LIVRE II
^affectez '. A l'appui de ce qu'il pressentait, il apprit au contraire que du Prat conseillait de le réduire à la condition d'un gentilhomme de 4.000 livres de rente '-. Il y avait de quoi être exaspéré, surtout à la suite des vexations précédentes. Il ne pouvait plus compter en rien sur le roi ; à moins d'être un niais, il ne pouvait compter davantage sur le Parlement. Il disait avec une certaine amertume, suffisamment justifiée : (^ qu'il attendoit des nouvelles de son procès pour savoir s'il seroit duc ou Charles '^ »
C'est au milieu de ces dernières hésitations qu'il apprit l'arrivée de Beaurain à Bourg-en-Bresse. Il se décida. Le moment était important et ne se présenterait plus ; s'il le laissait passer, sa rébellion tournerait à son désavantage ; il risquait d'être pris et exécuté. Sa situation devenait irrémédiable : Ou bien revenir au roi et être réduit à un rôle qu'il ne pouvait admettre, et, en supposant qu'il ne fût pas condamné à la peine capitale, sentir peser sur lui une éternelle méfiance, ou bien tenter l'aventure d'aller servir ailleurs contre un pays ingrat.
Afin de ne pas être suspecté, il saisit le prétexte d'un pèlerinage à Xotre-Dame-du-Puy et s'établit dans la partie la plus montagneuse de ses Etats, à Montbrison, capitale du Haut-Forez. C'est là qu'il fit venir de Bourgen-Bresse Beaurain. Deux gentilshommes dévoués conduisirent ce dernier à travers la principauté de Dombes et le Beaujolais jusqu'à ^lontbrison où il entra le soir du 17 juillet, suivi de Loquingham, capitaine au service
1. Déposition d'Antoine de Chabanes, évêque du Puy. — Mss. Dupuv, i" 183 r» et v».
•2. 'Interrogatoire de l'évêque d'Autun du 26 octobre (Mss. Dupuy, fo 221 v"). — Du Prat avait peut-être raison au simple point de vue logique, mais avait tort en ce sens qu'il réclamait l'impossible. On sent là, chez lui. le besoin d'humilier le connétable: Du Prat était beaucoup trop fin pour douter un seul instant que le connétable ne fit pas un coup de tète plutôt que d'accepter des conditions pareilles ; comme Louise de Savoie, il voulait le pousser à bout afin qu'il s'en allât de lui-même.
3. Interrogatoire de Saint-Bonnet, 24 septembre, W., f" 43 r".
de l'empereur et de Château, son secrétaire. On l'enferma pendant deux jours dans une pièce voisine de la chambre du connétable, et il n'en sortait que la nuit pour traiter mystérieusement K Bourbon voulait prendre toutes les précautions possibles, malgré qu'il eût emmené presque tout son monde à Montbrison et qu'il y fût aimé. En s'y rendant, il avait eu, à Yarennes, un long entretien avec Aymard de Prie, seigneur de Montpoupon et la Mothe, capitaine de 50 hommes d'armes des ordonnances du roi ; il espérait avec leur aide se rendre maître de Dijon. Antoine de Chabannes, évèque da Puy (le même qui déposa contre lui), frère du maréchal de la Palice, et Jacques Hurault, évêque d'Autun, lavaient accompagné. 11 y avait là aussi Thausanne, seigneur de Ghezelles, Philippe des Escures, seigneur de Quinzay-le-Chastel, ses chambellans ; Jean de Bavant, Anne du Peloux, Jacques de Beaumont, seigneur de Saligny, ses maîtres d'hôtel ; le lieutenant de sa compagnie d'hommes d'armes, Antoine d'Espinat, et d'Espinat le jeune, seigneur de Coulombiers, Robert de Grossonne, seigneur de Montcoubelin, Hector d'Angeray, seigneur de Bruzon, Hugues Nagu, seigneur de Varennes ; les seigneurs de La Souche, de Pompérant, de Laitière, de Lurcy, de Charency, et une foule déjeunes gentilshommes du Bourbonnois, de l'Auvergne, du Forez, du Beaujolais -, attachés à sa personne, dévoués à ses projets, prêts à prendre les armes pour lui.
Il y avait là surtout son partisan le plus chaud qu'il avait fait venir des bords du Rhône, Jean de Poitiers, seigneur de Saint- Vallier, comte de Valentinois •^. H descendait d'une des plus anciennes familles
i. Déposition de Saint-Bonnet. — Mss. Dupuy, n° 484, f° 43 r° et v°; — Déposition d'Anne du Peloux, f" 71 v°. — Voir Mignet, Archives de Vienne, 1. de Praët, dépêche du 9 août.