‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 128 sur 366 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

jours après la double attaque de l'empereur et du roi d'Angleterre, Bourbon entrerait en action avec ses propres troupes, qu'ilauraità tenir prêtes, et 10.000 lans-

prompt secrétaire. Dit iceluy déposant que la substance desdicts articles estoient que l'empereur donnoit audictconnestable M""^ Aliénor, sa sœur, pour femme, Iai|aelle ledict connestable acceptoit et, au cas que M""' Aliénor ne vouioit M. le connestable, ledict empereur lui donnoit M""' Catherine, son autre sœur, aux mêmes pactes de M"" Aliénor, c'est assavoir : 200.000 escus de dot payables à trois termes, sans aucune restitution, et ledict sieur connestable luy donnoit en douaire le pays de Beaujollois ([uil luy faisoit valoir 20.000 escus de revenu. Et, au cas que ledict empereur et l'archiduc son frère allassent de vie à trépas sans hoir, estoit accordé par ledii't mariage que M"" .Vliénor succéderoit es royaumes et seigneuries, que jiour lors tenoit ledict empereur et promettait de faire ratifier ledict traicté de mariage audict archiduc son frère. Et en outre, ledict sie.ur de Beaurain, au nom (le l'empereur, promettoit audict seigneur connestable de prendre parti, ni alliance avec quelque prince qui fut, sans avoir son consentement, et qu'il aideroit et portcroit ledict connestable envers et contre tous, sans nul excepté. Et dit que ledict de Beaurain en outre, portoit articles faits et accordés entre l'empereur et le roy d'Angleterre dallianci' et amitié entre eux, jjromettant iceluy empereur y faire entrer ledict connestable. Et consent ledict déposant a ouïr parler ledict de Beaurain que le roy d'.\ngleterre ne se pouvoit bienassurer de M. le connestable: toutesfois, ledict de Beaurain qui avoit esté en Angleterre de par l'empereur, l'en assura. Et contenoient iceux articles que ledict empereur devoit venir en France par le quartier de Narbonne, peut avoir deux mois ou environ qu'il devoit estre venu, comme luy ensemble, et ce avec 18.000 Espagnols, 10.000 lansquenets, 2.000 hommes d'armes et 4.000 genetaires (cavaliers armés de lances courtes; ils composaient la cavalerie légère de la milice espagnole; on les appelait aussi ginètes), avec grosse bande d'artillerie. Ledict roy d'Angleterre devoit descendre en France, tout en un même jour, avec 1.5.000 Anglois et îiOO chevaux et grosse bande d'artillerie. L'empereur luy devoit envoyer 3.000 lansquenets et 3.000 chevaux pour se joindre avec lesdicts Anglois; et M"" Marguerite devoit envoj-er 4 ou .'5.000 henuyers pour commencer la guerre sur la frontière de Picardie et se dévoient toutes ces descentes et entreprinses exécuter après que le roy seroit parti de Lyon pour aller en son voyage de Milan. Et ledict connestable n'estoit tenu se déclarer ne mettre aux champs jusques à ce que lesdicts empereur et roy d'Angleterre eussent esté dix jours des'ant une ville do France. Et devoit ledict empereur bailler 100.000 escus audict connectable et le roy d'Angleterre autres 100.000 escus. pour lever gens à son plaisir; lequel argent ledict connestable ne voulut jeûnais prendre et le laissa entre les mains des gens de l'empereur, et croit qu'une parlie a esté employée pour lever le nombre de lansquenets qui dernièrement ont été mis sus, ainsi que le roy a pu estre adverti; lesquels lansquenets doivent être amenés par le comte Félix. Et dit, sur ce enquis, qu'il est certain que ledict connestable, pourceste heure ne fit aucun serment ou promesse de tenir le contenu auxdicts articles et ne les signa. Et rlit que sur ce que ledict Beaurain luy dit : « Monsieur, il faut que vous juriez de tenir lesdicts articles »; ledict seigneur connétable lui dit : « J'en parleray avec vous. » Et dit que la dépesche dudict de Beaurain fut telle que ledict connestable lui bailla lettres adressantes à l'empereur de la substance qui s'en suit : « Monseigneur, j'ai vu ce que m'avez escrit par le sieur de Beaurain, et vous remercie très humblement du

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quenets qu'on lui enverrait d'Allemagne par la Franche- Comté. Il était formellement convenu qu'aucun accord ne serait fait avec l'ennemi commun sans l'avis préalable de Bourbon.

