‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 217 sur 366 · LIVRE m · texte numérisé non relu

LIVRE m

Henri VIII refusant d'agir, c'est alors que Bourbon était revenu à Lodi avec ses lansquenets.

L'armée impériale renforcée maintenant de 12 ou 13.000 Allemands, était presque aussi nombreuse que l'armée française ; elle lui restait inférieure en cavalerie et en artillerie et l'égalait en infanterie. Elle souhaitait combattre, et il fallait absolument qu'elle combattît pour ne pas se dissoudre à peine reformée; ses généraux n'avaient pas d'argent et ne savaient comment s'en procurer; 130.000 ducats leur étaient nécessaires par mois, et de plus, des sommes assez considérables leur étaient dues ; aux lansquenets récemment levés on n'avait donné que les arrhes d'enrôlement, sans pouvoir leur remettre encore un florin de la solde de campagne.

II fallait donc combattre au plus tôt, car leur dévouement n'aurait pas résisté à un manque de paye aussi prolongé, surtout le dévouement des Espagnols qui, depuis longtemps, quant à eux, ne recevaient rien. Bourbon et Pescaire décidèrent de les conduire vers le Tessin ; le premier était, de plus, pressé de prendre sa vengeance et comptait cette fois qu'elle ne lui échapperait point. En route pour revenir au camp de Lodi, de Trente', le 5 janvier, il avait écrit à Henri VIII : « Monsieur, j'ay sceu par un de mes serviteurs que les Françoys ont dit que je me suis retiré honteusement de Provence. J'y ay demeuré l'espace de trois mois et huit jours attendant la bataille... La cause pourquoy je me suis retiré n'a pas été de ma volonté. Vous la sçavez par vos ambassadeurs. J'espère donner à cognoytre au monde que je n'ay pas crainte de lui (François P""), car, au plaisir de Dieu, nous mectrons si près les uns des autres que à grande peine nous demeslerons sans bataille et feray en sorte que ni luy.

i. La lettre du pape est datée du 4: cela prouve donc bien aussi qu'il se trouvait à Trente à ce moment-là.

ni ceiilx qui ont tenu ces propos de moy ne diront point que j'ay peur de m'y trouver \ »

Une autre et dernière cause s'ajoutait enfin à toutes celles qui tendaient à liAter le dénouement, la reddition fatale de Pavie si elle n'était pas bientôt secourue. Rien en effet ne pouvait y pénétrer à cause de l'étroit blocus qui l'isolait entièrement. Dès le mois de novembre (on était alors en janvier), on n'y avait plus mangé de viande de bœuf ni de mouton ; le bois manquait comme le pain et. l'hiver étant fort rude, on démolissait des parties de maisons et d'églises pour se chaulTer avec les poutres qui en formaient la charpente ; enfin, la aussi, les lansquenets n'étaient plus payés. Antonio de Leyva avait dû faire monnayer les vases et les objets précieux du culte ainsi que les flambeaux d'argent de l'Université; il avait fait fondre une chaîne d'or qu'il portait au cou et levé des emprunts; il se trouvait maintenant à bout de ressources et craignait que ses troupes, malgré les héroïques sorties qu'elles tentaient encore'^, ne finissent par ouvrir les portes aux assiégeants-^.

L'armée de Bourbon quitta Lodi le 24 janvier 1525^. Elle comprenait un peu plus de 20.000 fantassins environ et 700 hommes d'armes ; parmi ceux-ci, 500 chevau-légers étaient commandés par Castrioto, marquis de Civita-Sant'Angelo, qui disait descendre de Scanderberg. Elle n'avait que quelques pièces de canon; elle se rattrapait par ses arquebusiers déjà célèbres, ([ui devaient le devenir davantage, et par les masses compactes de ses lansquenets. Ce fut Pescaire que l'on

Page 1