LIVRE III
aucune troupe ordinaire ne pouvait plus tenir depuis longtemps. Beaucoup déjà étaient tués comme le vieux La Trémouille', qui avait fait toutes les guerres depuis la lin du dernier siècle, comme le premier des maréchaux, La Palice, comme le grand écuyer qui parait les coups portés au roi-, comme Louis d"Ars-\ comme le comte de Tonnerre^ comme le comte de Saint-Pol, cadet de Bourbon- Vendôme, frappé non loin du roi même, comme le fils du baron de Trente^ Le maréchal de Sainte-Foix*^ tomba presque aux pieds de François L'.
C'est à ce moment que Bonnivet comprenant le désastre et son étendue, se repentant de ses conseils, alla bravement se faire abattre en honnête homme. « Non, lui fait dire Brantôme, je ne saurois survivre ceste grande désadventure ni destruction, pour tout le bien du monde; il faut aller mourir dans la meslée. Et,
1. La Trémouille tomba traversé de quatre balles, deux dans la tète et deux liafis le cœur, <^comme si, dit poétiqueuient M. Gaillard ;t. II, p. 142,1, les Basques eussent choisi en lui les deux jdus nobles parties comme ils choisissaient les plus vaillants hommes pour les frapper».
2. Quand Saint-Séverin tomba, Guillaume du Bellai-Langey njit vite pied à terre pour le secourir. « Je n"ai plus besoin de rien, dit le grand écuyer, courez au roy et me laissez mourir.» (Brantôme;. — L'emploi du grand-écuyer dans les batailles était en ettet, selon un ancien usage, de parer les coups portés au roi.
3. Louis d'.Ars avait gardé son amitié à Bourbon, mais refusé de manquer à sa foi ; il fut démonté, foulé sous les chevaux.
4. Il était si défiguré par les blessures et les coups qu'il avait reçus, qu'on put à peine le reconnaître parmi les morts après le combat.
0. «Le baron de Trente avait été placé dans l'aile gauche où commandait le duc d'Alençon, et se plaignait du sort qui lui enlevait les occasions de se signaler; son fils unique, à son gré plus heureux, était au corps de la bataille. Ce jeune homme avait combattu avec beaucoup de courage ; enfin, cédant à l'épuisement et à la fatigue, et porté par les vicissitudes du combat aux environs de l'aile gauche, il croit pouvoir se retirer auprès de son père. Le père, le regardant avec indignation, lui demande où est le roi. — Je n'en sais rien, répond le jeune homme. — Allez l'apprendre, réplique le père d'un ton sévère, il vous est honteux de l'ignorer. — Le jeune de Trente rentre dans la mêlée, pénètre jusqu'au roi et meurt sous ses yeux d'un coup d arquebuse.» j^Gaillard, t. II, p. 144.)
6. Le maréchal de Foix. furieux contre Bonnivet qu'il rendait responsable du désastre, le cherchait pour le tuer. Blessé à mort, il finit par ne plus pouvoir se tenir à cheval et tomba. 11 l'ut ramassé et conduit à Pavie chez la comtesse de Scarsafiore (ou d'Escaldalor), dont il était alors l'amant, et il mourut auprès d'elle.
haussant la visière de sa saladde, selon la coutume des capitaines qui commandent qui ça qui là, ce dict lEspaignol, opiiso la garganta a las spadas // fne muerto (( opposa sa gorge aux espécs et mourut '. )> Brantôme ajoute : « On dict que M. de Bourbon chercha fort ce jour-là le dict seigneur Bonnivet, et Tavoit fort recommandé aux siens pour le pouvoir prendre vif et luy faire un parti et affront ignominieux, sinon le tuer, car il lui en vouloit fort, et lavant veu estendu, il ne dict autre chose sinon : Ah! malheureux ! tu es cause de la ruine de la France et de la mienne-! » — Ainsi, même dans la victoire qui devait l'emplir de joie, Bourbon, si cette phrase a été réellement prononcée par lui, — et elle paraît fort vraisemblable — montrait un regret nouveau d'avoir dû agir comme il agissait.
Le roi combattait toujours. 11 avait été blessé à la figure. 11 pouvait être reconnu de tous sous son armure lleurdelysée ^ et son casque à grand panache. « Le roy combattit couvert dune cotte d'armes de toille d'argent fort remarquable et aisée à cognoistre et luy aussy aisé à estre veu et très bien recogneu, tant par là, que par sa belle façon royale (ainsin que portoit la devise de son anagramme « de façon suis royal »), dispositions et grands panaches panchans sur sa sallade et fort bas sur ses espaules ^. » Son cheval tué par un coup de lance du prince Nicolas de Salm, le roi tomba sous lui^; il fut bientôt entouré d'Allemands et d'Espagnols qui