‹ Le Congrès national de Belgique, 1830-1831Chapitre 232 sur 329 · ÉLECTION IMMÉDIATE · texte numérisé non relu

ÉLECTION IMMÉDIATE

réunion ; on le savait à Londres ; le statu quo ne pouvait donc être qu'un acheminement à la restauration de la maison d'Orange par l'anarchie. La longue et nouvelle négociation que l'on demandait ne créerait pas seulement des dangers intérieurs ; en supposant que les puissances consentissent à l'ouvrir avec le Congrès, elle ferait sui^ir un péril plus sérieux. Le prince de Saxe-Coboui^, circonvenu, obsédé par de hautes influences, par des personnages auxquels des liens chers et respectables l'attachaient, ébranlé par le spectacle des nouveaux désordres dont la Belgique deviendrait le théâtre, le prince pouvait changer de résolution. Chaque jour, en effet, on tremblait d'apprendre le renouvellement des excès qui avaient aflQigé naguère le pays ; et ces excès s'offraient comme une éventualité dont la réalisation ferait avorter toutes les négociations! Or, le prince de Saxe-Cobourg, changeant de résolution, une semirestauration, dont les Belges ne dicteraient aucunement les conditions ou bien le partage, deviendrait inévitable.

En résumé, l'élection immédiate devait, suivant les prévisions du cabinet, amener les résultats suivants : arrêter l'anarchie intérieure vers laquelle conduisaient le découragement des classes moyennes et supérieures et l'audace croissante des partis démagogique, réunioniste et orangiste ; ôter à la diplomatie, en raffermissant l'ordre dans le pays, le moyen de montrer la Belgique comme un cancer qui menaçait de dévorer l'Europe et pour l'extirpa «

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tion duquel tous les moyens étaient légitimes; rallier à la révolution des hommes timides qui ne tenaient plus à la dynastie déchue que par le désespoir de trouver ailleurs le salut du pays ; augmenter puissamment les obstacles à la réalisation du projet de partage ou de semi-restauration, d'abord en mettant entre l'Europe et le pays menacé, entre la Hollande et la Belgique, un prince allié à la famille régnante d'Angleterre, à plusieurs maisons souveraines de l'Allemagne, connu, estimé de la plupart des monarques étrangers ; intéresser le cabinet de Saint-James à repousser plus énergiquement encore des projets destructifs de l'indépendance belge, placée désormais sous le patronage d'un prince ami des principaux hommes d'État de la Grande-Bretagne. Le ministère savait, en outre, que l'indépendance belge admise, le choix du prince Léopold ne déplairait point à la maison d'Orléans, avec laquelle il entretenait depuis longtemps des relations.

Il fallait donc saisir avec empressement l'occasion qui s'offrait à la Belgique de consolider son indépendance avec honneur et sans effusion de sang. Il serait toujours temps de recourir aux armes si, après avoir épuisé tous les moyens de conciliation, les justes droits dés Belges étaient méconnus. Mais, vouloir déclarer brusquement la guerre à l'Europe en parodiemt la Convention nationale, ce serait un acte de démence.

On s'écriait que la bonne foi du ministère était surprise, qu'il allait être victime de nouvelles décep-

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tions ! M. Lebeau fît remarquer que la situation était maintenant tout autre qu'à 1 époque où il s'agissait de décerner la couronne au duc de Nemours. « Je » montre, » dit-U, a des lettres avouées de leur auteur et » des lettres qui ne vous provoquent pas à l'élection. » Nous ne vous garantissons pas lacceptation du prince, » mais nous vous disons : Si par la simple espérance » de Télection vous obtenez le Luxembourg, il est » logique d'espérer que l'acceptation suivra, et qu'elle x> nous vaudra la modification des protocoles. »

On reprochait encore au cabinet de vouloir passer outre à l'élection, en sacrifiant l'intégrité du territoire et en accej)tant le partage arbitraire de la dette. Le cabinet repoussait avec énergie cette accusation. Comment pouvait-on insinuer au peuple que l'on voulait imposer à la Belgique les dettes de la Hollande, tandis que la question était entière à cet égard et qu'on n'avait fait au gouvernement belge que des propositions ? Comment pouvait-on faire peser sur le ministère un re[>roche de trahison, au moment même où il prenait sous son patronage la proposition de M. Nuthomb qui tendait à poser des conditions au prince de Saxe-Cobourg et à maintenir les protestations antérieures du Congrès contre le démembrement du territoire? « Dans les négociations oflî- » cieuses qui ont en lieu à Londres, » dit M. Lebeau, a jamais l'intégrité de territoire n'a été mise en » doute... Ou fait un appel au ministère pour qu'il » défende l'intégrité du territoire; mais on oublie que » nous sommes liés comme ministres et comme

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