‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 251 sur 366 · Id · texte numérisé non relu

Id

■qu'elles eussent presque le droit de se montrer plus •exagére'es, étaient dures ; — n'aurait-il pas pu, en effet, revendiquer le royaume de France? Or, il réclamait les possessions de la maison de Bourgogne, expliquant tout au long les motifs juridiques qui lui permettaient une telle restitution, il demandait les comtés de Mâcon et d'Auxerre, la vicomte d'Auxonne, le ressort de Saint- Laurent, la seigneurie de Bar-sur-Aube et les autres terre cédées par les traités de Contlans et de Péronne ; il •exigeait les villes de ThérouanneetdeHédin, les droits de suzeraineté sur la Flandre et sur TArtois; il fallait que le vaincu renonçât à ses prétentions sur la seigneurie de Gênes, le duché de Milan, le comté d'Asti et le royaume de Xaples, cédât la Provence au duc de Bourbon qui lajoindrait à ses anciens états pour en former un royaume indépendant. Par la même occasion, tous ses complices, rendus à la liberté, seraient remis dans leurs biens; au roi d'Angleterre, le don s'imposait de tout ce qu'il disait lui revenir en France ainsi que l'acquittement des indemnités pécuniaires que Charles- Quint avait omis de lui payer; enhn le prince d'Orange, Philibert de Ghalon, serait rétabli dans sa principauté'. Moyennant toutes ces clauses et la promesse formelle 4e les ratifier, le roi de France reviendrait libre. De la sorte, Charles-Quint se flattait d'établir une paix universelle durable dans les Etats chrétiens; François P'' se trouverait réduit au rôle de vassal et se ferait, certes, un plaisir d'unir ses armes aux siennes pour extirper l'hérésie grandissante et arrêter les Turcs. Au cas où cependant ses propositions seraient repoussées, Charles-

1. Voir sur le prince d'Orange le livre très documenté de M. Ulysse ■Robert (Pion, 1902i. — Le cas de Philibert de Chàlon est, dans un autre .genre, le pendant de celui du connétable et très intéressant à mettre en parallèle. Il montre en elTet, lui aussi, quel était l'état d'esprit de la noblesse d'alors, la fa on qui était sienne de comprendre l'idée de patrie, ■et la rudesse souvent maladroite du pouvoir royal à son égard; il y aurait un bel essai à écrire sur les derniers prolongements de la leo- •dalité.

Quint comptait agir vigoureusement. Bourbon et Lannoy devaient informer Henri VIII de la réponse de François I"', afin que l'entrée en campagne fût immédiate si elle devenait nécessaire. Et Beaurain reçut l'ordre déporter d'abord à Louise de Savoie les propositions de son maître.

La Régente, comme elle le dit elle-même, « ne perdit pas le cœur' ». Florimond Robertet et Antoine du Prat l'aidèrent ; ce qui la soutint surtout, chose complètement inattendue, étant donné l'état des esprits, ce fut la France même, « avec un accord tout à fait inusité et par un patriotisme jusqu'alors inconnu dans les circonstances semblables. Pour la première fois, la royauté alfaiblie obtint la fidélité qui ne s'accordait auparavant qu'à la royauté puissante. La France, unie et soumise, ressemblait à une vraie nation qui sent, pense, agit avec ensemble et que la vue de l'intérêt public conduit à des résolutions communes. On se serra autourde ceux qui, soit au centre, soit aux extrémités du pays, étaient investis de l'autorité royale. Les fragments réunis du territoire avaient formé un Etat, et ses habitants rapprochés étaient devenus un peuple. La capitale donna l'impulsion... - » Il n'est pas dans notre sujet de raconter avec quel admirable esprit d'entente les diiïérentes parties du pays, jusque là divisées, se réunirent.

Cet esprit était tel qu'à Lyon, lorsque Beaurain arriva et présenta son ultimatum, tous s'accordèrent pour le rejeter; et la Régente, interprète du sentiment général, le fit sans ménagement. Elle voulait bien prêter l'oreille à l'empereur s'il s'agissait de traiter de la rançon du roi, mais, quant à céder un pied de terre, elle n'y consentait point ; le roi pouvait rester prisonnier, le royaume se défendrait quand même. Et quand François F' à son tour sut les conditions, il répondit (ju'il

1. 10 septembre, lettre de la régente; — Citplicilé de. François I". Chanipollion-Figeac, p. 313.

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