LIVRE I
adriatique » dont la puissance pour l'époque et, étant donnée l'exiguitô de son territoire, était formidable. Maximilien réclamait pour sa part Vérone, Vicence et Padoue; et il décréta que le doge Lorédan serait mis au ban de l'Empire. Ferdinand le Catholique voulait reprendre Brindes, Otrante et Gallipoli. Le roi de Hongrie revendiquait le pays dalmate. Louis XII regrettait la Ghiara d'Adda. Il fut assez facile de s'entendre, surtout pour Louis XII et Maximilien, car le pape, hésitant encore, n'entra que plus tard dans la combinaison. Venise en effet, apprenant ce qui se tramait contre elle, avait eu l'idée de se tourner du côté delà France dont elle s'était toujours montrée une alliée lidèle, et de la détacher de Maximilien; il faut avouerqu'au strict point de vue français la politique de Louis Xll était peut-être hasardeuse. Ce fut l'orgueil de la République Sérénissime qui empocha la négociation, car Jules H, au début de son pontificat, était hostile à la France'. L'accord vint de ce que Venise avait blessé tout le monde ; la haine commune rendit alliés des adversaires. Movennantune
ne peut cacher son admiration pour Louis XII écrit, un peu avant l'expédition du Milanais, tandis qu'elle est iuiuiinente. « après avoir conclu des traités avec nous, il (Louis XII) pouvait tenir pour parfaitement assurée la sécurité du royaume de France ^>. Il fallait que Louis XII restaurât cette influence importante ruinée par la défaite de Novare et le désastre de Verceil. — Ce n'est pas l'Europe qui divisait l'Italie — et ceci est très important — mais l'Italie qui, incurablement divisée, appelait les peuples d'Europe à entrer dans le conflit sanglant de ses intérêts. (Elle agit de même à partir de 1840 et même avant.) Cela étant, la France n'avait pas le droit de s'abstenir; d'autre part, la République de Venise, devenant trop forte par rapport aux petits Etats voisins, le pape devait s'inquiéter et souhaiter la réduire. On ne se fait pas l'idée à notre époque de l'importance que l'élément français avait acquis dans la Péninsule. Sismondi oublie trop que l'Histoire n'est pas une école d'idéalisme. Les petits Etats italiens ne concevaient nullement l'idée d'une Italie comme celle d'aujourd'hui ; cela ne leur venait même pas à l'esprit, et Laurent de Médicis, qui avait peut-être rêvé quelque chose d'approchant, avait pu constater que c'était impossible. — 'V'oir à ce sujet le livre si documenté de M. L. Pellissier, Louis XH et Ludovic Sforza Paris, Fontemoing, 1896) ; et sur la ligue de Cambrai, en dehors des historiens modernes : Jean-Baptiste Dubos, Histoire de la ligue faite à Cambrai en l.'JOS (2 vol., Paris, I709i.
1. Guichardin, liv. Vll, chapitre i. Même encore au dernier moment le pape hésita et, son appel une fois adressé à Maximilien et à Louis XII, il fut saisi de regret. Il avait pris son parti lentement et flottait
somme de 100.000 écus, Maximilien renonça au mariage que les fiançailles du i^lessis avaient déjà brisé. Les petits Etats d'Italie promettaient leur aide et Florence elle-même entrait dans la ligue ; Louis XII lui versait 150.000 ducats pour l'aider à soumettre Pise ; le roi s'engageait, en outre, à faire tous les frais de l'expédition'. Les troupes françaises se réunirent à Lyon.
entre son désir de réoccuper les Romagnes et de se venger des Vénitiens et la crainte que lui causait le roi de France ; il intrigua même auprès de Venise, la ligue une fois établie, lui promettant de s'en retirer si elle consentait à lui rendre certaines places autrefois dépendantes du Saint-Siège.
1. Guicliardin, liv. VIL — Il faut dire que Florence devait rendre une partie de la somme une fois que Pise serait vaincue et que le duché de Milan fournissait pour sa part 100.000 livres. Voici d'ailleurs quelles étaient les conditions exactes, d'après Guicliardin : « On ne publia qu'une paix et une alliance perpétuelles entre le pape et tous les princes confédérés, mais il y eut des articles secrets qui contenaient des choses bien plus importantes. Après un préambule très chrétien, dans lequel on exposait le grand désir qu'avaient les puissances de faire ensemble la guerre aux inlidèles, et l'obstacle que les Vénitiens avaient apporté à l'exécution de ce dessein en s'emparant des terres de l'Eglise, il était convenu qu'on prendrait les armes contre ces républicains pour les obliger à rendre les villes et les terres qu'ils détenaient à chacun des confédérés, savoir : Facnza, Rimini, Ravenne et Cervi au pape: Padoue, Vicence et Vérone à l'Empire; le Frioul et Trévise à la maison d'Autriche : Crémone, la Ghiara d'Adda, Bresse. Bergame et Crème au roi de France ; et au roi d'Aragon les ports et })laces du royaume de Naples engagés par Ferdinand II ; que le roi de .Naples commencerait la guerre en personne le !'"■ avril prochain et «lue le pape et le roi catholique la feraient aussi le même jour : ipie, pour fournir à l'empereur un prétexte honorable de rompre la trêve, le pape lui demanderait du secours comme protecteur de l'Eglise ; que. sur cette demande, Maximilien lui enverrait au moins une compagnie de gens d'armes et que, quarante jours après que le roi de France aurait ouvert la campagne, l'empereur attaquerait aussi en personne les Etats des Vénitiens; qu'aussitôt que l'un des alliés aurait recouvré ce i|ui lui appartenait, il seconderait les autres jusqu'à ce qu'ils fussent aussi rentrés dans leurs biens; qu'ils seraient réciproquement tenus de se défendre les uns et les autres s'ils étaient troublés par les ^'énitiens dans la possession des places reconquises et qu'aucun des confédéiés ne pourrait traiter avec l'ennemi sans le consentement des autres; que le duc de Ferrare. le marquis de Mantoue ci tout autre qui prétendrait avoir été dépouillé par les Vénitiens pourraient accéder à la ligue dans trois mois et, qu'en ce cas, ils jouiraient de tous les avantages du traité, que le pape presserait les Vénitiens, sous peine de censures ecclésiastiques, de rendre les places usurpées sur le Saint-Siège : qu'il serait Juge du ditfèrend qui existait entre Blanche-Marie, femme de l'emjjereur, et le duc de Ferrare au sujet de la succession d'.Vnne, sœur de l'impératrice et première femme du duc ; que l'empereur donnerait l'investiture du duché de Milan au roi de- France, pour lui, pour François, duc d'Angoulême, et pour leurs descendants mâles, moyennant quoi, le roi lui paierait 100.000 ducats : que. pendant cpie la guerre durerait et six mois après, l'empereur ni l'archiduc n'inquiéteraient en aucune manière le roi catholique pour raison