Pescaire
LTVRE III
« feroye, auriez congnoissance de combien j'ay estimé (' la haulte prouesse qui estoil en vous. Le premier « loz que vous donnèrent ceulx de ma nation, quand « on dist mouches grisonnes et paiicos Bayardos, ne « vous fut pas donné à tort; car, depuis que j'ai con- « gnoissance des armes, n'ay veune ouy parler de che- « valier qui en toutes vertus vous ait approuché : et « combien que je deusse estre bien aise vous veoir « ainsi, estant asseuré que Tempereur mon maistre en c( ses guerres n'avoit point de plus grant no rude « ennemy, toutesfois, quand je considère la grosse « perte que l'ait aujourd'huy toute chevalerie, Dieu ne « me soit jamais en aide si je ne vouldroys avoir donné « la moytié de moy vaillant, et il feust autrement. « Mais puisque à la mort n'a nul remède, je requiers « cil qui tous nous a créés à sa semblance qu'il veuille « retirer vostre âme auprès de luy », Telz piteux et lacrymables regretz faisoit le gentil marquis de Pescare et plusieurs autres cappitaines sur le corps du bon Chevalier sans paour et sans reprouche; et croy qu'il n'y eu pas six de toute l'armée des Espaignols qui ne le veinsissent veoir l'ung après l'autre ^ ». Comme on voit, le connétable n'est même pas nommé. Le Loyal Serviteur raconte ensuite les discours que tenaient les chevaliers et que Bayard, après s'être confessé d'abord à son maître d'hùtel, exhortait celui-ci à ne pas pleurer sur sa mort; le prévôt de Paris, d'Allègre et l'un des capitaines suisses, Jean de Diesbach arrivant ensuite, Bayard les renvoya de peur que l'ennemi ne les lit prisonniers et les chargea de saluer le roi de sa part. Il se confessa une seconde fois ensuite, à un prêtre, car « il demoura encores en vie deux ou trois heures; et par les ennemys lui fut tendu ung beau pavillon, et ung lict de camp sur quoy il fut couché^. » Ayant fini