ÉLECTION IMMÉDIATE S
» députés, et que si nous cédions sur ce point, ce ne » serait pas seulement une faiblesse, ce serait un par- » jure... Le rôle de la diplomatie doit être court, je » lai déjà dit et j'ai tout fait pour l'abréger. Mais je » vous lai dit aussi, l'état de l'Angleterre et de la » France, occupées de leurs élections, nous a empê- » chés d'aller aussi vite que nous l'aurions voulu. » Déjà, et il faudrait être de mauvaise foi pour le >» nier, nous avons fait un grand pas par la cession » du Luxembourg. . . »
M. Foi^eur, sans incriminer les intentions du cabinet, avait moins de confiance dans les dispositions de la diplomatie. Entraîné par l'improvisation, il s'écria : « Vous n'aurez ni le Luxembourg ni le Lim- » bourg, mais vous aurez la dette ! » Or, cette triste prédiction ne pouvait effleurer la bonne foi du ministère. Puisant ses convictions dans des documents officiels, le ministère avait le droit d'espérer une autre solution pour le pays. Que prouvaient les lettres de lord Ponsonby et du général Belliard ? Que la question de la dette était encore entière; et, d'autre part, que la conférence proposait de laisser le Luxembourg à la Belgique moyennant une indemnité^ et non moyennant des compensations. « La conférence, » disait M. Lebeau, « n3us croirait-elle frappés de » cécité au point que nous achèterions le Luxem- » boui^ par l'abandon du Limbourg, pays riche et » fertile, et préférable sous ce rapport au Luxem- » bourg, pays stérile, et que nous pourrions aban- » donner sans perdre beaucoup si les intérêts maté-
itN) ÉLECTION IMMÉDIATE
» riels n'étaient dominés ici par Thonneur national? » On objectait au ministère la déclaration contenue dans le protocole du 21 mai et dans la lettre de lord Ponsonby, déclaration de laquelle il résultait que le gouvernement belge avait émis le vœu de s'assurer la possession du Luxemboui^ à titre onéreux. M. Lebeau déclara hautement que ce vœu avait été émis par le gouvernement provisoire ; qu'il était formellement exprimé dans la lettre adressée de Londres, le 10 janvier 1831, par M. Van de Weyer à M. de Celles, vice-président du comité diplomatique (1). Or, cette pièce, connue de tous, avait pu très bien suffire pour autoriser lord Ponsonby à dire que le gouvernement belge désirait acquérir la possession du Luxembourg. Quant au ministère actuel, il n'avait pas fait cette oflFre ; il n'en avait pas même exprimé le vœu. Les commissaires envoyés auprès du prince de Saxe- Cobourg avaient pu en parler ; mais le ministre des affaires étrangères ne leur avait pas donné de telles instructions.
M. le comte F. de Mérode déclara que si les com-
(4) Dans cette lettre, qui avait été communiquée au Congrès le 13 janvier 1831, M. Van de Weyer disait: « ... Il est cependant indispea- » sable que le gouvernement se prépare le plus tôt possible à traiter la » question de la dette et des colonies, non pour conclure avec la Hol* » lande, mais afin d*étre k même de discuter quelle serait la portion de » la dette que la Belgique accepterait, et d*offrir même ainsi des indem- » nités pécuniaires pour la Flandre, Maestricht et ses enclaves^, el le » Luxembourg, territoires que nous n'acquerrons point sans sacri- » flces, et pour la possession desquels nous n*avons pas de compensa- » tiens territoriales à offrir... »
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missaires, envoyés auprès du prinèe de Saxe-Coboui^, avaient parlé d'indemnité, ce n'avait été que d'indemnité pécuniaire ; quant à faire un échange entre le Limbourg et le Luxembourg, les commissaires avaient dit qu'ils n'y consentiraient jamais. M. d'Arschot fit une déclaration analogue.
Le Congres mit fin à ces débats préliminaires en adoptant, le 2 juin, un décret portant que l'élection du chef de l'Etat serait proclamée dans les termes fixés par le décret du 29 janvier 1831 ; que le gouvernement était autorisé à ouvrir des négociations pour terminer toutes les questions territoriales, au moyen de sacrifices pécuniaires^ et à faire des oflTres formelles dans ce sens ; que l'arrangement qui pourrait intervenir sur ces négociations serait soumis à la ratification du Congrès, et, dans tous les cas, qu'il serait fait, au plus tard, le 30 juin, un rapport sur l'état des négociations. Le Congrès statuerait immédiatement si elles devaient être continuées ou rompues.
