'avenir.

Arrivés à Londres le jour même de la dissolution du parlement, les députés belges furent reçus pour la première fois, le 22 avril, à Marlborough-House, par le prince Léopold après avoir eu un entretien préliminaire avec le baron Stoc*.kmar, secrétaire et conseiller intime (1). Us trouvèrent le prince parfaitement instruit de la situation des affaires en Belgique, des ressources du pays, des besoins de son commerce et de son industrie, enfin du caractère du peuple belge. Le prince répondit aux députés que le message dont ils étaient chargés le flattait infiniment, et d'autant plus qu'ils appartenaient à une nation connue par ses sentiments de loyauté et de franchise, d'une nation qui surpassait la plupart des peuples en civilisation. « Je vois » surtout avec plaisir, » dit-il en s'adressant particulièrement à M. l'abbé Defoere, « que la Belgique est » profondément religieuse ; une nation qui est atta- » chée à sa religion est ordinairement morale, et il M est bien plus facile de la gouverner. » Il aborde ensuite, avec une haute franchise, une question délicate. Il demande aux députés si, dans le cas où Ton jugerait convenable de faire quelque changement à la Constitution, cette proposition rencontrerait des obstacles, a Ce n'est pas, i> se hàte-t-il de déclarer, « que

(4) Christian-Frédéric Siockmar, né à Cobourg, le Î2 août. 1787, ei mort le 8 juillet 1863 dans sa ville natale, où il s'était retiré, après avoir été successivement conseiller du roi Léopold et de la reioe Victoria. 11 a rendu à la Belgique des services éminents.

PR£BfIftRE ENTREVUE iVEG LE PRINCE LÈÙPOLD i»

» j'en désirerais dans Vintérét du pouvoir^ mais le » pouvoir doit avoir pour but unique l'intérêt du pays, > et c'est dans ce but aussi qu'il pourrait désirer uji » changement. » Les députés répondirent qu'il serait peut-être imprudent d'en proposer en ce moment; mais que la Constitution avait prévu le cas dont le prince parlait et indiqué la marche à suivre. Le prince, sentant la justesse de cette observation, dit qu'il trouvait aussi que c'était à l'expérience et à l'expérience seule à indiquer les changements désirables ; et il ajouta que s'il avait touché ce point, c'est qu'il voulait agir envers les députés avec une entière frandiise et qu'il désirait que cette franchise fût réciproque (1).

Toutefois la position difficile des deux parties se dessina dès cette première entrevue. Le ministère belge, qu'on ne l'oublie point, voulait défendre l'intégrité du territoire ; il voulait, en outre, et dans toute hypothèse, que l'élection du roi fût le début et non le terme des arrangements à conclure avec l'Europe. Les députés envoyés à Londres ne venaient pas prendre le mot d'ordre du ministère anglais ni se soumettre aux exigences de la conférence ; ils venaient uniquement, au nom de la Belgique indépendante, pressentir les intentions du prince de Saxe-Cobourg pour le

(i) Le prince, ayant demandé à Slockmar son avis sur la Constitution belge, reçut pour réponse que certainement le pouvoir du roi y était fort limité, mais qu*il était possible cependant et convenable de (aire un loyal essai. Voir DeuUchtn lahrbuchem fltr PoUtik tmd lÀUratur, t. VIII, p. 315.

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cas OÙ le Congrès belge rappellerait au trône. Mais le prince, connaissant la décision irrévocable des puissances, répugnait à venir dans la Belgique comme un messager de malheur. « Pour que mon élection soit » possible et qu'elle soit utile à votre cause, » disait* il avec raison, « il faut qu elle emporte la solu- » tion de vos diJQBcultés territoriales et financières; » il faut que la Belgique et son roi puissent être » reconnus par l'Europe. Je ne saurais accepter la » souveraineté d'un État dont le territoire est con- » testé par toutes les puissances ; ce serait, sans profit » pour vous, me constituer, en mettant le pied sur le » sol belge, en état d'hostilité avec tout le monde (1). Lés députés répondirent que les difficultés, signalées par le prince, ne paraissaient pas impossibles à aplanir, et que l'on y parviendrait bien plus facilement lorsque les Belges seraient définitivement constitués, et qu'ils pourraient négocier par l'intermédiaire du roi. Après une entrevue d'une heure, le prince adressa aux députés ces paroles remarquables : « Il » me serait impossible de vous donner une réponse » aujourd'hui ; mais toute mon ambition est de faire le » bonheur de mes semblables. Quoique jeune encore.

(1) Lord Palmerslon approuvait le prince Léopold. Il écrivit au vicorale Graaville : « Léopold a bien raison, je crois, de ne pas accepter jusqu*à ce qu'il sache ce qu*oa lui offre. S*il agissait autrement, il serait comme don Miguel, que personne ne reconnatt. En fait, les Belges lui offrent non pas un trône mais plutôt une querelle avec toute TEurope, et une complète incertitude de la terminer jamais. » The life of vUœufU Palmerslon^ t. II, p. 77.

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