‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 187 sur 366 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

A notre avis, il est fort probable que ces paroles furent les paroles réelles prononcées par Bayard. Je ne le vois pas, quant à moi, critiquant le connétable au moment de mourir; peut-être y eut-il un léger mot de reproche; peut-être aussi ne dit-il rien du tout, et ce doit être le plus vrai'. 11 est impossible devant les trois

même où le connétable est tué; pourquoi donc aurait-il été bien en cour en n'en parlant pas ; François 1°' avait un ressentiment certain contre Bourbon ; le contraire n'est pas soutenable. Enfin, si l'on admet avec M. Roman que la première édition du Loyal Serviteur qui serait de son vrai nom Jacques de Mailles remonte à 1524, l'argument de M. Paris n'a pas plus de valeur. 11 est faux, croyonsnous, de prétendre que Champier n'a pas parlé de Bourbon par crainte de blesser la maison de Bourbon-Montpensier. Ces deux hommes écrivent à une époque où, l'autorité royale ayant mis la main sur les biens du connétable, il est utile, pour se faire bien venir en cour, de se montrer contre le traître. Ce qu'écrit à ce sujet M. Paris me semble, je l'avoue humblement, incompréhensible. Après avoir dit que la réponse indiquée par Champier est la monnaie de la pièce d'or conservée par du Bellay (jolie phrase qui ne prouve rien). « si cette réponse, met-il, a été modifiée, on peut admettre que ce fut dans la crainte de blesser la {.q-ande maison de Bourbon-Montpensier. Dans tout son livre, Champier avait évité de mentionner la trahison du connétable. La même crainte parait avoir également agi sur l'auteur de l'agréable récit publié deux ans plus tard que les (Restes et la ]'ie du preux chevalier Bayard de Symphorien Champier, sous le titre suivant: la très joyeuse, plaisante et i-écréative Histoire composée par le Loyal Serviteur, 1527. Le roi venait alors de rentrer en France, grâce au traité de Madrid dont une des conditions était qu'on regarderait la conjuration du connétable comme non avenue (on verra comme cette clause a été exécutée !), et qu'on rendrait même à ce grand criminel les terres et les prérogatives dont il jouissait avant sa sortie de France. Lacensure, nouvellement établie sur les livres, n'aurait pas permis de réveiller ce levain de douloureux rÊssentiments, et voilà pourquoi dans ce roman historique, le nom du connétable, à partir de sa trahison, n'est pas une seule fois prononcé. On évite même, dans l'un et dans l'autre ouvrage, de rappeler comment, en 1.518, en présence du roi, dans le château de Moulins, Bayard avait été invité à armer chevalier les fils du connétable. Notons, en passant, que cette défense de parler du duc de Bourbon, religieusement observée par tous ceux qui tenaient a conserver les bonnes grâces de la cour, eut pour effet de laisser le champ libre à ceux dont l'intérêt était de justifier ou, du moins, d'excuser le grand conspirateur. » Si le livre a paru en 1324 (et il n'en existe aucun exemplaire mille part, jusiju'à présent du moins, qui puisse le prouver, l'affirmation à ce sujet n'étant qu'une probabilité émise par M. Roman), je ne crois sincèrement pas qu'on eût empêché de parler du Connétable ; s'il a paru en 'l.=i2~ (ce qui est prouvé et ce qui prévaut comme opinion généralement admise), tout ce que dit M. Paris devient inutile, puisque les clauses du traité de Madrid se trouvent alors depuis longtemps violées et c[ue le connétable est mort ou va mourir et, en tous cas, n'a même plus auprès de Charles-Quint sa situation du début,

1. J'ai en effet une fâcheuse tendance à croire que les paroles sublimes prêtées à des mourants ou à de grands capitaines en face du danger ont été inventées après coup. On se rappelle l'anecdote de Beyle sur Murât. (Voir: H. B., par un des quarante.)

contradictions précédentes de présenter une affirmation. Le discours cependant qui a prévalu est celui de du Bellay parce qu'il est le plus simple et le plus frappant. Beaucaire qui a plutôt défendu le connétable au long de son histoire parle dans le même sens : « Bayardus ex œquo exceptus ad quercum, ore ad hostem converso, deponi voluit. Quem intérim Borbonius invisens se plurimum ejus fortuna commoveri dixit, qui vir fortis, dumstolidihominisimperio paret, cui imperare debuit, in eum casum inciderit. Cui Baiardus : NuUa commiseratione ni fallor eget, inquit, viri boni ac militaris officio functus : patria* quam dédit vitam reddo, popularibus meis ex tanto discrimine eductis. Tu vero, princeps magnanime, quam hic facias qui arma contra patriam feras, ipsevideris. Sitibijustam fortasse rex Franciscus occasionem dédit. Themistoclis, Coriolani, Cœsaris ac cœtererum qui armis patriam vexarunt, exitus perhorresce. Erat enim Baiardus bonis litteris tinctus, ita puerum Gratianopolitanus pontifex patruus bene instituendum curarat^ » 11 ne faut pas oublier que Martin du Bellay ne fut pas témoin de la mort de Bayard, tandis que le Loyal Serviteur s'y trouvait et resta à son service jusqu'à son dernier soupir. « 11 ne dit pas un mot de l'entrevue qui aurait eu lieu entre Bayard et le duc de Bourbon et des paroles sévères que le mourant aurait adressées au prince. Si elles avaient été prononcées, le Loyal Serviteur, qui n'a gardé l'anonyme que pour parler en toute liberté des grands de son siècle, n'eut certainement pas manqué de les citer. Son silence absolu nous permet donc de croire qu'elles sont apocryphes et qu'elles n'ont été dictées à du Bellay que pour faire sa cour à François 1". Bien n'était plus ingénieux en effet que de mettre dans la bouche du preux chevalier la condamnation du connétable. Bayard, d'ailleurs, lorsqu'on se rend

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