‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 265 sur 366 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

l'avaient profondément blessé. Il avait fait entendre de hautaines et irritantes paroles. L'éclat de son irritation et les plaintes de son orgueil firent croire qu'il se détacherait aisément de l'empereur et qu'on gagnerait à la cause italienne cet Italien, en l'attirant par l'appât d'une couronne et la satisfaction dune vengeance^ ». Morone sut habilement louvoyer. Après avoir montré discrètement à Pescaire les nombreux sujets qu'il avait d'être mécontent, il lui parla de l'état des esprits en Italie et l'interrogea sur son sentiment personnel. Pescaire avoua que l'union des Etats italiens et de la France créerait un sérieux danger pour l'empereur et que même son maître risquait ainsi de perdre le royaume deNaples. — « A qui le donnerait-on si cela était? demanda Morone. — Je ne puis le savoir ; mais on trouverait en tous cas facilement quelqu'un pour l'accepter. — Ce serait peut-être Votre Excellence, si toutefois cela pouvait lui convenir. » Et Morone interrompit l'entretien-. — Certain des intentions du pape, Morone revint ensuite auprès de Pescaire et lui (h^mandasaparoledene révéler jamais à l'empereur ni à personne ce qu'il allait lui dire. Pescaire ayant juré de garder le silence le plus absolu, Morone lui découvrit le complot et les projets formés. Pescaire protesta que son honneur passait avant tout, que pour rien au monde il ne voulait le tacher et qu'il ne pensait pas pouvoir quitter l'Empereur ahn de se donnera d'autres sans y porter atteinte. « II ajouta cependant qu'au cas oîi il pourrait garder son honneur, il ferait tout ce que désirerait Sa Sainteté pour montrer qu'il était quoique chose, se venger des injures qu'il avait reçues, obtenir les grâces du Pape et devenir le capitaine général des Italiens, estimant que rien ne saurait lui être plus agréable, ni lui arriver dans sa vie de plus heureux que de posséder un royaume dans sa

i. Mignet, t. II, p. 122.

2. Ricordi inediti di Girolamo Morone, publicati dal C. Tullio Dandolo, Milano, 1855, p. 148 à 179.

33i LE CON.NÉTAIÎLE DE BOURBON

patrie. H finit en disant qu'il y penserait et il demanda àMoronede eherclierde son côté conimentle marquis de Pescaire pourrait, sans encourir le blâme envers Charles- Quint, accepter la proposition de Ck'ment VII'.» Le Papeavait faitfaire des levées dans les cantons suisses, et les Vénitiens s'armaient. Mais Pescaire qui n'avait écouté les propositions de Morone que pour en savoir le plus possible sur la conspiration, révéla tout à l'Empereur. Il avait appris en etTet que des forces considérables allaient être sous peu réunies et que la guerre commencerait par la France avec 500 lances, 10.000 Suisses et un gros équipage d'artillerie; les Vénitiens et le Pape devaient mettre leurs troupes dans les places les plus voisines du Milanais pour les faire avancer ensuite du côté de Milan ; le duc Sforza en fermerait les portes aux Impériaux et le doge Adorno agirait de même à Gênes. Pescaire, plein de zèle pour son souverain, ne se contentait pas de le prévenir, il s'assurait encore des places d'Alexandrie etde Verceil, concentrait les troupes espagnoles et demandait en toute hâte 300.000 ducats pour les payer; il conseillait la paix avec le roi de France afin de pouvoir mettre l'Italie à la raison : « Si Votre Majesté ne se hâte point de la conclure, écrivait-il, elle s'en repentira et elle gémira de ne l'avoir pas fait lorsque ses affaires n'auront plus de remède... Il n'y a personne ici qui ne redoute la grandeur de Votre ^lajesté ; il n'y a personne ici qui n'abhorre lejoug de cette armée : Votre Majesté n'a pas d'amis en Italie oii le duc de Ferrarre et le marquis lui sont aussi contraires que les ducs de Milan et de Gênes, ou Lucques est plus française que Paris et oii Sienne le sera bientôt autant, et Votre Majesté y a peu de serviteurs qui ne soient fatigués ou découragés'^. » Il avait hésité quand même avant de dénoncer

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