LIVRE m
Bourbon était prêt à venger l'échec de Marseille, d'autarit plus prêt qu'il avait déjà établi d'autres plans. En elïet, avant d'aller lever des lansquenets, il
ensemble, à Franoois I" qui n'éloit que neveu de son mari. Quoi qu"il en soit, Bourbon se prévalut avec tant d'adresse du changement qu'il remarquoit dans l'esprit du duc de Savoie qu'il l'obligea de faire pour chasser les François d'Italie ce qu'un de ses prédécesseurs avoit fait pour les y introduire. Le duc lui prêta et permit d'engager les mêmes pierreries sur lesquelles Charles Vlll avoit trouvé de l'argent à la banque de Gênes pour aller à la conquête de Xaples. Bourbon en tira <le bonnes lettres de change, avec lesquelles il prit la poste pour l'Allemagne, et arriva à .Nuremberg où il conféra avec Georges de Fronsperg, gentilhomme de réputation qui avoit succédé à Sequingen pour l'intelligence des affaires de l'empire et pour le crédit parmi les gens de guerre. Fronsperg étoit de taille de géant et de force extraordinaire; il aimoit la gloire de sa nation et se plaignoit qu'elle eut été obscurcie depuis un siècle par les Suisses en ce qui regardoit les armes. Il en attribuoit la faute à la néglicence des avanturiers alemans qui s'enrôloient inditîV'remmeal sous toutes sortes de personnes, et se proposoit d'y remédier en les accoutumant à choisir des chefs de sa maison et d'expérience. De plus, il avoit été des premiers à se déclarer pour Luther, et sa haine contre le pape étoit si grande qu'il ne demandoit qu'à passer en Italie pour attendre si l'occasion de nuire à Sa Sainteté ne se présenteroit point lorsqu'il en seroit proche. Bourbon le trouva dans cette disposition et le pratiqua si bien qu'il lui fit lever, en trois semaines, 10.000 vieux soldats, à condition qu'il les commanderoit. Ces troupes furent conduites à la hâte vers l'Italie: et Bourbon alla dans le duché de Wurtemberg où le comte de Lodron faisoit une levée de 6.000 hommes de l'argent qu'il lui avoit envoyé. La levée se trouva prête, et Bourbon la conduisit dans le duché le Milan et rétablit par deux renforts si considérables les affaires de l'empereur qui ne pouvoient autrement éviter d'être ruinées. Cependant, il étoit parti d'Italie contre le sentiment de Lannoy et de Pescaire qui s'iniaginoient si peu qu'il dût réussir qu'ils s'engagèrent par écrit à l'évêque de Capoue que le pape leur avoit envoyé en qualité de nonce extraordinaire pour les disposer à la paix, d'accepter une trêve de cinq ans... » (Varillas, t. I, p. 1324). Ce fut, parait-il. la ducliesse de Savoie elle-même qui lui prêta les bijoux nécessaires (Guichenon. Ilisloire f/p'nérafe de la maison de Savoi/e). Michelet dit que. de plus, en Allemagne, Bourbon sut .à merveille se servir de la question luthérienne qu'il exploita, « l'aU'aire du jour, la querelle religieuse » ; il représente Bourbon expliquant que « le pape était l'allié de François 1", et qu'il ne manqua pas de lansquenets qui se crurent luthériens pour aller boire en France ». Il est certain, en tous cas, que parmi les bijoux mis eu gage par Bourbon, il y en a de sa propre famille et propriété : nous en donnons l'état plus loin (liv. IV) quand nous exposons les réclamations du « lieutenant général de l'empire ». Bourbon avait à ce moment une situation prépondérante. Les lettres du temps le prouvent, et le service de renseignements de Charles-Quint était trop bien fait pour que ceux que fournissent les deux lettres suivantes — prises entre beaucoup d'autres — puissent être mis en doute. — Lettre de Lannoy à l'archiduchesse Marguerite, gouvernante des Pays-Bas, 17 janvier, datée de Lodi (dans Captivité, etc.. p. 46) : «M. de' Bourbon a aussy bien bon Touloyr fayre service à l'empereur, et est Sa Majesté bien tenue de lui en sçavoir bon gré et d'avoyr ses affayres pour recommandées. Je îuy fay et lui feray tout l'honneur qui me sera possible, car le vaut ».
avait fait proposer au roi d'Angleterre de descendre brusquement en Picardie, tandis que François 1"'' s'oubliait dans les plaines milanaises ; il ne réclamait que 200.000 écus pour lever lui-même de suite en Allemagne une armée dont il choisirait les capitaines et qui serait tonte à sa dévotion; avec elle il pénétrerait en France, entre la Lorraine et la Franche-Comté, et marcherait sur Paris. « Jamais il n'y eust plus grande apparence de venir au-dessus du commun ennemy qu'à ceste heure, attendeu qu'il est hors de son royaulme lequel est dépourveu de gens de guerre et malcontent. Par quoy, avec l'intelligence que M. de Bourbon y a, il ne peut faillir de fayre de grandes choses... il ne faut point que le roy pense que si M. de Bourbon fait son armée à son appétit, qu'il en doibve retourner comme il a fait de Provence^. » C'est Beaurain qu'il avait chargé de montrer à Henri VIII l'opportunité de cette entreprise ; il s'était ensuite porté dans le Tyrol pour attendre les résultats de ses propositions et préparer avec l'archiduc, au cas où elles seraient agréées, les dispositifs militaires ; si elles ne l'étaient point, le travail ne serait cependant pas perdu : >^ Sinon, écrivait-il à l'empereur, je ne fauldray tout incontinent m'en retourner ici pour vos affaires-. »
— Lettre de février 1323, à Wolsey [Id., Captivité, etc.) : « Ledit Bour- J)on a obtenu honneur partout ; il est depuis allé au château Saint- Jelian, etc.. Ledit Bourbon a l'honneur et de présent il a plus d'amis en France que jamais... 11 n'y a ville en France qui soit avitaillée pour huit jours ; et, de fait, ledit Bourbon a grand renom en France. Item, le bruit est que le duchesse de Lorraine a envoyé audit de Bourbon, sous le sçu du duc son mari, de 10 à 7.000 hommes i^ayés pour trois mois de ^aiges. »
<^ Bourbon arrivait d'Allemagne. Sa rage et sa fureur pour sa fuite de Provence lui avaient fait des ailes. Plus dur au brigandage que les vieu.\ brigands italiens, il sut faire de l'argent. tJne razzia sur Florence l'avait alimenté l'autre année. Celle-ci, ce fut le tour de la Savoie. Faute d'argent il prit des bijoux, il porta l'écrin de la duchesse au.x usuriers d'Allemagne. Avec quoi, il trouva sans peine la quantité de chair humaine qui était nécessaire ». Michelet, Histoire de France, t. X.
1. Instructions du duc de Bourbon, etc. (Mus. Brit., Vitellius, B., VI, f° 217.)