LIVRE IV
loiit à coup et il tomba sur un tambour'. Ses soldais consternés s apaisèrent alors de suite, le portèrent sous sa tente, puis le conduisirent à Ferrare où les soins dont on l'entoura ne purent le sauver.
Bourbon linit par s'entendre avec les troupes. 11 fit un petit emprunt au duc de Ferrare et donna un ducat à chaque homme. Enfin, l'heure étant venue de jouer le tout pour le tout, il dévoila ses projets et fit espérer le double pillage de Florence et de Rome. Ce dut être un beau moment. « ... Avant que tirer chemin, il harangua ses soldats ainsi en leur descouvrant son secret et son dessaing. Je l'eusse mis volontiers en Espaignol, comme ell'est ; mais j'avois peur d'importuner le lecteur en répétant si souvent les parollesespaignolles : « Vous mes vaillans capitaines et vous, mes braves soldats, de quel ordre que vous soyiex aujourd'huy pour l'amour et la foy que j'ay en vous autres et que je vous tiens non pas seulement comme frères et mes enfants, mais comme pères honorables en lesquels jerecoignois tenir mon honneur et ma vie de votre valeur, avec parolles briefvcs, je vous veux dire et descouvrir mon secret et toute mon intention,, que vous m'aidant de vostre vertu et valeur accoustumée, j'espère bien tost de vous faire tous riches du sac de la superbe Uome. en vous promettant de vous en faire seigneurs et vous mettre entre vos mains les peuples, les seigneurs, gentilzhommes, sénateurs, leurs
1. Guichardin ne dit pas qu'il mourut de cette conirariété et inémesemble laisser croire ((ue cette atta(|ue ne vint que dans la suite, mais aucun des historiens allemands ne parle de même. Voir: Adam Reissner, Historié dev Frimdsberf/e, — Georçfe von Frundsberq oder das deulsche Krieçjskandujert zw zeil reformations von Dr. F. W. Barttiold, in-8, Hambourg. ISoS, p. 411-415. — « Le voici en Toscane, dit Michelet. Les pluies, les neiges de printemps ne l'ont pas arrêté. Les révoltes mêmes ne l'arrêtent pas. Sa vie est en péril : mort ou vif, il ira; il est comme une pierre lancée par la fatalité. Il voit les Espagnols tuer un de ses lieutenants. Une autre fois, ce sont les Allemands ; il est réduit à se cacher. Frondsberg leur parle et les gourmande : en vain : sa face respectée jusque-là, n'impose plus ; le vieillard colérique, indigné, s'emporte, rougit : son front s'empourpre, il tombe à la renverse ; on le relève ; il était mort. » T. X, chap. xiv.
femmes, les prélats et tout le consistoire des cardinaux, avec leurs richesses et avec leur pape Clément, qui tient par trop indignement la place de Saint-Pierre. » A telles belles parolles, les capitaines et soldats prestarent Toreille et le courage, que /or/os en aquel puncto emprendieron a hazrr guerra a fodo el mondo. Que tous en ce poinct entreprindrent de faire la guerre à tout le monde'. » Le tumulte s'apaisa momentanément. Les bandes impériales se nommèrent douze élus avec Bourbon à leur tète pour veiller sur leurs intérêts; la raison véritable de leur nouvelle discipline était simplement qu'elles se savaient sûres de se jeter sur Tltalie centrale. Aussi l'arrivée de Ferramosca au milieu d'elles, apportant la proposition de trêve destinée à arrêter leur marche et la promesse de 60.000 ducats qui ne pouvaient suffire à leurs desseins, déchaîna-t-elle de nouveaux murmures'-. Bourbon lui-même, sachant cette fois définitivement à quoi s'en tenir sur sa situation et ne pouvant renier ceux qui constituaient sa seule puissance, défendit ses soldats. Ferramosca eut beau lui montrer les lettres de Charles-Quint par lesquelles celui-ci prescrivait d'exécuter ce qui serait conclu entre le pape et le vice-roi de Naples, il laissa voir tout son mécontentement, tout son orgueil blessé, s'emporta et menaça de ne plus servir l'empereur; il préférait renoncer à tout commandement, disait-il, et chargeait Ferramosca de persuader les troupes ; il ne le ferait certainement pas quant à lui. Ferramosca essaya ; il réunit tous les capitaines, leur représenta l'utilité de la trêve et les difficultés de l'entreprise oi^i ils voulaient trop audacieusement se jeter ; mais le tableau des pays âpres et })auvres oîi ils allaient s'engager sans argent et sans vivres, avec quatre canons pour abattre les murailles de villes bien défendues par de solides