LIVRE III 21T
se trouvait giiéable on plusieurs endroits. Les Français traversèrent donc facilement, et Prospero Colonna dut se replier en toute hâte sur Milan.
La ville était assez difficilement défendable, ouvertesur plusieurs points, étendue sans régularité sur l'immense plaine où elle s'élève. Les ouvrages en terre faits précédemment n'avaient pas été entretenus. Le premier mouvement de Colonna et de Francesco Sforza fut de l'évacuer, comptant sur l'arrivée imminente de Bonnivet; et si le général français avait eu l'intelli-^ gence d'agir aussitôt, la campagne se fut trouvée finie sans coup férir, en lui valant le duché ; malheureusement il s'arrêta sur le Tessin plusieurs jours, perdant son temps à mettre des garnisons dans les petites places abandonnées et à établir un pont à Vigevano; ensuite il s'avança très lentement et trop tard. Profitant de cette faute, Colonna avait employé tout ce temps à protéger Milan; jour et nuit, on avait travaillé à relever les remparts, à fermer les brèches et à rétablir les bastions; la population elle-même, animée par Girolamo Morone chancelier, et surtout par la présence de son duc, aidait les soldats et se montrait ardente. Lorsque Bonnivet arriva, tout était préparé pour le recevoir. Il s'approcha sans rencontrer d'obstacle, plaça son camp au sud-ouest, entre la porte qui conduisait au Tessin et celle qui menait à Borne, et mit ses canons en batterie. Après s'être étonné du calme de la ville et de l'indifférence avec laquelle elle paraissait assister à tous ses préparatifs, il fut saisi à nouveau de cet excès de prudence qui l'avait empêché de s'en emparer une première fois ; et, craignant qu'une place aussi sérieusement défendue ne fournisse une terrible et trop meurtrière résistance, il se contenta de la bloquer, déclarant l'assaut impossible. 11 changea son camp et le transporta entre Pavie et Lodi. « Dans cette position, il intercepta du côté du nord et du côté de l'est toutes les communications avec la place qu'il se
proposait de soumettre en l'affamant. A l'ouest, il tenait le cours du Tessin par Abbiate-Grasso et Vigevano, empêchant .ainsi l'envoi des vivres qui pouvaient y arriver de la Lomelline. 11 fit occuper au nord le fort emplacement de Monza où il laissa assez de troupes pour inquiéter Milan dans cette direction et pour s'opposer à ce que des subsistances y parvinssent de la Lombardie supérieure.
11 rendit ce blocus encore plus rigoureux en détournant les eaux qui entraient dans la ville et en détruisant tous les moulins qui s'élevaient aux environs. N'ayant pas envahi soudainement le duché, Bonnivet était réduit à le conquérir pièce à pièce. Quatre villes avaient été conservées par Prospero Colonna, Milan où il s'était enfermé lui-même, Pavie, sur le Bas Tessin, dont il avait conlié la garde à Antonio de Leyva, Lodi, sur l'Adda, et, un peu au-dessous do la jonction de l'Adda avec le Pô, Crémone où il avait envoyé la garnison d'Alexandrie. De ces quatre points qu'il croyait pouvoir défendre, le prudent général italien espérait reprendre tout ce qu'il livrait aux Français, lorsque leur ardeur se serait ralentie, lorsque leurs forces se seraient épuisées, et que les troupes des confédérés se seraient accrues'. » Bonnivet cependant allait au début paraître avoir l'avantage-. Bayard, à la tête de <S.000 hommes de pied, de 400 hommes d'armes et de 10 pièces d'artillerie, occupa Lodi et attaqua Crémone avec de grandes chances de succès 3. Milan commençait à connaître la famine ; les Vénitiens ne tenaient pas leurs engagements d'alliance ; Crémone, par exemple, allait être prise sous leurs yeux sans qu'ils fissent rien pour essayer de la sauver; les Florentins, les Siennois, et les Lucquois, qui étaient aussi de la