Le traité fut rédigé par Château, secrétaire de Beaurain, et transcrit à deux exemplaires dont l'un devait être porté à Charles-Quint et l'autre rester entre les mains de Bourbon. Personne n'était dons la confidence ; on n'avait pas pu appeler <( les gens de robe longue' ». Saint- Vallier, dans sa déposition, ne parle pas du serment qu'il fit en compagnie de Bourbon. Louis de Praët le consigne cependant dans sa dépêche à l'empereur. Bourbon et Saint- Vallier, après avoir en effet revêtu de leurs signatures les exemplaires des traités% en jurèrent sur l'Evangile la fidèle observation, le connétable en son nom et Beaurain au nom de l'empereur'. Tout une fois conclu, le connétable fit entrer

lion vouloir qu'avez envers nioy et vous promets que je ne l'ai moindre envers vous, couiuie vous dira le sieur de Beaurain. » Et envoya quérir ledict connestable Sainct-Iîonnet pour aller avec ledict de Beaiirain ; et ce fut toute la dépesche dudict de Beaurain qui fut faite en un soir, ea la présence dudict déposant. Et croit qu'il n'y ait eut autre chose. Et dit que ce soir même ledict connestable dit à part audict déposant : « Cousin, je ne baillerai aucun scellé et ne ferai aucun serment, en cette affaire ici ; il en viendra comme il pourra, mais j'aurai deux cordes à mon arc; et ne seroit raison que je mécontentasse l'empereur. » — Mss. D. 5.109, i" 8-lfi.

i. Dépèche de Louis de Praët à Charles-Quint [Archives de Vienne).

2. Saint- Vallier avoue ceci : « Enquis si les articles de ladicte alliance et puissance que portoit Beaurain estoient signés et scellés et s'ils étoient en parchemin ou papier ? Dit qu'ils estoient en papier comme si c'estoit une grande feuille de papier estendu écritetout au travers : et, au dessous, estoit le seing de l'empereur c'est à sçavoir : Charles; et son sceau imprimé sur le papier... et dit qu'il y a'voit un second papier qui contenoit l'alliance qui estoit entre l'empereur et le roy d'Angleterre où ledict connestable n'estoit aucunement nommé ni compris et estoit signé ce second papier par le roy d'Angleterre : Henry... Dit qu'il y avoit un tiers papier apporté par ledict de Beaurain qui estoit de l'alliance et amitié entre l'empereur et le roy d'Angleterre auquel estoit compris M. le connestable et n'est records ledict déposant si le tiers papier estoit signé et scellé et dit que, s'il eust eu des lunettes, il les eust tous lus ; et ne les eust su lire sans lunettes ». (Mss. 5.189, f° 9.20).

3. « Et jura ledict Bourbon pour sa part, et ledict de Beaurain delà Yostre sur les saints Evangiles, l'elfect et article qui s'en suivent, lesquels furent mis en escrit en deux millets de la main dudict de Beaurain, et signés des seings manuels des deux sieurs, dont l'ung demeure'

