‹ Le Congrès national de Belgique, 1830-1831Chapitre 78 sur 329 · PROTESTATION DE LA HOLLANDE · texte numérisé non relu

PROTESTATION DE LA HOLLANDE

» vrai, sur le désir du roi; mais cette circonstance » n'attribuait point à la (M>nférence le droit de don- » ner à ses protocoles une direction opposée à lobjct » pour lequel son assistance avait été demandée ; et, » au lieu de coopérer au rétablissement de Tordre » dans les Pays-Bas, de les faire tendre au démem- » brement du royaume. »

Non seulement la conférence avait décidé l'indépendance future de la Belgique, mais elle voulait aussi obliger le roi Guillaume à déposer le > armes En transmettant le protocole du 20 décembre au comité diplomatique, lord Ponsonby et M. Bresson lui renouvelèrent Fassurance que la conférence n'avait épargné aucun effort pour convaincre le cabinet de La Haye que les mesures de précaution, par lesquelles était encore entravée la navigation de TEscaut, devaient être révoquées dans le plus bref délai ; et ils ajoutaient que, le 27, elle avait demandé itérativement au gouvernement du roi Guillaume de faire cesser, avec les hostilités, tout acte qui pourrait être envisagé comme hostile.

Le protocole du 20 décembre n avait pas été mieux accueilli à Bruxelles qu a La Haye. Comme les Belges devaient ignorer longtemps encore les protestations du roi Guillaume, ils supposèrent que la conférence avait voulu le favoriser; ils ne virent dans le nouveau protocole que des sacrifices, qui ne leur paraissaient pas compensés sut&samment par la promesse de l'indé- |iendance future des provinces méridionales. Un arrangement qui ôterait à la Belgique Luxembourg, Maestricht, la rive gauche de l'Escaut, serait la plus

17« ACCEPTATION CONDÏTIONiNELLE A BRUXELLES

misérable combinaison politique, disaient alors les patriotes les plus modérés et les plus éclairés. Le protocole du 20 décembre, remis au comité diplomatique le 31 à minuit, fut discuté pendant trois jours dans le sein de ce comité, réuni au gouvernement provisoire. C'eût été braver l'opinion publique et faire preuve d'inhabileté que d'accepter purement et simplement l'arrêt de la conférence. L'acceptation conditionnelle prévalut, et une note, empreinte de dignité, fut envoyée le 3 janvier 1831 à Londres. Il en résultait que les commissaires belges (1) étaient munis d'instructions suffisantes pour être entendus sur toutes les affaires de leur pays. Le gouvernement espérait que la conférence acquerrait la conviction que la Belgique ne pouvait constituer un État indépendant, sans la garantie immédiate de la liberté de l'Escaut, de la possession de la rive gauche de ce fleuve, de la province de Limbôurg en entier et du grand-duché de Luxembourg, sauf les relations avec la Confédération germanique.

Le même jour, le protocole du 20 décembre et la note du comité diplomatique furent communiqués au Congrès. M. de Celles, qui présidait le comité en l'absence de M. Van de Weyer, ajouta qu aucune communication, aucune insinuation môme, relative au choix du souverain, n'avait été faite, et que rien ne donnait au comité lieu de supposer qu'il fût entré dans l'esprit des puissances de gêner sur ce point la

(1) MM. Van de Wcyer et H. Vilain XIIII, envoyés à Londres.

CHOIX DU CHEF DE l'ÉTAT 47»

prérogative du Congrès national. Il lui paraissait néanmoins urgent que l'assemblée fixât son attention sur cet objet. M. Ch. Lehon confirma l'assertion de M. de Celles, et émit la même opinion relativement à la nécessité de procéder sans délai à l'élection d'un chef. M. de Robaulx, ne tenant aucun compte des déclarations de MM. Lehon et de Celles, prétendit que la diplomatie voulait, par l'intermédiaire du comité, dicter un choix au Congrès. M. Jottrand fit immédiatement justice des insinuations de M. de Robaulx. 11 s'éleva contre les brouillons par système, incapables d'en avoir jamais un. Lui aussi avait cru que le comité diplomatique était non pas complice, mais dupe de ce qui se machinait à Londres. La note émanée du comité 1 avait rassuré : il trouvait cette réponse aussi digne et aussi complète que la nation elle-même aurait pu la faire. A M. Jottrand se joignirent MM. Lebeau, Forçeur, Ch. Rogier et Nothomb, pour défendre le patriotisme du gouvernement provisoire et expliquer la situation de la Belgique par rapport à l'Europe.

