‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 131 sur 366 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Saint-Saphorin pour l'avoir eu sous ses ordres en Italie. Il chargea ensuite Antoine de Chabannes, évoque •du Puy, d'aller demander au duc de Savoie desedécla-* rer en sa faveur; le duc était son parent'. Aymard de Prie devait enfin introduire dans Dijon, où il commandait, 1.000 hommes de pied-. Le connétable comptait quant à lui entraîner le jour de la révolte 2.000 gentishommes dont il assurait avoir la parole^. Il espérait beaucoup en deux jeunes seigneurs normands qu'il avait comblés de ses bonnes grâces et de ses générosités, Matignon et d'Argouges ; il leur écrivit de se rendre à Vendôme où Lurcy, son agent, leur ferait part des

(f" 96, r) : «Cappitaine, j'ay receu voz lettres... et pour ce que vous m'escipvez que bientost déslogerez de la cour pour aller en lAuxerrois, je ne vous ay point escript par Montbardon; espérant d'envoj^er devers vous en l'Au.xerrois coninie je fays à présent. Kl, quant à ce que vous me faictes savoir que Madame a parlé à vous de mon atlaire, vous disant le bon et grant vouloir que le roy et Madame ont envers moy et que n'attendent que ma venue pour le vuyder, je vous advise que alors que je receu/. lettres du roy et de Madame pour aller devers eu.x, j'estoys desjà en ce pays tirant en Languedoc, pour ce que M. l'amiral m'avoit fait entendre cpie si je alloye faire ung tour, le roy et Madame l'auroient fort à plaisir. Et, en passant par ce pays, je vouloye bien veoir la monstre de ma compaignie et, cela faict, tirant mon chemin en Languedot, visiter Nostre-Dame du Puy où j'ay ung pèlerinage. Mais, après avoir entendu le vouloir du roy que aud. Languedut il y avoit •envoyé M. le mareschal de Foi.x, je luy feys response, aussi à Madame, les supplians vouloir estre contens que je fisse mon pélerinaige du Puy <lont je n'estoye que à dix ou douze lieues. Et tantost après, je receuz autres lettrés de M. l'admirai qui me mandoit que le roy l'envoyoit à Lyon et l'avoit chargé me venir trouver là où je seroye pour parler à moy de par mondit seigneur, laquelle chose me feit délayer mond. voyage du Puy, là où je estoye prest à monter à cheval pour y aller et €scripviz à M. l'admirai que pour luy évyter la peyne de me venir trouver entre ces montaignes. je m'en yrois à ïlouenne pour l'actendre en son chemin. Mais depuis m'est survenu quelque peu de l'ascherie de maladie qui me fait séjourner en ce lieu-là où j'ay envoyé guérir les médecins de Lyon par l'advis des myens, et en a.y adverty M. l'admirai, le priant de prandre ceste poine de venir me trouver ycy puisque ne m'est possible pour l'heure à aller aud. Rouenne et avoir parlé à luy, je m'en iray parachever mond. Pélerinag^e du Puy, dont je vous ay bien voulu advertir, vous advisant que si vous me povez venir me trouver en mond voyage du Puy, vous me feriez bien grant plaisir. — Et à Dieu, cappitaine, qui vous ayt en sa garde. A Montbrisnn, le xx" de juillet. Et audessoubs est escript : Ch.^kles. Et, plus bas : Marillac>>. (Bibliothèque nationale, fonds fr., n° 3109, f° 193 v", etc.).

1. Interrogatoire de l'évèque du Puy, 6 et 7 septembre; — idem, f° H. -2% et fMS.^i, 2°.

2. Déposition de l'évèque du Puy, mss. Dupuy, f° 183 r" et 189 r" n" 484. — Mignet, p. 389.

3. Déposition de d'Argouges et de Matignon. Mss. D, f° o v° et 7 r".

plans à exécuter^; par eux, il projetait de faciliter la descente de l'armée ang^laise en Normandie.

Il tomba malade encore à ce moment-là, d'une fièvre tierce, quarte on autre, et quitta Montbrison en litière '-. Il allait attendre à Moulins la venue des événements et se reposer avant d'agir; il comptait le faire quand François I" serait parti pour reconquérir le duché de Milan. Une fois encore il aurait, paraît-il, hésité, et avant même de quitter Montbrison, Bonnivet serait venu le voir; — mais on demeure surpris devant la déposition de Saint- Bonnet, d'après laquelle M. Paris parle de cette visite. Il est incroyable qu'on ait choisi à la cour justement un homme qui détestait le connétable pour essayer de le faire revenir au roi. Les assurances qu'il apportait étaient nulles pour Bourbon ; un fait seul pouvait prévaloir et l'influencer. En effet, si à ce moment-là même, François F'' avait arrêté le procès et rendu les terres qu'il venait de saisir, cette mesure eut amené très probablement la rupture des engagements pris avec Charles -Quint. En admettant que cette démarche eut lieu et que le connétable n'en ait pas tenu compte, il faut constater qu'elle était trop tardive et qu'il avait le droit maintenant, après tout, de ne plus entendre raison. Son entourage, de plus, influait beaucoup sur lui pour l'engager à servir l'Empereur '. 11 allait d'ailleurs être trahi, comme cela se

1. Déposition de l'évèque d'Aulun, mss. D. — «Ledict connestable estoit si malade qu'il ne pouvoit escrire.» Déposition de Saint-Vallier (Voir : Guitlrey, ouv. déjà cité, p. 87, 88).

2. Dép. de d'Ai-ffouges et de Matignon. — Mss. D, f" 5 v° et 7 r.

3. « Lesd. évesque d'Austun, Espinat le \'ieulx. Bavent et Tensanes s'assemblèrent en une petite chambre hanlle dud. logis par manière de conseil, et feisrent appeller led. suppliant, lequel alla en lad. chambre parler à eulx... Et cogneut led. suppliant que icelluy évesque d'Austun se montroit chef du Conseil dudit connestable... Toutesfoys oyt que ledévesque d'Austun dit ces parolles : Qu'il ne failoit pas que led. connes. table s'attendit à ce que led. admirai luy vouiilroit dire, et que ce n'estoit que toute tromperie, et qu'il ne falloil que led connestnble laissât le pai'ty de l'empereur. Oultre led. suppliant vyt cpie icelluy évesque d'Austun dit ces parolles : Q)ue led. conncsiable s'estoit tort courroucé

Page 1