LIVRE H
passe toujours, par deux des gentilshommes sur lesquels il pensait pouvoir le plus compter.
François l"'' avait terminé les préparatifs de cette expédition d'Italie qu'il devait conduire lui-même et dans laquelle il espérait tant. 11 avait fait argent de tout, aliéné les biens de la couronne, pris les matières précieuses des églises, emprunté à l'hôtel de ville de Paris et décrété d'énormes impôts; il laissait derrière lui un royaume mécontent. L'amiral Bonnivet, en attendant que le roi vint se mettre en personne à la tète des troupes, commandait. Il avait précédé son maître à Lyon et le devança en Italie. Lautrec défendait la Gascogne et Lescun le Languedoc contre les Espagnols au cas oii ceux-ci seraient descendus par la Navarre et le Roussi lion. PSe pouvant agir par ses armées contre le roi d'Angleterre, François I" comptait le retenir dans son royaume par Richard de La Poole et surtout par le duc d'Albany débarqué à Edimbourg à la tète d'une armée écossaise. Louise de Savoie restait comme régente ; son tils l'avait recommandée aux prévôts de l'hôtel de ville. De Fontainebleau, il gagna Gien, puis se prépara à partir pour Lyon.
Il savait en bloc à quoi s'en tenir sur les intrigues du connétable, mais n'avait pas encore sur elles de données précises. Avant même qu'il ne quittât Paris, on lui avait vivement conseillé de ne pas le laisser en France '. A Gien, d'Escars, pris de remords,
et avoit dit qu'il quicteroit tout et les laisseroit au dyable et que l'admirai venuit, et qu'il prendroit nostre paity. Et led. évesque d'Austun dit qu'il attendroit f|ue reste fureur feust passée, et qu'il remectroit led. connestable, et que ce seroit faulte de cueur et trop laschement t'ait à luy de se repentir... » (Procès, f" 272 v°.) 1. Interrogatoire de Popillon {Procès, n° 4S4, f" 16(5 v°).
i70 LE COMNÉTABLE DE BOURBON
lui avait dit: « Si j'étois aiissy soupçonneux que le feu roi Louis XI, j'aurois grant occasion d'entrer en défiance du seigneur conneslable, car on m'a rapporté qu'il est curieux d'avoir des nouvelles d'Angleterre, d'Allemagne, d'Espagne, de quoi il pourroit bien se passer' ». Le roi croyait savoir que le connétable n'était pas sans engagements avec l'étranger; il dit même être sur que l'Anglais Jernighan était venu prendre le serment de Bourbon en Bourbonnois. Les dernières indécisions royales ne devaient pas durer longtemps; Matignon et d'Argouges allaient bientôt révéler tout ce qu'ils savaient.
Ces deux gentilsbommes vers lesquels le connétable avait expédié Lurcy s'étaient trouvés au rendez-vous fixé à Vendôme pour les premiers jours d'août. Lurcy les conduisit dans une cbambre isolée de V Hôtellerie lies T/'ois-Rois où ils étaient descendus ; il leur fit jurer (précaution bien inutile) de ne rien révéler de ce qu'il allait leur dire et leur expliqua la conspiration. Convaincu de leur sincérité, il leur proposa de faciliter l'accès et l'occupation de la Normandie par l'amiral d'Angleterre 2. H leur promettait de leur faire donner le gouvernement de cette province lorsque le connétable, après avoir marcbé sur Paris, se ferait nommer gouverneur et roi. François P' devait être pris entre Moulins et Lyon, puis enfermé à Chantelle. Lurcy, quant à lui, jugeait qu'il fallait alors le tuer, mais le connétable se refusait énergiquement à cette exécution '^ Les deux gentilshommes qui, paraît-