‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 155 sur 366 · Ed. déjà citée, p · texte numérisé non relu

Ed. déjà citée, p

de par le roy sur ladite rivière, cependant que Pompérant alla pour entendre des nouvelles. Lequel, estant arrivé près du pont de Vienne, trouva un boucher auquel il fit entendre qu'il estoit archer de la garde du roy, luy demandant si ses compagnons n'estoient pas venus à Vienne pour garder le passage, à ce que M. de Bourbon ne passast la rivière et que ses compagnons luyavoient mande que leur enseigne s'y devoit trouver. Le boucher lui feit response qu'il n'y en avoit aucuns, mais bien avoit-il entendu qu'il y avoit force gens de cheval du costé du Dauphiné. Pompérant, ayant entendu le passage n'estre gardé, retourna devers M. de Bourbon, et conclurent de ne passer point le pont, craignant d'estre cogneus, mais aller passer à un bac à demie lieue de là; auquel lieu, estant embarqués, 10 ou 12 soldats de pied s'embarquèrent avec eux, chose qui estonna ledit de Bourbon mesme qu'estant au milieu de la rivière, Pompérant fut recogneu par aucuns desdits soldats, qui donna plus grande terreur à mondit seigneur de Bourbon. Toutesfoys, il fut rassuré par ledit Pompérant disant que s'ils cognoissoient quelque hazard, ils couperoient la corde pour faire tourner le bac vers le pays de Vivarez, où ils pourroient gaigner les montagnes et se mettre hors de danger; mais ils ne tombèrent en cest inconvénient'... Ayans mesdits seigneurs de Bourbon et Pompérant passé la rivière, tant qu'ils feurent à la veue des hommes, suivirent le grand chemin de Grenoble, puis tournèrent à travers les bois droict à Saint-Antoine de Viennois, et allèrent loger à Nanty, en la maison d'une ancienne dame vefve, laquelle, durant le souper, recogneut Pompérant et luy demanda s'il estoit du nombre de ceux qui avoient faict les fols avecques M. de Bourbon.

1. Ces soldats ignoraient sans doute que Pompérant fût de complicité avec le connétable, sinon comment expliquer leur réserve? Par le respect? c'est peu probable; la promesse de 10.000 escus d'or soleil les eût rop tentés.

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Pompérant respondit que non, mais que bien il vouldroit avoir perdu tout son bien, et estre en sa compagnie. Sur la fin de table, vindrent nouvelles que le provost de Ihostel estoit ou avoit été à une lieue de là, bien accompagné, à la poursuittedeM.de Bourbon, dont il fut eslonné, de sorte qu'il se voulut lever de table pour se sauver; mais il en fut empesché par ledit Pompérant par crainte de donner souspeçon à la compagnie. Au sortir de table, montèrent à cheval, et allèrent loger à six lieues de là auquel lieu ils séjournèrent un jour pour reposer leurs chevaux, parce que c'estoit un lieu incogneu dedans les montagnes. Le mardy en suivant, dès le poinct du jour, prindrent le chemin du pont de Beauvoisin pour tirer droict à Chambéry où, par les chemins, trouvèrent un grand nombre de cavalerie allant à la suite de l'armée que conduisoit M^' l'admirai de Bonnivet, en Italie, dont ils eurent grand'peur d'estre cogneus. Enfin, le mercredy, sur le tard, arrivèrent à Chambéry, où ils conclurent de prendre la poste jusques à Suse, et de là prendre le chemin par les pays de M. de Savoye pour arriver à Savonne ou à Gennes, et là s'embarquer en Espagne trouver l'empereur ; mais le matin qu'ils dévoient partir, le comte de Saint-Pol passa en poste, prenant ledit chemin de Suse, pour aller trouver M. l'admirai en Italie, par quoy, ils changèrent leur dessein, prenans le chemin du Mont du Chat; et à huict lieues au dessus de Lyon, repassèrent le Rhosne, prenans le chemin de Saint-Claude. Et y estant arrivés ne trouvans le cardinal de la Baulme, n'y firent séjour que d'une nuict et allèrent trouver ledit cardinal à la tour de May, maison dépendante de l'abbaye de Saint- Claude, oii il faisoit sa demeure * ».

Le roi tenta une démarche suprême, peu sincère, auprès du connétable. Il lui fit proposer la restitution de

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