‹ Le Congrès national de Belgique, 1830-1831Chapitre 213 sur 329 · ENTRETIEN AVEC LORD OREY · texte numérisé non relu

ENTRETIEN AVEC LORD OREY

» vons pas, pour son avantage, dépouiller la Hol- 9 lande, notre ancienne amie, qui serait trop affai- » blie, si elle perdait Maestricht et Venloo. »

Le langage de lord Grey, chef du cabinet britannique, n'était pas plus satifaisant, quoique moins absolu. Tout en approuvant le choix du pritace de Saxe-Cobourg, tout en manifestant le désir de voir un tel choix couronné de succès, lord Grey déclara qu'il ne pouvait, comme ministre, se départir de ses principes et du texte des traités. Il insistait aussi, et avec force, pour que les Belges adhérassent du moins aux principes du protocole du 20 janvier ; et il laissait également entrevoir la possibilité d'une occupation de la Belgique. Mais lorsque lés députés lui eurent signalé la répugnance invincible du Congrès et de la nation entière pour les sacrifices que l'on prétendait exiger, lord Grey laissa percer le désir de modifier les bases de la convention en faveur des Belges. Traiter à part la question du Luxembourg ; quant au Limbourg, s'accommoder par un sacrifice pécuniaire : telle est l'idée qu'il suggéra. Que si la Belgique refusait tout arrangement, le prince s'exposerait à ne pas être reconnu par les puissances. Le prince était, du reste, seul arbitre quant à son acceptation, ajouta-t-il ; mais il ne pourrait, comme ministre, la lui conseiller s'il se mettait en opposition flagrante avec la conférence.

Le 8 mai, sur la demande spontanée de lord Palmerston, les députés belges eurent au Foreign-OflSce une nouvelle entrevue avec lui. Il répéta que l'acceptation du prince de Saxe-Cobourg lui paraissait très ditfi-

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cile si les Belges ne reconnaissaient pas les principes du protocole du 20 janvier ; il indiqua également un arrangement pour terminer à Tamiable la difficulté territoriale, mais cet arrangement différait du plan indiqué par lord Grey. Suivant le chef du Foreign-OflBce, la conférence pourrait consentir à laisser le Luxembourg aux Belges, pourvu qu'ils renonçassent à tout l'arrondissement de Ruremonde, à la plus grande partie de celui de Maestricht, et à Maestricht même. Les députés se récrièrent sur l'impossibilité absolue d'admettre une telle délimitation ; ils déclarèrent que le Limboui^ en entier, ainsi que le Luxemboui^, devait rester à la Belgique pour en former un État respectable et indépendant. Le noble lord répondit que Maestricht était aussi un point indispensable à la défense de la Hollande et que, à cet égard, les puissances et TAngleterre particulièrement ne pouvaient se départir des principes posés dans le protocole. « La position des » Belges peut devenir bien fâcheuse, »ajouta-t-il, «s'ils » n'adhèrent point au protocole du 20 janvier ; car » jusqu'à ce jour vous n'êtes point indépendants, vu » que l'on n'est indépendant que lorsqu'on a été n reconnu comme tel par toute l'Europe» Remplissez » donc les conditions pour le devenir. »

Les hommes d'État qui eurent la glpire de fonder la monarchie belge n'ont pas besoin d'être absous devant la postérité. Mais aujourd'hui que nous jouissons paisiblement du fruit de leur pénible labeur, peut-être avons-nous trop oublié les accusations qui leur furent prodiguées. C'est ainsi que l'on a voulu

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faire peser sur leur mémoire la responsabilité des sacrifices douloureux par lesquels la Beljçique indépendante acheta la reconnaissance de l'Europe. Admettre cette accusation, ce serait violer les lois de cette justice suprême qui doit présider à l'histoire.

Le ministère belge ne pouvait changer l'arrêt irréviicable prononcé par l'Europe . Le protocole du 20 janvier dominait la situation ; il formait, depuis le 18 février, un contrat synallagmatique entre les cinq grandes puissances et le roi des Pays-Bas ; c'était recueil contre lequel venaient se briser les intentions les plus héroïques, car la Belgique, réduite à ses propres forces, ne pouvait espérer de vaincre l'Europe. Le prince, que Ton appelait comme un gage de paix et de stabilité, eût perdu la Belgique, au lieu de la sauver, s'il avait eu la folie de vouloir seul lutter eontre toutes les puissances. Mais si le prince de Saxe- Cobourg ne pouvait, dans l'intérêt même de la Belgique, répondre par une acceptation pure et simple aux ofires honorables qui lui étaient faites, le ministèl^ belge ne pouvait, de son côté, proposer des concessions qu'avec l'assentiment du Congrès. Il n'en proposa aucune ; mais il put dès lors constater que, pour obtenir une interprétation favorable du protocole du 20 janvier, il fallait rentrer dans le système pacifique, dans le concert européen.

II importait de prendre sans retard une détermination, si l'on ne voulait voir la Belgique périr par l'anarchie. Menacé d'anéantissement par la combinaison qui se négociait à Londres, le parti français.

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démagogique et réunioniste, travaillait avec l'énergie du désespoir ; déjà l'insubordination éclatait parmi les volontaires, et elle pouvait d'un moment à l'autre gagner l'armée. Le parti orangiste, de son côté, ne restait pas inactif; il faisait circuler l'or dans les rangs du peuple et de l'armée, et il s'exposait même à des représailles devant lesquelles le gouvernement était impuissant. La seconde ville du pays était c^tée depuis longtemps par la lutte, tantôt sourde, tantôt flagrante, des partisans de la révolution et des partisans de l'ancienne dynastie. Un journal, alors célèbre par sa violence, le Messager de Gand, contribuait beaucoup à perpétuer la division et à envenimer les haines. Depuis l'échauffourée d'Ernest Grégoire, une réaction s'était déclarée contre les partisans de la maison de Nassau, et deux fois les presses du journal orangiste avaient été brisées dans des émeutes. Les chefs du parti orangiste résolurent néanmoins de braver l'irritation qu'ils avaient excitée. Au commencement du mois de mai, l'éditeur du Messages* de Gand annonça que des mesures étaient prises pour que ce journal reparût au premier jour. « Rien, » disaitil, fic ne sera changé dans l'esprit du journal. Le « rédacteur en chef reste le même. C'est assez D répondre de la fermeté avec laquelle nos principes » continueront d'être défendus. » Exaspérés par ce défi, les chefs du parti national, sachant que la plus grande partie de la garde civique les appuyait, recoururent à une mesure extrême, inouïe. Toutes les autorités se coalisèrent et, par une proclamation,

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