L'assemblée aborda le 3 juin la discussion sur le choix du chef de l'État. Les partisans du système belliqueux et ceux qui adhéraient à la proposition de M. Blai^nies reproduisirent les arguments qu'ils avaient fait valoir dans les débats des jours précédents. Les députés républicains repoussaient le prince de Saxe-Cobourg parce que, suivant eux, il apporterait pour dot à la Belgique : la honte, par le démembrement du territoire ; la misère, par le monopole commercial dont jouirait l'Angleterre ; l'escla- V£^e, par la destruction de la Constitution ; ce serait
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rhomme de la Sainte* Alliance, disaient-ils, le préfet de la Grande-Bretagncî, le lieutenant de Wellington ! D'autres membres, supposant que le prince subordonnerait son acceptation à la ratification des protocoles par la Belgique, considéraient son élection comme prématurée ; ils exprimaient d'ailleurs le regret de devoir lui refuser leurs suffrages, tant ils avaient conçu d'estime pour son caractère. Les partisans exclusifs de la France, de la réunion directe ou indirecte, déclarèrent que cette candidature, hostile à la monarchie française, tenait lieu d'une semi-restauration du royaume des Pays-Bas.
Plusieurs députés appartenant à ces diverses nuances s'unirent pour proposer le choix d'un chef indigène, c'est-à-dire de M. Surlet de Chokier. Mais cette proposition ne pouvait avoir un résultat sérieux, car le vénérable régent avait déjà déclaré publiquement qu'il n'aspirait qu'à rentrer dans la foule des citoyens. Le 27 mai, 4I avait adressé cette belle lettre à un journal qui le mettait en comparaison avec le prince de Saxe-Cobourg : « Je n'ai jamais dû m'attendre » à cet honneur, que je ne crois pas mériter. Je vous » prie de vous borner à discuter le mérite des choses, » sans y mêler celui des personnes ; il me sera » agréable que vous vous absteniez de prononcer mon X» nom dans toutes les occasions où il pourra être » question du choix du chef de l'État. J'ai obtena D dans ma patrie tout ce qu'un citoyen peut ambi- » tionner : les suffrages de mes collègues, sanc- » tiennes, à ce que je crois, par l'assentiment de la
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» nation. Cela suffit à ma satisfaction personnelle. Je » n'ai plus qu'un vœu à réaliser: c'est d'amener, avec » le concours du Congrès, le vaisseau de l'État à bon » port, d'en remettre la conduite à celui qui sera » choisi pour chef, enfin de déposer les pouvoirs dont » je suis temporairement investi, et que je déclare ne » vouloir jamais accepter définitivement. »
Les nombreux partisans du prince de Saxe-Cobourg proclamaient qu'ils voyaient, dans cette combinaison, patrie, honneur, liberté, prospérité publique ; ils rappelaient que c'était ce même prince que les Anglais si jaloux, si fiers de leur nationalité et de leurs libertés, avaient été chercher en pays étranger pour le faire asseoir sur le trône de la Grande-Bretagne. Loin, disaient-ils aussi, que le prince Léopold soit le candidat de la Sainte-Alliance et qu'il nous soit imposé par elle, c'est nous qui, en le choisissant librement, l'opposons à la Sainte-Alliance.
M. l'abbé de Haerne, fidèle à ses opinions républicaines et partisan du système belliqueux, avait cherché à effrayer le Congrès en déclarant que le prince Léopold ne rencontrait aucune sympathie dans la nation, tant sous le rapport religieux que sous le rapport politique. « On ne peut se dissimuler, » disaitil, « que l'opinion catholique se prononce contre la » candidature du prince. » — « Je dis et j'affirme, » sans crainte de me tromper, » répondit M. l'abbé Boucqueau de Villeraie, « que si jamais il y eut dans le » monde une assertion fausse et erronée, c'est celle » énoncée par l'honorable membre. C'est une contre-
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» vérité évidente pour tous ceux qui connaissent 1 état 1» de l'opinion publique en Belgique, de dire qu'à cet » égard le peuple pense et sente différemment que » ses représentants. Et en ceci je ne sépare certaine- » ment pas l'opinion du clei^é en général de celle de » la nation. La nation aspire à la conservation de la » paix, et elle regarde la combinaison de Saxe-Cobourg » comme une garantie de cette conservation. La » nation, du moins l'immense majorité du peuple B belge, envisage la candidature de ce prince comme » la dernière planche de salut qui nous reste pour » échapper au naufrage et sortir de l'état aussi insupy> portable que dangereux dans lequel nous nous » trouvons ; comme le moyen le plus probable de » nous garantir des malheurs politiques qui nous » menacent et nous pressent de tous côtés, c'est-à- » dire de l'anarchie sous le nom de république, et de » la perte de nos précieuses libertés, surtout de nos » libertés religieuses par une réunion plus ou moins » prochaine de la Belgique à la France; enfin, de la » guerre. » M. l'abbé Andries ne fut pas moins explicite. « En politique, » dit-il, « mon symbole, c'est la » Constitution; et comme elle ne stipule rien par » rapport à la religion que le chef de l'État doit pro- » fesser, je ne suis pas plus exigeant qu'elle, et je » crois même que c'est une marque de haute sagesse » que de ne rien exiger sous ce rapport. La liberté des » cultes est sacrée pour tous les Belges ; pourquoi ne » le serait-elle pas pour le roi ? Je donne mon vote » au prince Léopold, parce que je trouve dans cette