‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 185 sur 366 · Collection Petitot, t. XVI, p · texte numérisé non relu

Collection Petitot, t. XVI, p

sa confession, « le bon chevalier sans paour et sans reprouche rendit son âme à Dien ; dont tous les ennemys eurent deuil non croyable. Par les chiefs de l'armée des Espaignolz furent commis certains gentilshommes pour le porter à l'église où luy fut fait solennel service durant deux jours K » Voici enfin le récit de Ghampier : « Quand le seigneur de Bourbon qui pour lors estoit chief des ennemis seut que Bayard estoit blecé à mort, si vint à luy et luy dict : « Bayard, mon ami, (( je suis desplaisant de vostre inconvénient : il faut « prendre patience; ne vous donnez mélancolie; je « vous envoyerai guérir les meilleurs chirurgiens de ce « pays et, à l'aide de Dieu serez tost guéry. >■> Et quand Bayard eust ouï ces paroles et Teust cogneu, luy dict : « Monseigneur, il n'est pas temps à moy de quérir les « médecins du corps, mais ceulx de l'âme. Je cognois (( que je suis blecé à mort et sans remède, mais je « loue Dieu qui me donne la grâce de le cognoître à la « fin de ma vie. Je prends la mort en gré et n'ay aul- « cime desplaisance ne regret de mourir, fors que je « ne puis faire service aulcun pour l'advenir du roy, « mon souverain, et qu'il le me faut délaisser à ses plus « grants atïaires, dont je suis très dolent et desplai- « sant? Je prie à Dieu que après mon trespas, il aye « tel serviteur que je vouldrois être. » S'en alla le dict seigneur les larmes aux yeulx, et dict à ceux qui estoient avec luy : « C'est une chose pitoyable de veoir (( ce bon chevalier ainsy mourir, qui si noblement et (( si loyaument a servy tousjours ses princes roys de « France sans aulcune répréhension. Bien est heureux « le prince qui a ung tel serviteur, et ne sçait la France (( qu'elle a perdu aujourd'huy à ce noble chevalier^. »

Page 1