LIVRE IV
La régente avait mis le temps à profit en faisant tous ses efforts pour détacher Henri VIII de Cliarles- Quint et pour préparer en Italie un soulèvement contre sa domination. Le 20 août, elle signa un traité de ligue défensive avec le roi d'Angleterre, en s'engageant à lui payer d'assez fortes sommes en plus dune pension •de 100.000 couronnes sa vie durant. En même temps, avec beaucoup d'adresse, elle profita des dispositions qui commençaient à se manifester chez les Italiens, niécontents de la victoire de Pavie, parce qu'elle valait à l'empereur une puissance qu'ils avaient déjà hâte de secouer. Une ligue se forma i)ar l'entremise de l'ancien ■duc de Milan, Massimiliano Sforza, prisonnier depuis longtemps sur les bords de hi Loire, qui négocia LatTaire avec son frère Francesco. La n-gente reconnaissait le duc, lui donnait en mariage une princesse de la maison royale et le soutenait dans ses Etats en mettant auprès de lui une importante armée. Afin que l'affaire ne traînât pas et au cas où les choses eussent ^té mal expliquées, elle envoya un italien, Lorenzo Toscano, renouveler ses offres, non seulement auprès du duc de Milan, mais encore à la seigneurie de Venise et au pape. S'ils consentaient à conclure une alliance pour jeter les Impériaux hors de la Péninsule, elle, de son côté, s'engageait au nom de son fils, à renoncer à tous droits sur le Milanais; Francesco Sforza épouserait la duchesse d'Alençon devenue veuve ou la princesse Renée, hlle de Louis XII; le pape pourrait disposer comme il l'entendrait du royaume de Naples ; la ligue serait fournie par elle de 6.000 hommes d'armes •et de 6.000 fantassins sous le commandement du comte
gallères qui out mené ledict roy François seront venues, lesquelles, comme je croy, arriveront à Gennes dedans sept à huit jours. Je vous en ay bien voulu advertir et vous... Monseigneur, (|ui vous plaise estre asseuré que, quelque part que je soye, je mectray toujours peine de me conduire et garder au bien et honneur des communes affaires, ainsy que pi... pourez estre informé par M. de Rouffec ; qui me garde de vous en faire plus longue lectre de peur de vous ennuyer : Monseigneur, je prie x\ostre-Seigneur qui vous doint très bonne vye et longue. »
de Saint-Pol; elle lui compterait enfin 40.000 ducats par mois^ Clément Vil, poussé par Matteo Giberto, le duc de Milan, par son ministre Morone, et les Vénitiens entrèrent assez vite dans la combinaison. Un autre projet, audacieux, fut ensuite mis en avant par le pape et son dataire, celui d'enlever à l'empereur la viceroyauté de Naples en gagnant Pescaire à leur cause; s'ils r.'ussissaient, ils valaient à la ligue italienne un chef incomparable. Ferrando d'Avalos, bien qu'Espagnol par le sang, était en eifct italien de naissance-. <( Ses ancêtres étaient; venus avec les princes de la maison d'Aragon dans le royaume des Deux-Siciles et s'y étaient établis. Dès sa jeunesse, il avait pris part à toutes les guerres et était devenu un capitaine accompli. Les succès qu'avaient obtenus les Impériaux depuis quatre années étaient dus, en partie, à son audace et à son habileté. A la sûreté de vue qui fait entreprendre, il joignait la hardiesse d'exécution qui fait réussir. La prise de Milan en 1521, les défaites successives des Français en Lombardie, la victoire de Pavie, pouvaient lui être attribuées et il ne manquait pas d'en revendiquer la gloire. Jusque-là, les grands services qu'il avait rendus étaient restés stériles. Le fier sentiment de ce qu'il était et de ce qu'il valait lui avait fait un moment quitter l'armée dans les derniers jours de la vie de Prospero Colonna auquel il ne supportait pas d'être soumis. L'olfensant oubli où il avait été laissé après la dernière campagne et la translation du roi de France en Espagne, ordonnée par Lannoy tout seul.
1. Lelterc di principi, t. I, f" 164 v°. — Lettre du dataire Giberto à Philonardo, évêque de Verulli, id.. t. I, f" 168 v° et 149 r. — Lettre de Giberto à Lodovico Ganossa, 9 juillet l.-i2o.
2. Voir le livre de Paul Jove déjà cité. — 11 y avait une petite ville dans les Abruzzes qui portait le nom de sa famille: elle existe encore à 13 liilomètres au nord-ouest de Ciiieti, sur la rivière de même nom, la Pescara, avec une vieille forteresse : elle était la capitale d'un marquisat. Pescaire avait épousé fort jeune Vittoria Colonna: fait prisonnier à la bataille de Havenne, il avnit composé dans sa prison, pour sa femme, un Dialogue d'Amour qu'il lui dédia.