Saisissant l'occasion, M. Rodenbach propose d'aborder sans délai, dans les sections, l'examen de la question relative au choix du chef de l'État. A l'appui de cette motion, il allègue non seulement le désir de la nation de se soustraire à l'influence que veut s arroger la conférence de Londres, mais aussi la nécessité de calmer l'i^tation qui règne dans quelques provinces, de mettre un terme aux prétentions hautement manifestées par les partisans de la maison d'Orange et par les partisans de la réunion à la France, d'étouffer

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rhydre de la guerre civile et de clore la révolution. L'assemblée adopta une proposition, qu'il n'était plus possible d'ajourner sans compromettre les destinées de la Belgique indépendante. En effet, les nations ne peuvent vivre longtemps dans l'incertitude. La fixité est le nerf du pouvoir et la base la plus sûre de la prospérité des États ; le provisoire amollit le gouvernement, décourage les citoyens et favorise l'anarchie.

La Belgique renfermait dans son sein quatre partis : le parti monarchique orangiste, un parti français, une minorité républicaine, qui se confondait souvent avec les partisans de la réunion à la France, enfin le grand parti national, qui voulait constituer une monarchie sans la maison d'Orange. Les industriels de Gand et beaucoup de négociants d'Anvers regrettaient l'ancienne dynastie ; Verviers et d'autres localités de la province de Liège et du Hainaut pétitionnaient pour la réunion à la France. Quoique l'immense majorité de la nation ne fût nullement disposée à sacrifier l'indépendance qu'elle avait reconquise, la situation du pays était cependant fort grave. Le provisoire encourageait tous les ennemis, tous les adversaires de la révolution : orangistes, républicains, partisans de la réunion ; le provisoire inspirait au roi Guillaume la force d'inertie qu'il opposait à la conférence ; le provisoire pouvait enfin lasser la constance des patriotes mêmes. Il fallait donc adopter une résolution définitive et marcher en avant.

M. Ch. Rogier prit, au nom du gouvernement, l'initiative de cette détermination commandée par le

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salut public. Le 5 janvier, il demande que le Congrès se forme en comité général pour qu'il puisse démontrer l'urgence de la proposition de M. Rodenbach. L'assemblée est quelque temps indécise : les uns appuient la motion de M. Rogier ; les autres veulent que les explications du gouvernement soient données en séance publique. Il est enfin décidé que le soir même le Congrès se formera en comité secret. Après avoir d'abord signalé les partis qui divisaient laRelgique, M. Rogier déclara que la majorité de la nation les repoussait tous, qu'elle ne voulait ni la restauration, ni la réunion à la France, ni la république. Mais, quoique le parti orangiste poursuivît une impossibilité politique, on ne pouvait se dissimuler qu'il avait des complices au sein même du Congrès. Le parti français pouvait faire valoir des motifs plausibles, puissants même. Le parti anarchiste avait pour système d'attaquer tout ce qui existait, n'ayant de chances que dans les bouleversements successifs qu'il espérait continuellement opérer. C'était dans le provisoire que ces trois partis trouvaient et retrempaient leur audace et leur activité. D'un autre côté, le parti national (si cette expression de parti pouvait s'appliquer à la volonté générale), le parti national s'impatientait, se décourageait, et il ne voyait pas de terme à la crise. Il était donc ui^ent de trancher la question du choix du chef de l'État pour dissiper les espérances, les intrigues et les complots des ennemis de la révolution. Après que M. Rogier eut donné ces loyales explications, M. Lebeau s'adresse au comité diplomatique

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