‹ Le Congrès national de Belgique, 1830-1831Chapitre 240 sur 329 · LETTRE DU RÉGENT · texte numérisé non relu

LETTRE DU RÉGENT

autorisés à conclure, sauf ratification, si la partie intéressée acceptait leurs offres.

MM. Devaux et Nothomb arrivèrent à [Londres le 7 juin au soir. Ils précédèrent d'un jour dans la capitale de TAngleterre les députés du Congrès. Ceux-ci étaient porteurs d'une lettre que le vénérable régent adressait au prince élu roi des Belges, pour le conjurer de s'interposer entre la conférence et la nation qui l'appelait à sa tète. Cette lettre étaft conçue en ces termes :

« Prince,

» Le Congrès vient de décerner, au nom du peuple » belge, la couronne à Votre Altesse Royale. Par cet » acte de souveraineté, il confie les destinées de la » nation à votre sagesse, et place l'honneur national » sous la sauvegarde de l'honneur personnel de Votre » Altesse, qui est désormais inséparable de l'autre.

» Les Belges comptent sur vos puissants efforts, » réunis à ceux des députés du Congrès envoyés vers » vous, et sur ceux des commissaires du gouverne- » ment, pour obtenir des plénipotentiaires de la confé- » rence à Londres la reconnaissance de nos justes » droits.

» C'est le premier gage que nous attendons de votre » amour pour le peuple belge. Ce peuple, méconnu » et calomnié à l'étranger, saura prouver à Votre 3» Altesse, devenue son roi, qu'il est digne d'un sort

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» meilleur que celui qu'on semblait vouloir lui pré- » parer, mais qu'il était bien déterminé à ne jamais » subir, quoique disposé à faire, pour le maintien de » la paix générale, tous les sacrifices compatibles avec » son honneur et la sûreté de son existence comme » nation indépendante.

» Je crois devoir prévenir Votre Altesse Royale que » de la ])romptitude des négociations dépend le sort de » la Belgique, peut-être même le repos de l'Europe.

» Je suis convaincu qu'il est de la plus haute impor- » tance que la 'conférence évite avec soin de pousser » au désespoir une nation généreuse, qui a tout fait 9 pour se constituer en harmonie avec les autres gou- » vernements européens, et qui vient d'en donner » mie nouvelle preuve par l'élection de Votre Altesse.

» Je n'hésite pas à le dire, si, contre toute attente, » et malgré nos efforts, ses offres venaient à être » dédaigneusement accueillies ou repoussées, elle ne » verrait alors d'autre salut que d'en appeler à son » épée.

» C'est à Votre Altesse qu'il est réservé de conjurer » l'orage, et de détourner de nos têtes les malheurs » qui nous menacent et qui s'étendraient sur toute » l'Europe.

D Jamais prince ne s'est trouvé dans une situation » plus belle que la vôtre : vous êtes, par votre position, » l'arbitre de la paix et de la guerre ; tout dépend » maintenant de vos efforts auprès de la conférence, » pour faire triompher la juste cause d un peuple qui » vous a nommé son roi.

sas ATTITUDE DE LA NATION

0 Vous répondrez, je n'en doute pas, à son attente, i> et je vous en adjure au nom de la patrie.

» Le régent de la Belgique.

D Baron Surlet de Chokier.

» Braxelles, ce 6 juin 4831. »

Le pays avait accueilli avec faveur, mais sans enthousiasme, la nouvelle de l'élection du prince de Saxe-^Coboui^. Il était facile d'expliquer cette attitude. Le refus du duc Nemours avait laissé de profonds souvenirs dans les esprits ; depuis lors, le peuple était .devenu défiant, et il n'osait compter sur l'acceptation du prince Léopold. Il n'y avait d'ailleurs, dans la classe populaire, ni sympathie, ni antipathie pour un candidat qu'elle ne connaissait pas encore ; mais elle désirait son prompt avènement qui mettrait fin, croyait-elle, à la crise dont souffraient si cruellement l'industrie et le commerce.

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