LIVRE II
il ', croyaient avoir été appelés simplement pour suivre le connétable à Lyon près du roi, s'indignèrent et s'inquiétèrent à la lois. Ils avouèrent même s'étonner de pareils projets, venant de la part du connétable, et d'Argouges refusa net d'y consentir, en déclarant que jamais, quoiqu'il advint, il ne serait traître à son pays; Matignon, après avoir demandé une nuit de réflexion, répondit comme son camarade, en ajoutant qu'il aimerait mieux mourir qu'agir de la sorte. N'osant, d'autre part, manquer à la parole qu'ils avaient donnée de ne révéler à personne ce qu'ils venaient d'apprendre, ils usèrent d'un procédé fort peu délicat en pensant que le tribunal de Dieu auquel ils allaient s'en remettre les autorisait à ne pas garder leur secret, puisque ce tribunal est au-dessus de tout ce qui existe en ce bas monde; ils s'adressèrent donc à l'évéque de Lisieux, et lui apprirent tout ce qu'ils savaient en se confessant à lui. L'évéque de Lizieux, estimant à juste titre, en bon patriote, que l'intérêt de l'Etat primait celui de la discipline ecclésiastique, avertit au plus vite le grand-sénéchal de Normandie-. Celui-ci entin informa le roi non moins rapidement par deux courriers porteurs d'une lettre écrite en duplicata dans laquelle il prévenait l'invasion que devait seconder <( un des plus gros personnages de son royaume et de son sang » ; c'était clairement désigner Charles de Bourbon. 11 indiquait en môme temps à François I" les dangers qu'il courait lui-même, ce qui achevait
en Normandie Ki.OOO paj'es anglaises. Ces gens recevront de vous un bon secours, soit en les accueillant à leur arrivée dans vos terres, soit en leur fournissant des recrues et des vivres...» (Cité par M. Paris, ouvr. déjà cité, p. 127.) — « Hz estoient en propos de prandre le roy entre Moulins et Lyon, avecques cent chevaulx, et luy mectre un chapperon en gorge et le mener à Chantelle. Et estoit led. Lurcy d'oppinion qu'or, luast led. seigneur roy, mais mond. seigneur le connestable ne s'y vouUoit consentir» (f° 4 v°).