‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 129 sur 366 · LIVRE H · texte numérisé non relu

LIVRE H

« irez donner à dos et le détruire, et son royaume. Je « vous prie, pour l'honneur de Dieu, de considérer tout « ceci, et, si vous n'avez égard au roi et àM""" sa mère, « lesquels vous dites vous tenir tort, au moins, ayez (( égard à la roine et à MM. ses enfants, et ne veuillez « estre cause de la destruction et perdition de ce (( royaume ; et, après que vous aurez mis les ennemis « dedans ce royaume ils vous chasseront vous-même. » Et à l'heure, ledict connestable luy dit : « Cousin, que « veux-tu que je fasse? Le roy et Madame me tiennent <f tant de tort et me veulent détruire ; ils ont déjà pris « la plus grande partie de ce que j'ay et me veulent <( faire mourir'. A quoi ledict déposant dit : « Monsieur, <( je vous en prie, veuillez laisser toutes ces méchantes « entreprises et vous recommander à Dieu et faites « tant que vous parliez au roy franchement, et vous « verrez qu'il vous dira. » Et ledict connestable se mit lors fort à plorer et fict plorer ledict déposant,

des moj-ens répétés de pousser Bourbon à bout. Ce passage-là paraît être développé pour le besoin de la cause. C'est en termes certainement )lus simples qu'il parla à son complice. Au contraire la réponse que ui fera le connétable semble vraie; elle est d'un bon sens absolu, triste et désespérée. Là encore on sent qu'il regrette son action, mais en même temps ne peut pas l'éviter.

1. S'il fallait en croire Uobert Macquereau (Histoire générale de l'Europe, t. 1, p. 179), //// aurail encore plus de torts à la charge du roi que nous n'en avons énoncés : « Le roy, ayant su que le jugement estoit ainsi rendu, envoya en la duchiet de Hourbon une grosse bende de ses ordonnances qui tout le pays et duchiel de Bourbon mangèrent et pillèrent, et s'y bouttèrent en aulcune place, rebellant à icelle ordonnance». Macquereau raconte que, lors de la visite faite par Bourbon au roi pour se plaindre du procès, les choses se seraient passées comme il suit : «Le roy se contenta assez mal des parolles et vint au duc pour le frapper en la joue; lequel gainchit le coup tellement qu'il tomiiy dessus sa teste qui découverte éloit. Le duc s'eslongna un petit de luy et mit la main à l'espée ; les aultres seigneurs se mittrent au miltain d'eulx. C'estoit horreur de veoir le roj- et pareillement le duc de Bourbon qui commencha à parler pour bon advis, disant : « Sire, après « m'avoir gasté tous mes biens en la duchiet de Bourbon, après encore « moy battre, je ne m'en contente en nulle fachon: donnez-moi mon « congié, puisque mon service plus ne vous plaist, et je m'en retireray « en ma maison mangierdu pain et des poix, où en quelque autre lieu. « — Allez! allez! je n'ai curre de vostre service ne de vous, cherchiés « ailleurs vostre party ou que mielz le trouvères, vous me ferez plaisir. » Je crois difficilement que la scène soit vraie ; si elle l'est, elle constitue une véritable accusation contre François h'.

166 LE CON.NÉTAIîLE DE lîOURBON

et dit à iceliiy déposant : « Cousin, je te promets ma (( foy que je ne le feray point et jeté croirai ; et te prie « que, selon le serment que tu m'as faict de tenir tout « ceci secret, tu le veuilles tenir et qu'il n'en soit « jamais nouvelles. » Et à l'heure dit ledict déposant luy dict quil n'en diroit jamais rien, et cuidoit iceluy déposant du tout avoir détourné ledict connestablc de l'entreprise dessus dicte; et croit ledict déposant fermement que ledict connestable pour ceste heure-là, n'avoit plus autre vouloir que de demeurer à la bonne grâce du roy et de demeurer bon François et ledict déposant dit audict sieur connestable : « xMonsieur, ne parlons plus de ceci, allons jouer. » Et s'en allèrent jouer au flux ', ledict connestable, ledict déposant, Févèque d'Autun et le sieur de Chamand - ».

Le connétable que son penchant naturel eu! rainait à ne pas trahir, se remit bientôt en comprenant qu'il était trop tard et qu'il n'avait plus qu'à persévérer dans son parti, quelque terrible qu'il l'ut et incertain. 11 fit fortifier ses deuxprincipales places, Chantelleet Cariât^, et appela près de lui deux de ses capitaines, La Clayette qui commandait sa compagnie d'hommes d'armes et Saint-Sapliorin qui devait lever 4.000 fantassins dans le pays de Vaud et le Faucigny^; il connaissait ce

1. Fiabelais a parlé de ce jeu au livre 1"'' de Gargantua. Il était, i") la mode, dés le règne de Louis XJl, et l'ut en grande faveur sous François 1"'. Le tlux se joue à quatre; chaque joueur prend trois cartes; et celui qui a toutes ses cartes de la même couleur ou qui a le plus de points gagne l'enjeu. Voir: La maison acadëinique, Paris, 1639.

Page 1