AND EN ÉTAT DE SIÈGE
mirent les orangistes hors la loi en leur déniant Texer» cice d'un droit constitutionnel.
Le ministère ne pouvait tolérer un tel abus de pouvoir. Il révoqua le gouverneur, cassa la commission de sûreté qui remplaçait l'administration communale, fit entrer des renforts de troupes à Gand et déclara la ville en état de siège. Mais il fallut bientôt transiger pour prévenir l'effusion du sang prêt à couler et empêcher la guerre civile d'éclater aussi dans d'autres parties du pays. Sur la demande d'une députation, composée de membres du Congrès, le cabinet dut se contenter d'une rétractation de la proclamation par laquelle le gouverneur de la Flandre orientale et la commission de sûreté de Gand proscrivaieut les orangistes ; il adjoignit, en outre, les notables de la ville à cette commission pour la neutraliser.
Ainsi le gouvernement avait dû reculer devant l'exécution de ses ordres, sous peine d'engager la guerre civile, de se faire renverser, de donner à ses ennemis extérieurs les moyens de flétrir le pays, de ruiner une combinaison qui était devenue le seul espoir de salut pour la Belgique !
Ce n'était pas seulement à Gand que la tranquillité publique était menacée ; des aventuriers, accourus du dehors, soufflaient également le feu de la discorde dans la capitale. De lor était distribué, et l'on cherchait à réunir des émeutiers pour saccager l'hôtel du régent et celui du ministre delà guerre. Mais la ferme attitude de la garde civique et la sagesse du peuple firent avorter ce détestable complot.
t70 DERNIÈRE ENTREVUE AVEC LE PRINCE LÊOPOLO
Tel était l'état des esprits en Belgique lorsque le 8 mai, à trois heures de l'après-midi, les députés belges revirent le prince Léopold de Saxe-GoI>ourg. Ils lui dépeignirent combien l'incertitude dans laquelle ils se trouvaient exerçait de malaise dans leur pays et lui représentèrent que le gouvernement craignait, d'un moment à l'autre, une explosion désastreuse. « Votre position, » répondit le prince, « est sans doute » fâcheuse, et il est fort à désirer qu'elle cesse au » plus tôt. » Il ajouta qu'il s'estimerait heureux d'être à la tête de la nation belge, si un arrangement définitif pouvait être conclu; toutefois il fut presque amené à convenir que le premier acte du Congrès, vu la gravité des circonstances, devait être non pas une rétractation de sa protestation du l^** février, mais l'élection du souverain. Pressé par les députés qui lui faisaient remarquer que jusqu'à ce moment le public en Belgique ignorait entièrement le résultat de leurs démarches, le prince les autorisa à faire connaître que ses intentions étaient très favorables aux Belges et que tous ses désirs étaient de voir leur bonheur accompli.
Le 10 mai, M. Devaux, membre du cabinet, se rendit à Londres pour hâter la solution si impatiem* ment désirée; il put se convaincre des bonnes dispositions du prince Léopold, mais aussi de la nécessité de se soumettre à l'arrêt prononcé par les puissances.
La députation officieuse, envoyée par le ministre des affaires étrangères auprès du prince de Saxe- Coboui^, avait été chargée de pressentir ses intentions
ATTITUDE DE GOUVERNElfENT ANGLAIS 174
pour le cas où le Congrès lui décernerait la couronne de Belgique. Ces intentions, on Ta vu, étaient favorables : le prince n'avait pas caché qu'il serait fier et heureux de se trouver à la tête du peuple belge. L'élection pouvait donc être, suivant les yœux du cabinet, le début et non le terme de l'arrangement à conclure avec l'Europe pour consolider l'indépendance du pays. Revêtu d'un titre officiel, élu de la nation, le prince emploierait en faveur des Belges la grande influence dont il jouissait, et deviendrait leur défenseur auprès de la conférence. Son concours serait alors complètement efficace.
Le gouvernement britannique continuait de garder une attitude impartiale. « Ce qui nous fait incliner pour Léopold, avait dit lord Palmerston à Talleyrand, c'est la conviction qu'il deviendra un bon roi belge, qu'il ne sera pas plus anglais que français, mais qu'il considérera avant tout ses propres intérêts et ceux de l'État qu'il gouvernera. * Quant au rôle du prince Léopold, il fut entièrement désintéressé et strictement passif pendant les débats qui devaient avoir un si heureux dénoûment. «c Pas une ligne ne fut écrite par » lui, ou toute autre personne de sa maison, jusqu'à » ce que son élection eut été consommée ; pas la » moindre somme d'ai^ent ne fut dépensée pour » gagner le peuple ; aucun article ne fut inséré dans » les journaux ; on ne chercha à exciter les sympa- » thies publiques ni par des chansons, ni en prodi- » guant les bustes et les portraits, moyens qui avaient » été employés avec profusion pour soutenir les autres
m ROLE DU PRINCE LÉOPOLD
» combinaisons. T/élection du prince Léopold fut » fon lée sur des raisons de morale et de politique » de Tordre le plus élevé ; elle fiit accomplie x> sans le moindre effort et sans Fintervention » directe ou indirecte de l'auguste personnage » le plus intéressé à son issue (1). » Le prince Léopold ne voulut tenir la couronne que de la spontanétié» de la sagesse et du patriotisme des représentants de la nation beige.
(i) Ch. Whito, Révolution betge de 1830» t. III. Ce contemporain, parfoileoient inrormé, élait attaché à la miaaion de lord Ponsonby. Il a laissé sur les événements dont il fut témoin un ouvrage que nous avons consulté plus d'une fois avec confiance.