MINISTÈRE DE LORD 6REY
comte d*Aerschot, comte de Celles, Destri veaux et Nothomb, tous membres du Congrès (1).
Le 21 novembre, un dimanche, à quatre heures de 1 après-midi, le gouvernement provisoire donna son adhésion définitive à la suspension d'armes proposée par la conférence, mais sans rien préjuger sur les dispositions du second protocole qui pouvaient être sujettes à discussion, et le tout sous condition de réciprocité parfaite de la part de la Hollande, tant par terre que par mer, y compris la levée du blocus des ports et des fleuves.
Le protocole du 17 portait encore la signature de lord Aberdeen. Mais ce fut son dernier acte. La réforme électorale, réclamée avec persévérance depuis la fin du siècle précédent, avait enfin conquis la majorité dans le parlement anglais. Le duc de Wellington venait de se retirer devant les whigs victorieux, et le vénérable et loyal lord Grey avait pris la direction des affaires avec lord Melbourne, comme ministre de l'intérieur, et lord Palmerston comme chef du Foreign-Office. On a pu dire que ce changement ministériel, sans apporter aucune modification apparente ou immédiate dans la politique étrangère de la Grande- Bretagne, produisit cependant sur le continent un effet moral essentiellement favorable au maintien du système de paix. Les Belges surtout se réjouirent de
{i) M. Ch. Lehon fut adjoint au comité dans les derniers jours de décembre, et M. Destriveaux s*en retira au commencement du mois de janvier 1831.
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la retraite des ministres, qu'ils supposaient partisans inébranlables du royaume des Pays-Bas. Le duc de Wellington représentait au dehors et au dedans le système établi en Europe depuis 1815, et il fallait, sous peine de se placer dans une fausse position, qne l'Angleterre restât inflexiblement attachée à ce système, ou qu'elle renonçât au ministre qui, en d'autres temps, lui avait rendu des services signalés. Les cris de la populace ameutée dans les rues de Londres furent d'accord avec cette nécessité : la majorité des Communes abandonna le ministère. La Belgique ne pouvait plus rentrer sous le joug de la maison de Nassau; le principe de non-intervention ne pouvait plus être impunément méconnu ; enfin, la misère toujours croissante des classes inférieures, donnant aux partisans de la réforme parlementaire une influence qui débordait celle du gouvernement, la direction des affaires publiques devait nécessairement passer à des hommes qui ne s'étaient jamais placés en opposition officielle avec cet état de choses (!)•
Le 23 novembre, M. C. Rodenbach développa devant le Congrès la proposition qui avait pour objet l'exclusion des Nassau. Il remplit cette tâche avec une énergie que justifiaient le souvenir encore récent des combats de Bruxelles et du bombardement d'Anvers, la haine de la suprématie hoUandÉÛse, les manœuvres des partisans de la maison d'Orange,
(i) Telle est, en résamé, rappréciation que V Avenir (n^ du 20 novembre 4830) publiait sur la retraite du ministère tory.
la colère du peuple qui frémissait à l'idée d'une restauration. Mais les passions^ qu'elles soient excitées par le fanatisme politique ou par l'exaltation religieuse, sont presque toujours injustes, quelquefois cruelles, parce que lorsqu'on veut démolir, il n'est guère possible de ménager ses coups. Certes, on peut encore admirer aujourd'hui la fermeté dont la majorité du Congrès donna une preuve éclatante, on doit approuver l'arrêt que le bien du pays lui dicta; mais en racontant fidèlement ces discussions orageuses, Thistorien n'est pas obligé de s'associer aux accusations partiales que l'effervescence du moment inspira contre une des plus illustres maisons souveraines de l'Europe. M. Rodenbach considérait l'exclusion perpétuelle des Nassau de tout pouvoir en Belgique comme le corollaire et le complément de la proclamation de l'indépendance; il demandait aussi cette exclusion comme condition de paix, afin de ramener la tranquillité dans les esprits et de rattacher définitivement le peuple au Congrès. Non seulement il déclarait le roi Guillaume parjure et sanguinaire^ mais il repoussait avec autant de vivacité la candidature du prince d'Orange. La proposition de M. Rodenbach fut immédiatement combattue par le comte de Baillet, député de Nivelles. A ses yeux, Guillaume !*"• avait mérité la déchéance pour avoir violé le pacte en vertu duquel il possédait la Belgique ; mais avons-nous le droit, demandait-il, d'enchauier l'avenir, de restreindre les pouvoirs de nos descendants ? Plus craintifs , . les députés d'Anvers voyaient dans la proposition d'exclusion la rupture de
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l'armistice, la prolongation des hostilités, la ruine du commerce mai\time ; ils s'efforçaient aussi d'elfrayer l'Assemblée en lui montrant les nouveaux vaisseaux de guerre qui étaient venus s'embosser dans TËsaaut pour foudroyer une seconde fois la rivale d'Amsterdam. Mais des murmures accueillaient ces protestations de la peur, tandis que l'assemblée frémissante applaudissait surtout les partisans les plus passionnés de l'exclusion.
M. Nothomb soutint que le Congrès ne pouvait plus reculer. « Lorsqu'on veut être libre, » dit-il, « on ne » conserve pas une main dans les chaînes; on les » dégage toutes les deux. En proclamant notre indé- » peniance, nous avons rendu impossible tout retour >i à la domination hollandaise. Repousser là peuple » hollandais, et supposer la possibilité de l'avènement » d'un prince hollandais, serait à la fois établir, et » détruire le môme principe, annuler et sanctionner » les traités de 1815. En vain, dira-t-on, que nous ne » pouvons nous lier pour l'avenir, nous et les généra- » tions futures ; toute loi est faite pour l'avenir. C'est » un acte de providence nationale que nous exerçons; » la postérité le ratifiera si, comme nous, elle veut » l'indépendance. » Abordant ensuite un autre ordre d'idées, prévoyant les menaces qui allaient bientôt éclater, et voulant neutraliser leur effet, l'orateur exprime la pensée qu'une prompte déclaration du Congrès dominera la diplomatie et fera cesser la pression que les puissances voudront exercer en faveur du prince d'Orange. M. de Stassart ajoute que l'Europe