LIVRE
il était coiitumier, par un subterfuge qui flattait son orgueil : il l'avait nommé capitaine général et s'était réservé en même temps la direction suprême. C'est lui, sans ordres spéciaux de l'Empereur, qui avait ainsi su s'adjoindre le célèbre capitaine ' ; afin même de se l'attacher davantage, il nomma son neveu, cher à son affection et formé à son école, le marquis delVasto, capitaine général des Espagnols ^ Les lansquenets étaient commandés par les comtes de Hohenzollern et de Lodron ; un de leurs principaux lieutenants était le fils du fameux Georges Frunsdsberg.
Après avoir passé le Var, Bourbon s'établit du côté de la mer afin de recevoir son artillerie transportée sur des navires espagnols et génois au camp de Saint- Laurent ; il espérait y être rejoint aussi par la partie de son armée non soldée qui était restée derrière les Alpes •^. Dans le château de Monaco qui lui avait été ouvert par l'évêque de Grasse, Augustin Grimaidi, il avait un point de repère favorable à des débarquements de vivres et de canons, d'autant plus utile que la flotte dAndré Doria, <( dont les galères étaient la patrie depuis qu'il avait perdu la sienne^ », s'était réunie à la flotte française commandéepar le seigneur de La Fayette ; elle venait même de capturer le prince d'Orange parti d'Espagne sur un brigantin pour rejoindre l'armée impériale. Sans cesse elle guettait non loin des côtes et si bien qu'au moment oii la flotte espagnole approchait du lieu oii Bourbon avait dressé son camp, elle fondit dessus et y jeta le désordre. La plupart de ses galères reprirent le large et cinglèrent vers Monaco oij elles purent débarquer l'artillerie ; trois d'entre elles
1. On lit dans la lettre du 24 mai : « ... Monseigneur, combien que vous n'ayez rien escript au marquis de Pescaires de venir avecques moi en ceste entreprise, touteUois, voyant que, par votre service, etc.. »
i. Lettre de Bourbon, 25 juillet. — La Mure, éd. déjà citée, t. III.
3. Lettres de Bourbon et d'Adrien de Croix ù Charles-Quint, 10 juillet 1524 (Archives de Vienne, citées par Mignet).