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Saint-Bonnet', vers minuit, pour l'envoyer en Espa§:ne. H le pria de prêter serment et lui dit - : k Je veux vous envoyer devers l'empereur auquel vous direz que je me recommande très humblement à sa bonne grâce, que je le prie de me donner sa sœur en mariage et que, en me faisant cet honneur, il me trouvera son serviteur, son bon frère et ami. » Il présenta ensuite Saint-Bonnet à Beaurain en lui donnant l'ordre d'obéir entièrement à ce dernier. Et ils partirent tous deux cette nuit-là même, une ou deux heures avant le jour, à destination de Gènes où ils devaient s'embarquer. Ils traversèrent les montagnes du Forez accompagnés de Lallière et de François du Peloux; Laitière les quitta le premier dans la principauté de Dombes et, après les avoir conduits jusqu'en Bresse, du Peloux retourna vers le connétable. Beaurain écrivit plusieurs dépêches chiH'rées qu'il adressa, en même temps qu'une copie du traité, à l'archiduc Ferdinand par le capitaine Loquingham et à Henri VI 11 par son secrétaire. Il invitait le frère de l'empereur à faire lever immi'diatement les 10.000 lansquenets à la tète desquels devait se mettre le duc de Bourbon au moment de sa révolte. 11 gagna Gènes, puis l'Espagne, au plus vite-^

Dès le lendemain du départ de Beaurain, Saint-Vallier, s'il faut l'en croire'*, fut pris de remords et conseilla au connétable de se dérober à tousses nouveaux engagements. Voici comment il parle au procès :

« Le lendemain et jour ensuivant, après la dépesche et partement de Beaurain avec Sainct-Bonnet, ledict déposant fut tout ce jour-là à Montbrison avec ledict

auprès dudirt de Bourbon et l'autre emporta ledict de Beaurain pour le montrer à Votre Majesté. » Dépêche Louis de Praët, 9 août. — Arc/iiues (le î ienne. — Mignet, p. 38o.

i. Voir plus haut la note où nous citons la déposition de Saint- Vallier.

2. Dépoî^ition de Saint-Bonnet, du 24 septembre. — Mss. Dupuy n« 484 f"43 V».

.3. Mignet, ouvr. déjà cité, p. 386, 387.

4. C'est lui en effet qui le raconte; et il a pu le faire pour paraître moins coupable; on n'a aucune autre preuve que sa déposition.

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connesfable ; et est records que, après disner, ledict sieur connestable entra en son cabinet et ledict déposant avec luy, seuls. Et lors, iceluy déposant commença a dire audict connestable : « Monsieur, ne vous fiez « vous pas bien en moy, ne me tenez vous pas pour « vostre très humble serviteur? » Auquel ledict connestable dit : « Cousin, je te promets que je me fie tant « à toi et te aime tant que si mon propre frère esloit « en vie je ne le saurois plus aimer que je t'aime. » Et ledict déposant le remercia en lui disant : « Monsieur, « vous médites hier beaucoup de choses esquelles j"ai « fort pensé et rêvé louteceste nuit tellement que je « n'ay su dormir et voudroit que Dieu me fist grâce de « vous savoir bien dire ce que je veux vous dire selon « Dieu, raison et conscience. Monsieur, vous me dites « hier, et je vois que, par ceste alliance que l'on vous « présente, vous devez être cause que l'empereur, le « roy d'Angleterre, AUemans, Espagnols et Anglois « entreront en France ; pensez et considérez le gros « mal et inconvénient qui se en suivra, tant en etTu- « sion de sang humain, destructions de villes, bonnes « maisons et églises, forcements de femmes, et autres « maux qui viennent de la guerre ; et considérez (]ue « vous êtes sorti de la Maison de France et l'un des « principaux princes qui soient aujourd'huy en France « et tant aimé et estimé de tout le monde que chacun « se réjouit de vous voir ; et si vous venez à estre cause « et occasion de la ruine et perdition de ce royaume, « vous serez la plus maudite personne que jamais (( homme fut et les malédictions que l'on vous donnera (( dureront mille ans après votre mort. Davantage « considérez-vous point la grande trahison que vous « faites que, après que le roy sera parti de son royaume « et aura tourné le dos pour aller en Italie, et vous K aura laissé en France, se confiant à vous', vous luy

1. Candeur peu probable de la part de François I", qui venait par

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