M. SURLET DE CHOKIER
sart 50. Au second tour, M. Surlet obtint 63 voix; M. de Gerlache 62; M. de Stassart 43. Personne n'ayant encore obtenu la majorité absolue, un scrutin de ballottage eut lieu entre M. Surlet et M. de Gerlache. Le permier obtint 106 voix ; le second, 61. M. Surlet de Chokier fut en conséquence proclamé président du Congrès, et réélu ensuite de mois en mois jusqu'à son élévation à la régence.
Né à Liège en 1767, M. Surlet de Chokier avait vu passer la République, qui lavait contraint à se dépouiller de son titre de baron, l'Empire, qui l'avait admis dans le Corps législatif de 1812 à 1814, et le royaume des Pays-Bctô dont il avait voulu prévenir la chute par des avertissements pleins de bon sens et de modération. Évincé des états généraux, en 1818, il y était rentré en 1828 et s'était placé dans l'opposition libérale, où il brillait surtout par l'originalité spirituelle de ses reparties. Doux, affable, tolérant, dépourvu d'ambition, nul n'était plus propre à calmer les tempêtes parlementaires et à conserver dans le Congrès les principes de ïunion. Boui^mestre de la commune de Gingelom, près de Saint-Trond, il n'aspirait point à sortir de cette modeste position ; mais les électeurs du Limbourg, dont il s'était depuis longtemps concilié les sympathies, firent un appel à son dévouement et vinrent l'arracher à la ferme où il se livrait avec passion à l'agriculture.
On compléta le bureau par l'élévation de MM. de Gerlache et de Stassart à la vice-présidence. MM. Liedts, Ch. Vilain XIIIl, Nothomb et Forgeur,
LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE SiALNTENU 93
furent nommés secrétaires. Le Congrès arrêta ensuite son règlement d'ordre intérieur. Une des disi>ositions portait que les votes seraient émis à haute voix sur toutes les questions. Cette mesure, courageuse et pleine de franchise, était digne de la loyauté traditionnelle du caractère belge.
Le Congrès étant constitué, il fallait déterminer le rôle du gouvernement provisoire. Cette grave question avait préoccupé la magistrature révolutionnaire pendant qu elle délibérait sur le discours d'installation de l'assemblée nationale. Il fut enfin résolu qu'elle remettrait ses pouvoirs temporaires au Congrès, qui allait servir d'organe légal à la nation ; elle voulait prouver ainsi son désintéressement et donner l'exemple du respect et de l'obéissance envers la souveraineté populaire, régulièrement manifestée et représentée. M. de Potter seul combattit cette détermination. Ne tenant pas son mandat du Congrès national, il ne devait ni ne pouvait, disait-il, le résigner entre ses mains; antérieur au Congrès, le gouvernement provisoire devait, suivant lui, exécuter les décisions delà majorité de l'assemblée nationale, tout en se conservant entièrement indépendant d'elle; sa mission était enfin d'exercer un pouvoir modérateur du Congrès, de défendre le Congrès contre le Congrès lui-même. C'eût été tenir l'assemblée nationale en suspicion et provoquer des conflits dangereux entre deux pouvoirs, qui eussent été d'abord rivaux pour devenir bientôt ennemis. Aussi les arguments de M. de Potter ne convainquirent-ils point ses collègues; ils maintinrent leur résolution.
Dans la séance du 12, le président du Congrès annonce une communication importante de la part du gouvernement provisoire. M. Ch. Rogier, ayant été immédiatement introduit» donne lecture d'un acte conçu en ces termes : « Le gouvernement provisoire , » ayant reçu notification de la constitution du Congrès » national, vient remettre à cet organe légal et régu- » lier du peuple belge le pouvoir provisoire qu'il a » exercé depuis le 24 septembre 1830, dans l'intérêt » et avec l'assentiment du pays. Il dépose sur le » bureau du président la collection des actes et arrê- » tés que la nécessité des circonstances l'a déterminé » à prendre (1). » M. Rogier, ayant déposé sur le bureau le recueil des actes du gouvernement provisoire, se retire.
Le Congrès, après avoir voté des remercîments au gouvernement provisoire, décide que le pouvoir exécutif sera délégué aux personnes qui composaient ce gouvernement. Le bureau est chargé de leur notifier cette résolution ainsi conçue : « Le Congrès national, appré- » ciant les grands serviceis que le gouvernement provi- » soire a rendus au peuple belge, nous a chargés de vous i> en témoigner et sa vive reconnaissance et celle de » la nation dont il est l'organe; il nous a chargés égale-
(i) Celle déclaralion portail les signalures de MM. F. de Mérode, Ch. Rogier, JoUy, Alex. Gendebien, F. De Coppin, J. Vanderlinden. MM. Van de Weyer et d*Hooghvorsl étaient absents de Bruxelles. M. d*Hooghvorsi écrivit au Congrès, le i5, qu*il avait acquiescé aux résolutions prises le iS par ses collègues; M, Van de Weyer, à son retour de Londres, fit la même déclaration.